Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 17.02.2018 à 04h25 | Mis à jour le 17.02.2018 à 04h25
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    Hier, au tribunal correctionnel, les conseils de la défense, Mes Jacques Loye (de dos) et Martin Calmet, ont critiqué les réquisitions du ministère public. « Les condamner à sept années de prison, cela n’a pas de sens », a souligné Me Calmet. Photo J.-A.-G.-L.
    JUSTICE. Gérard Gnibekan, Damien Wethy et Samuel Moekia, toujours recherché, ont écopé de quatre à cinq ans de prison par le tribunal, hier, pour avoir, le 23 novembre 2016, un mois après la mort de « Wyldé », bloqué la RP1 et braqué des automobilistes.

    La « colère », le sentiment « d’une justice à deux vitesses » et l’envie de connaître « la vérité » sur la mort de William Decoiré les ont poussés à faire régner la peur aux abords de Saint-Louis. Le 23 novembre 2016, un mois après la mort de « Wyldé », tué par un gendarme lors d’un contrôle routier, ce qui a provoqué une vague de violences de plusieurs mois, Gérard Gnibekan, Damien Wethy et Samuel Moekia s’alcoolisent près de la rivière, pour passer le temps, avec Ramon Noraro. Ils n’acceptent toujours pas que leur cousin soit mort et ruminent leur haine vis-à-vis des gendarmes. « Je suis venu les calmer, ils m’ont écouté la tête baissée mais je les sentais déterminés », explique un coutumier. Après un coup de fil avec le chef coutumier Rock Wamytan, Ramon Noraro, considéré comme un des meneurs des échauffourées et décédé depuis dans un règlement de comptes, est fou de rage. On ne connaîtra jamais la teneur de cet échange. Toujours est-il que Ramon Noraro embarque avec lui Gérard Gnibekan, Damien Wethy et Samuel Moekia. « On a suivi Ramon. On n’a même pas discuté de bloquer la route », assure Gérard Gnibekan.


    « Des réponses sur la mort de William »

    Pendant plus de deux heures, le petit groupe, visages masqués et armés de fusils et de sabres d’abattis, commet des exactions pour venger la mort de William Decoiré. Voiture calcinée sur la RP1 à hauteur de la station maraîchère, caillassages d’automobilistes et tentatives de car-jacking. La situation est tendue. Cela fait déjà un mois que le chaos règne aux abords de la tribu. La violence monte d’un cran lorsqu’une automobiliste est braquée par Samuel Moekia. Sous la menace d’une arme, la victime est forcée de sortir de la voiture avant que le jeune homme ne prenne la fuite avec.

    « Quel est le rapport entre ces voitures caillassées et braquées et la mort de William Decoiré ? Ce ne sont pas des gendarmes, ces automobilistes ? », interroge la présidente du tribunal correctionnel. Gérard Gnibekan, condamné à cinq reprises par le passé, fixe la magistrate, « on était en colère depuis la mort de “Wyldé??. C’était un moment très dur pour nous, nous étions en dépression ». Damien Wethy, trois condamnations à du sursis sur son casier, poursuit les explications : « On voulait avoir des réponses sur la mort de William. Pourquoi le gendarme a tiré ? S’il n’était pas mort, on ne serait pas là devant vous. »


    Sept ans requis

    À les écouter, la violence aurait donc été un moyen d’être entendus. De crier à l’injustice. « Les blocages étaient une façon de montrer aux gens que quelque chose de très grave s’était passé. On voulait que la population nous soutienne pour rétablir la vérité sur la mort de William », continue Gérard Gnibekan. Une réflexion qui peut paraître paradoxale et que ne manque pas de souligner la présidente. « Est-ce que c’était le meilleur moyen à utiliser pour que la population vous soutienne ? ». Gérard Gnibekan et Damien Wethy hésitent.

    Mais comment faire autrement quand « on a le sentiment d’avoir en face de soi une justice à deux vitesses », reprend Me Jacques Loye, à la défense de Gérard Gnibekan. « Cette audience doit avoir un aspect pédagogique. Je peux vous assurer que le message est passé, assure le conseil de Damien Wethy, Me Martin Calmet. À eux quand ils sortiront de prison, d’honorer la mémoire de William Decoiré de la bonne façon. »

    Le procureur de la République, félicitant au passage le travail d’enquête des gendarmes de la Section de recherches et de la brigade de Pont-des-Français, considère que la mort de William Decoiré fut un prétexte pour faire n’importe quoi. « Ils ne veulent pas venger ce jeune homme mais simplement rendre la vie impossible aux gens. Ce sont des personnes qui jouent à terroriser la population », affirme Richard Dutot. Ses réquisitions tombent : sept ans de prison à l’encontre de Gérard Gnibekan, Damien Wethy et Samuel Moekia.

    Des peines bien trop lourdes selon les conseils de la défense, « cela n’a pas de sens », plaide Me Calmet. Une demi-heure plus tard, le tribunal rend son délibéré : Gérard Gnibekan écope de quatre ans de prison (avec une confusion des peines de deux ans). Damien Wethy écope de la même peine sans confusion. Quant à Samuel Moekia, la sanction s’élève à cinq ans de prison. Le jugement est rendu en son absence. Le jeune homme, en état d’évasion depuis 2015 court toujours. Il ne s’est pas livré aux autorités et la gendarmerie n’arrive pas à mettre la main dessus. Les trois prévenus ont, par ailleurs, été relaxés des poursuites pour association de malfaiteurs.

    À la sortie du procès, Me Loye a déclaré regretter que « la justice n’aille pas aussi vite pour la maman de William Decoiré, qui a porté plainte pour meurtre, que pour ces jeunes qui ont bloqué la route ». Le sort judiciaire de Gérard Gnibekan, Damien Wethy et Samuel Moekia connaîtra une seconde étape. Dès lundi, quand ils seront jugés pour avoir fait parler les armes à Saint-Louis.


    Les magistrats du tribunal correctionnel vont devoir se plonger très rapidement dans les « dossiers Saint-Louis ».

    En effet, lundi, pas moins de dix personnes sont appelées à comparaître pour avoir participé de près ou de loin aux échauffourées qui ont éclaté à la suite de la mort de William Decoiré. Pour rappel, le bilan des enquêtes diligentées est de

    84 placements en garde à vue, 19 personnes incarcérées et 17 autres placées sous contrôle judiciaire.

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