Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 07.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 07.03.2018 à 10h12
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    Plus d’une centaine de personnes ont tenu à se rendre au palais de justice en solidarité avec cet habitant de Canala. Photos Thierry Perron
    JUSTICE. Ce chauffeur sur mine a fait feu, samedi, sur un pick-up volé, blessant grièvement un jeune homme. Hier, le tribunal a placé ce quinquagénaire sous contrôle judiciaire en attendant son procès, le 20 mars. Plus d’une centaine de personnes sont venues le soutenir.

    Sans le vouloir, il a été érigé en symbole du ras-le-bol face à l’insécurité grandissante que pointent du doigt certains Calédoniens. Il n’y avait qu’à voir la centaine de personnes qui se pressaient, hier, au palais de justice, pour marquer leur solidarité avec cet habitant de Canala qui a ouvert le feu à trois reprises sur deux voitures volées, samedi, atteignant l’un des occupants, un mineur de 17 ans, et le blessant grièvement. « Je ne connais pas ce Monsieur, mais il faut montrer qu’on est soudé face à ces incivilités », confie Marc. Certains ont pris un jour de congé pour assister au procès, d’autres, venus de loin, se sont réveillés aux aurores pour ne rien louper du rassemblement et des débats.

     

    « De l’apaisement »

    Ensemble, ils évoquent leur Calédonie d’avant, « le temps où l’on pouvait laisser les maisons ouvertes et le moteur tourner lorsqu’on faisait les courses ». L’homme de 56 ans incarne pour ces dizaines de soutiens l’expression d’un ras-le-bol face à la multiplication des cambriolages, des vols de voitures et des agressions. À la rue, l’émotion et la loi du talion. À la justice, le droit et les textes juridiques. « Les tribunaux n’accepteront jamais les actes d’autodéfense », a prévenu le procureur de la République, Hervé Ansquer, avant d’admettre que le prévenu a été laissé « seul et sans aide de la part des pouvoirs publics » face à « cette insécurité ambiance qui empoisonne la vie de 99 % des habitants de Canala ». Quatre ans que ce père de sept enfants, chauffeur sur mine pour la compagnie NMC depuis 17 ans, est réveillé chaque nuit par le gymkhana des voitures volées qui remontent de Nouméa à Canala en empruntant la route à horaires. Samedi matin, ce fut le drift de trop pour cet homme qui n’a jamais fait parler de lui. Excédé, il charge trois cartouches dans son fusil. À moins de dix mètres de deux Ford Ranger volés dans la nuit, il fait feu. « Je regrette les conséquences de mon acte », a-t-il avoué devant les juges. Car ses tirs atteignent un mineur de 17 ans. Un garçon qui s’est évadé d’un foyer il y a quelques jours et qui se retrouve hospitalisé au Médipôle, grièvement blessé aux deux jambes et à un bras. Le médecin a prescrit à la victime 90 jours d’ITT (incapacité totale de travail). « Un dossier symptomatique de ce qu’il ne doit pas se passer en Calédonie », juge Me Martin Calmet, l’avocat du mineur, regrettant au passage que le prévenu ne soit pas poursuivi pour « tentative de meurtre ».

    « Vous jetez de l’huile sur le feu », a réagi Me Frédéric Daubet Esclapez. Le conseil du quinquagénaire admet « un pétage de plombs » à cause « de nuisances quotidiennes insupportables ». Le prévenu demande un délai pour préparer sa défense. Que faire de lui en attendant son procès prévu le 20 mars ? Détention « nécessaire », assure Me Calmet, « pas de risque de renouvellement des faits », rétorque le procureur. Le tribunal donne raison au ministère public. Le quinquagénaire est placé sous contrôle judiciaire jusqu’au 20 mars. Il a l’interdiction de se rendre à Canala. Le public applaudit. « Chut, on n’est pas dans un cirque. On veut de l’apaisement », conclut la présidente du tribunal, Évelyne Camerlynck.

     

    « Nakéty, c’est une zone de non-droit à partir de 18 heures »

    « Je vous demande à tous d’être calmes ». Sur les marches du tribunal, Jean-Marc Dianimoin a lancé un message aux personnes venues soutenir son oncle. Ces dernières ont profité de ce rassemblement pour exprimer leur ras-le-bol. Il y a deux victimes dans cette affaire. L’une gardera certainement à jamais les séquelles d’une grave blessure par arme à feu. L’autre risquera prochainement le Camp-Est pour un coup de folie alors qu’il n’a jamais fait parler de lui et qu’il a, jusque-là, mené une vie des plus tranquilles. Mais parmi les dizaines de personnes qui se sont mobilisées, la tendance était plutôt à pointer du doigt l’un et à excuser l’autre. « Je comprends le geste de ce monsieur », affirme Jacques, lui aussi « armé chez moi ». « Il a fallu attendre que la population réagisse. À chacun de prendre ses responsabilités, l’État, les parents, les coutumiers, les jeunes », témoigne Andrée.

    « Se mettre à sa place »
    Dans l’assistance, des membres du Mouvement des Calédoniens en colère, des membres de la famille du tireur, des collègues de travail aussi. « Je suis d’accord que ce ne sont pas des choses à faire que de régler les problèmes à coups de fusil. Mais il faut se mettre un peu à sa place. Tout le monde en a marre de ce qu’il se passe, poursuit Jean-Marc Dianimoin, 47 ans, le neveu du prévenu. Cela a été dur quand j’ai appris que c’était mon oncle. D’autant plus qu’on est famille avec la victime, c’est dommage d’en arriver là. » Pour Olivier, chef de centre de la mine de Nakéty où le quinquagénaire est « employé comme chauffeur chargeuse, un poste très important », « il fallait s’y attendre que ça dérape. Tout le monde s’y attendait. On subit beaucoup sur le terrain. Nakéty, c’est une zone de non-droit à partir de 18 heures et la présence des évadés n’arrange rien ». « Ces jeunes n’ont pas de perspectives d’avenir, pas de possibilité de faire des formations. Ajouté à cela le manque d’autorité et on arrive à cette situation », lâche Olivier.

     

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