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  • Propos recueillis par Patricia Calonne / L Calédonie | Crée le 01.02.2026 à 11h00 | Mis à jour le 01.02.2026 à 11h00
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    Frédérique Cid, directrice de l’association Prismes. Photo Marc Le Chelard
    La justice reproductive n’est pas un slogan. C’est un concept qui combine droits humains, égalité et justice sociale. Or, en Nouvelle-Calédonie, la carte des soins se déchire entre Nouméa et le reste du territoire : dispensaires fermés, médecins rares, déplacements coûteux. Entretien avec Frédérique Cid, directrice de l’association Prismes. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie, paru en décembre.

    Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce qu’est l’association Prismes ?


    Prismes (Prévention, Respect, Inclusion, Sida, Mieux-être, Égalité, Sexualités) est née le 1er janvier 2025 de la fusion de deux associations actives depuis plus de trente ans : le CP2S (Comité pour la promotion de la santé sexuelle) et Solidarité Sida NC. Ensemble, nous agissons sur la santé affective, relationnelle et sexuelle, avec un ancrage historique sur le VIH et l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Cette fusion répond à la nécessité de mutualiser nos moyens humains et opérationnels dans un contexte sanitaire et social chahuté.

    Quand on parle de “justice reproductive”, de quoi s’agit-il exactement ?


    La justice reproductive renvoie à des droits et à l’équité. Elle repose sur trois piliers : le droit de ne pas avoir d’enfant, ce qui suppose un accès effectif à la contraception, à l’IVG et à une éducation de qualité à la sexualité ; le droit d’avoir des enfants ; et le droit d’élever ses enfants dans la dignité et la sécurité.

    Où en est la Nouvelle-Calédonie aujourd’hui ?

    Les inégalités territoriales sont marquées. À Nouméa, on dispose de dispensaires, d’associations et de dispositifs dédiés (dont l’Espace Santé, CMP avec accès à l’IVG). En brousse et dans les Îles, l’accès se détériore en raison de fermetures de dispensaires, de la pénurie de médecins, de transports moins fréquents et de coûts de déplacement ou d’hébergement. Même si l’IVG est prise en charge financièrement, la logistique constitue encore un frein réel, avec à la clé des situations de détresse pour certaines femmes.

    Ces inégalités varient-elles également selon l’âge, la situation économique ou l’appartenance communautaire ?


    Oui, mais il faut éviter les caricatures. La parole sur la sexualité demeure difficile, entre peur du jugement et poids de certaines normes culturelles ou religieuses. Partout, certaines familles abordent ces sujets librement quand d’autres ne le font pas. L’autocensure est fréquente : on s’interdit parfois de demander de l’aide alors que ce serait possible.

    Quelles actions menez-vous auprès des jeunes ?


    En partenariat avec l’Agence sanitaire et sociale, nous intervenons dans tous les lycées auprès des élèves de seconde, ainsi que dans les collèges (provinces Sud et Îles ; la province Nord dispose de ses éducateurs sanitaires) auprès des classes de quatrième. Nous abordons l’anatomie, la puberté, les IST et le VIH, les violences et le consentement, ainsi que la contraception et l’usage du préservatif. Nous constatons que les jeunes posent plus facilement leurs questions face à des intervenants extérieurs, ce qui libère la parole.

    L’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS)* va-t-elle évoluer ?


    Oui. Le programme EVARS, qui prévoit trois séances par an et par classe, doit devenir effectif dès 2026 en Nouvelle-Calédonie. C’est attendu de longue date. Il est essentiel d’expliquer aux parents ce que nous faisons réellement : il ne s’agit pas d’inciter à la sexualité, mais d’informer, de protéger et de développer des compétences psychosociales adaptées à l’âge.

    Et quelles sont vos actions au-delà du cadre scolaire ?


    Nous proposons des consultations en santé affective, relationnelle et sexuelle, avec dépistage IST/VIH anonyme et gratuit. Nous offrons aussi des consultations de sexologie gratuites, ouvertes à toutes et tous. Par ailleurs, nous menons des actions auprès des publics prioritaires, sous forme de permanences (à l’université et dans des lieux de vie), de maraudes et d’interventions en maisons de quartier. Nous sommes soutenus par les institutions (vice-rectorat, gouvernement, provinces), même s’il persiste un écart entre les intentions et la réalité de terrain.

    Quelle place occupe la pornographie, très présente sur les smartphones ?


    Elle est centrale, car l’accès est précoce et façonne des représentations irréalistes de la sexualité (scénarios, performances, “tout faire” dès la première fois). Nous aidons à distinguer le réel de la pornographie, en parlant de respect, de corps, de consentement et de risques physiques comme psychiques. Nous observons aussi la remontée de discours discriminants (homophobie, transphobie) et d’un masculinisme en ligne : rien n’est acquis, il faut constamment remettre l’ouvrage sur le métier.

    Quels constats d’alerte faites-vous en matière de santé sexuelle ?

    L’usage du préservatif reste loin d’être généralisé et certaines IST sont en forte progression. De nombreuses personnes consultent tard, par honte ou par peur. Nous formons aussi les professionnels de santé — via des conférences et des modules destinés aux étudiant·es infirmier·es — pour qu’ils osent interroger la sexualité des patient·es (ménopause, troubles érectiles, douleur, désir, etc.).

    Qu’en est-il de la sexualité des personnes en situation de handicap ou des personnes âgées ?

    Il s’agit d’un droit fondamental trop souvent ignoré. Le manque d’espaces d’intimité dans les Ehpad et établissements médico-sociaux, ainsi que certaines pratiques professionnelles (comme ne pas frapper avant d’entrer), témoignent de besoins de formation, d’aménagements et de respect. L’intimité et le consentement concernent absolument tout le monde.

    Quelles sont, selon vous, les priorités pour améliorer la justice reproductive ?


    Il faut rendre effectif le programme EVARS, renforcer l’accès aux soins (médecins, dispensaires, transports), intensifier la lutte contre les violences et réduire les inégalités territoriales. Surtout, il ne faut pas rester seul·e avec ses questions.

    Quelles sont vos relations avec les institutions, êtes-vous soutenues ?

    On est soutenue, on est sollicitée, on est connue et reconnue aussi bien par le vice-rectorat, que par le gouvernement et les provinces. Il faut reconnaître que la Nouvelle-Calédonie est dans une transformation active par rapport à ces questions sur l’éducation, la santé affective, relationnelle et sexuelle. On a des lois, on a des textes, la Calédonie s’est vraiment emparée de ces questions, on ne peut que saluer l’action publique.

    Un message aux femmes ?


    Vous n’êtes pas seules. En Nouvelle-Calédonie, des associations et des professionnel·le·s sont là pour écouter, informer, orienter et accompagner. Demander de l’aide n’est pas un échec : c’est prendre soin de soi. Prendre soin de soi, c’est aussi refuser la contrainte, l’isolement, la domination et toute situation inacceptable. Parler permet souvent de déposer le fardeau et de trouver, avec quelqu’un en face, la première marche vers une solution. N’hésitez pas. C’est notre cœur de métier ; nous sommes là pour vous.

    Qu'est-ce que le programme EVARS ?

    EVARS signifie Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle.
C'est un dispositif mis en place dans les établissements scolaires pour aborder avec les élèves — de manière adaptée à leur âge — les questions liées à :

    • la puberté et les transformations du corps,
    • les émotions et relations interpersonnelles,
    • la sexualité, la consentement, le respect de soi et de l'autre,
    • la prévention des grossesses précoces, des IST et des violences sexuelles,
    • l'égalité filles-garçons et la lutte contre les stéréotypes.

    Numéros à retenir : 

    SOS Écoute : 05 30 30 (gratuit).
Des professionnel·le·s formé·e·s vous répondent, en toute confidentialité, et vous orientent vers les bons dispositifs (information, IVG, IST, soutien, protection).

    Association PRISMES : 24 15 17

    SOS Victimes : 05 11 11 (gratuit)

    Centre de santé sexuelle (Médipôle) : 20 83 02

    Espace Santé (DPASS SUD) : 20 47 40.

    Note

    Retrouvez le numéro 7 du magazine L Calédonie, paru en décembre, dans de nombreux points de vente, et sur la page Facebook L Calédonie magazine.

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