Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 20.02.2018 à 04h25 | Mis à jour le 20.02.2018 à 07h29
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    Dès l’annonce de la mort de William Decoiré, la tribu s’embrase. Des barricades sont érigées sur la route et les gendarmes pris pour cible. Sept hommes étaient jugés hier pour ces faits. Photo Archives J.-A.G.-L.
    Justice. Plus d’un an après la mort de William Decoiré, déclenchant des émeutes aux abords de Saint-Louis, sept hommes ont été jugés hier pour avoir participé à cette vague de violences sans précédent. Des peines de trois à dix ans de prison ont été requises.

    La révolte et le sentiment d’injustice se lisent sur leurs visages et jusque sur leurs t-shirts sur lesquels est imprimé le visage de « Wyldé ». Un an et trois mois après la mort de William Decoiré, tué par un gendarme « en état de légitime défense » selon le procureur et qui fait l’objet d’une instruction toujours en cours à la suite de la plainte déposée par la maman du jeune homme pour « meurtre », ils n’ont rien oublié de ce qu’il s’est passé. Ces sept hommes, qui sont jugés devant le tribunal correctionnel pour leur participation aux violences qui ont éclaté aux abords de la tribu le lendemain de la mort de William Decoiré ainsi que les 13 et 14 novembre, assument leur geste. Le blocage de la RP1 avec des carcasses de voiture comme les violences sur les gendarmes.

     

    « Je voulais leur faire mal »

    Au cours d’une instruction claire et précise de la présidente du tribunal, Évelyne Camerlynck, les vieux souvenirs sont remontés à la surface. Ces scènes de guérilla entre deux camps : ceux qui voulaient venger la mort de William Decoiré et ceux qui représentent l’État. Ce chaos indescriptible sur la route qui relie Nouméa au Mont-Dore. Ces tirs de fusils assourdissants qui ont blessé douze gendarmes dont certains grièvement. Ces scènes de panique chez des Calédoniens qui ne demandaient qu’à rentrer chez eux sans se faire caillasser.

    Alors, pourquoi ces révoltes ? Et à quoi ont-elles servi, in fine ? La violence était-elle le seul moyen de se faire entendre ? « Personne ne pouvait empêcher la colère des gens de Saint-Louis après la mort gratuite de William », dit Roch Wamytan, surnommé « Banane » ou « Le colonel », considéré comme un des meneurs des émeutiers, ce qu’il nie en bloc. Gérard Gnibekan évoque « la colère après la mort de William. J’ai caillassé toute la nuit. Je voulais les atteindre, leur faire mal ». « Je voulais en découdre. Il nous fallait la justice pour William », explique Emmanuel Kouimpi. Mais « les mots ont un sens », réplique Alexis Bouroz. « Vous avez dit en garde à vue et devant le juge que vous vouliez tuer un gendarme. Avant la justice pour William, commençons par votre procès », s’agace le procureur de la République.

    Dans la salle, les gendarmes, en uniforme, côtoient les nombreuses familles des prévenus. Comme s’il n’y avait qu’une enceinte judiciaire pour les rassembler. « Ils voulaient la guerre et ils s’y sont préparés. Leur plan était de tuer un gendarme, il leur fallait un trophée », assure Me Nathalie Lepape, le conseil des parties civiles.

     

    « Une tragédie pour nous tous »

    Au cours de ses réquisitions, le procureur de la République a tenu des propos apaisés et pédagogiques avec un souci d’humanité, loin d’un discours qui aurait pu être revanchard ou belliqueux. « La mort de William Decoiré est une tragédie pour nous tous », a-t-il d’abord déclaré, saluant au passage Line Decoiré, la maman du jeune homme, avant de décrire les prévenus comme étant des « délinquants chevronnés ». « Tirer sur les gendarmes car William Decoiré est mort est un prétexte. Tout simplement parce qu’ils ont déjà tiré sur les forces de l’ordre avant que William ne soit mort », démontre le procureur qui requiert des peines allant de trois à dix ans de prison en fonction de l’implication de chacun des prévenus. Le ton est grave. Le silence règne dans la salle.

    En début de soirée, les avocats des sept prévenus ont entamé leurs plaidoiries. Ces derniers risquaient de lourdes condamnations. La semaine dernière, trois jeunes de Saint-Louis ont écopé de peines conséquentes pour des violences commises après la mort de William Decoiré. « On n’attend pas de vous [le tribunal, NDLR] un jugement d’apaisement. Ne faites pas preuve de faiblesse », avertit le procureur qui rappelle que les mineurs impliqués dans les émeutes ont écopé de deux à trois ans de prison il y a une dizaine de jours.

    Tard hier soir, le tribunal a finalement condamné les prévenus à des peines allant de 2 à 8 ans de prison. Trois d’entre eux, absents à l’audience, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt.

     

     

    71 carcasses de voitures.

    Au cours des émeutes qui ont éclaté aux abords de Saint-Louis, durant plusieurs semaines, au moins 71 carcasses de voitures incendiées ont été déposées sur la RP1.

     

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