Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 28.02.2018 à 06h26 | Mis à jour le 28.02.2018 à 14h48
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    Christophe Urben a été jugé en appel, hier, dans une vaste affaire d’escroquerie. Le parquet a requis sept ans de prison, la même peine qu’en première instance. Décision le 3 avril. Photo Archives LNC
    JUSTICE. Le parquet a demandé la confirmation du jugement en première instance infligé à ce « prédateur financier » responsable d’escroqueries estimées à 1,5 milliard.

    Il est arrivé l’air décontracté avant de se décomposer au fil de l’audience et de se résigner à être décrit comme « un monstre» , « quoi que je dise, quoi que je fasse, cette étiquette restera ». Chemise rose à manches courtes, pantalon blanc, petites lunettes sur le nez, Christophe Urben a tenté un exercice de séduction devant les magistrats de la cour d’appel. Cet homme de 44 ans, considéré comme le plus grand escroc de Calédonie, n’avait pas grand-chose à perdre.

    En première instance, en septembre dernier, il avait écopé de sept ans de prison, le maximum qu’il encourait pour de multiples escroqueries et autres abus de confiance. S’il a justifié son appel « parce que je n’ai pas pu me défendre correctement devant le tribunal », Christophe Urben ne voulait en réalité qu’une chose : faire baisser le quantum de sa peine.

     

    « La Volonté de les rembourser »

    Le président de la cour a détaillé les dizaines de plaintes de « pauvres gens » arnaqués par Christophe Urben. Il y a cette dame qui lui a donné 43 millions de francs pour bloquer la vente d’une maison qui ne lui appartient même pas. Cette association qui lui a versé 31 millions pour l’organisation d’un voyage aux États-Unis qui n’aura jamais lieu. Cet homme qui lui a apporté 33 millions pour la vente d’une maison sur laquelle il n’a aucun droit ni mandat. Un autre, encore, qui lui prête 10 millions pour un inexistant projet immobilier à Robinson. Les sommes s’accumulent, les victimes aussi et certaines s’agacent jusqu’à employer la violence. Christophe Urben escroque toujours plus pour rembourser les premiers créanciers. Un tourbillon infernal qui finit par « emporter tout le monde avec moi. Cela devenait ingérable. Mais j’ai toujours eu la volonté de les rembourser », se défend Christophe Urben sans vraiment convaincre la cour. C’en est trop pour une victime qui se lève dans la salle pour crier son regret « d’avoir fait confiance à ce bandit ».

    Ce touche-à-tout, joueur invétéré de casino qui a perdu 40 millions de francs entre 2013 et 2016, laisse derrière lui des victimes ruinées, en interdiction bancaire pour certaines, en surendettement pour d’autres. Il y en a qui ne peuvent plus payer les études de leur fils, sans compter leurs propres parents de plus de 80 ans qui ont été abusés. « Et vous venez pleurnicher sur sept ans de prison ? Vous allez en purger à peine la moitié. Mais cela fait dix ans que vous vivez comme un prince… Vous tuez vos victimes à feu doux », clame Me Moresco. Me Daubet-Esclapez parle d’un « personnage venimeux », « un arnaqueur professionnel », selon Me Cuenot, « un gourou qui envoûte ses victimes et qui pratique le lavage de cerveau quotidiennement », décrit Me Noyon. Me Lentignac reste persuadé « que des fonds sont cachés quelque part en Australie ou au Vanuatu ». « Plus d’un milliard, ça ne s’envole pas comme ça », renchérit Me Klein. « Vous êtes un prédateur financier » à « l’intelligence de façade car vous n’avez pas de cœur », fustige l’avocat général Claire Lanet. « Un filou » qui « s’en prend à de pauvres gens », attaque-t-elle encore avant de requérir la confirmation du jugement de première instance, soit sept ans de prison. La cour d’appel rendra sa décision le 3 avril. Christophe Urben, défendu par Me Labro, avait une nouvelle occasion de s’excuser auprès de ses victimes. Il ne l’a jamais fait.

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