Nouvelle Calédonie
  • Caroline Baudry | Crée le 13.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 13.03.2018 à 07h23
    Imprimer
    Edwige Douneezek, en 3e année de cursus à l’ENEP est enregistrée par Philippe Boula de Mareüil. Elle lit la fable d’Esope « La bise et le soleil » en pwaamei, la langue parlée à Voh et aux alentours. Photo C.B.
    Recherche. Le linguiste Philippe Boula de Mareüil est en Nouvelle-Calédonie pour enregistrer les langues locales et compléter son atlas sonore des langues régionales de France. Une belle mise en valeur du patrimoine linguistique du pays.

    «Qui est volontaire pour lire la fable dans une autre langue que le français ? » lance Philippe Boula de Mareüil aux élèves instituteurs de l’Ecole normale des enseignements privés de Nouvelle-Calédonie (ENEP). Pwaamei, wallisien et même accent caldoche sont les bienvenus pour le chercheur au CNRS. Arrivé fin janvier, il a arpenté Nouméa muni de son enregistreur à la recherche de locuteurs de langues locales. L’objectif : compléter son « atlas sonore des langues régionales de France » en ligne depuis juin 2017. Pour rappel, en dehors du français, plus de 70 langues sont parlées en France métropolitaine et outre-mer. Parmi les territoires ultramarins, la Calédonie est particulièrement riche, avec 28 langues régionales référencées.

     

    Un paysage linguistique varié

    En 2016, Philippe Boula de Mareüil et deux autres chercheurs ont commencé à éditer une carte de France interactive sur laquelle une fable d’Esope peut être lue et écoutée dans plus d’une centaine de langues régionales. Du francique au gascon, l’atlas offre une vitrine sur le riche paysage linguistique de la France, pourtant méconnu. « Il y a toujours les mêmes levées de boucliers quand on parle de langues minoritaires, mais elles font partie de l’histoire et apportent chacune une vision du monde » remarque le chercheur.

    Quelques mois après sa création, le site affichait déjà plus de 400 000 visites. Parmi les auditeurs, beaucoup étaient impatients d’entendre les langues des territoires français du Pacifique. Direction l’Océanie, donc, pour achever ce travail de recherche, accompagné par l’Académie des langues kanak et l’Université de Polynésie française. Une fois à Nouméa, l’Institut de formation des maîtres, l’ENEP, l’Université de Nouvelle-Calédonie et l’Agence de développement de la culture kanak, ont été d’une aide précieuse pour trouver des personnes ressources à travers le territoire. En quelques semaines sur le caillou, le linguiste a récolté plus d’une douzaine de versions locales de la fable « La bise et le soleil », dont dix sont déjà en ligne : en kwényï, en numèè, en drubea, en drehu, en ajië, en paicî, en pwaamei, en zuanga, en jawe et en nyelâyu.

     

    Protéger le patrimoine

    Edwige Douneezek s’est portée volontaire pour être enregistrée dans sa langue maternelle, le pwaamei. Etudiante en troisième année à l’ENEP, elle se destine à enseigner dans les écoles primaires. « La carte est intéressante car on peut comparer les langues et trouver des similarités dans le Pacifique malgré les distances géographiques. C’est aussi un bel outil pédagogique pour l’apprentissage des langues kanak » souligne-t-elle.

    Si en Métropole les locuteurs de langue régionale ont rarement moins de 70 ans, les personnes ressources sont beaucoup plus jeunes en Calédonie. Pourtant, les langues d’ici sont aussi menacées. « On a toujours entendu autour de nous que le drubea allait finir par s’éteindre. Il y a peu de locuteurs et la plupart sont des locuteurs passifs [qui comprennent mais parlent peu la langue] » s’inquiète Laure Boehe-Tindao, originaire de la tribu de Bangou à Païta et diplômée d’un master de linguistique et diversité des langues. Elle aussi a coopéré avec le linguiste, pour dire et écrire la fable en drubea.

    « En général, c’est le passage à l’écrit qui pose problème, d’où l’importance d’éditer des ouvrages en langues kanak » ajoute-t-elle. Avant de se rendre en Polynésie française en mars, Philippe Boula de Mareüil a misé sur le bouche-à-oreille pour rencontrer un maximum de volontaires et sauvegarder dans son atlas inédit le patrimoine linguistique de la Nouvelle- Calédonie.

     

     

    A savoir

     

    L’atlas sonore des langues régionales de France est à retrouver sur : www.atlas.limsi.fr et www.atlas.limsi.fr/?debug=true&tab=NCWF pour la carte du Pacifique.

    180 enregistrements et retranscriptions de France métropolitaine et d’outre-mer sont disponibles.

    Selon la délégation générale à la langue française et aux langues de France, la Nouvelle-Calédonie, « exemple de richesse linguistique » compte 28 langues régionales.

    Grande Terre : nyelâyu, kumak, caac, yuaga, jawe, nemi, fwâi, pije, pwaamei, pwapwâ, langue de Voh-Kone, cèmuhi, paicî, ajië, arhâ, arhö, ‘ôrôê, neku, sîchë, tîrî, xârâcùù, xaragurè, drube??a, numèè ;

    Iles Loyauté : nengone, drehu, iaai, fagauvea.

     

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS