- Radio 1 | Crée le 12.10.2026 à 09h01 | Mis à jour le 12.10.2026 à 09h02ImprimerLes drones commencent à se déployer pour étudier les écosystèmes au Fenua. Photo DR / Radio 1Les drones font leur apparition dans la protection des écosystèmes au Fenua. La direction de l'Environnement vient de lancer un appel à projets pour cartographier, depuis les airs, des sites de pontes de tortues tandis que l'association Mata Tohora s'en sert pour étudier le microbiote et le génome des baleines le tout sans prélèvement. Un potentiel "incroyable" pour la protection de la faune marine, à condition d'utiliser ces engins correctement. Les explications de notre partenaire Radio 1.
C'est un appel d'offres de haut vol qui a été lancé par le Pays. La Direction de l'environnement (Diren) cherche un prestataire pour "identifier et qualifier" les sites de pontes des tortues marines grâce à l'imagerie des drones. Cette mission vise à "produire une connaissance fiable de la fréquentation des sites de ponte" sur Maupiti, Makatea et Mangareva.
L'utilisation des drones pour de tels suivis scientifiques offre "une vision d'ensemble", explique Roselyne Tuira, chef de projet biodiversité à la Diren. "Ça nous permet de parcourir des linéaires importants et plus rapidement, donc d'aller plus vite, d'arriver sur des zones parfois difficiles d'accès, de ne pas être trop intrusif aussi sur le milieu, mais surtout d'avoir cette image à l'instant T des zones survolées." Le but final de l'opération étant de "mettre en place des dispositifs de protection de nids pendant les périodes de reproduction", précise la responsable.
En lançant cet appel à projets la Diren tente de moderniser son approche, "d'avancer un peu avec son temps et les outils dont on dispose aujourd'hui".
Dans le souffle des baleines
Ce n'est toutefois pas la première fois que des drones vont permettre de faire progresser la protection de l'environnement au fenua. La Sop-Manu a déjà utilisé des drones pour dératiser des atolls difficile d'accès et ainsi préserver les oiseaux marins. Côté mer, l'association Mata Tohora, a lancé cette année un programme d'étude génétique et sanitaire des baleines et de leur microbiote à partir de leur souffle. Et c'est là encore, ces petits engins volants, permettent de faire les prélèvements non invasifs.
L'association compte d'ailleurs dans ses rangs un droniste. Depuis un bateau, et une fois une baleine repérée, les bénévoles accrochent au drone une "boîte de Petri", petit récipient qui récolte les gouttelettes d'eau expulsées par l'animal, quand l'engin survole son souffle. Les échantillons sont ensuite envoyés en laboratoire pour culture et prélèvement. "La difficulté c'est de conserver le souffle. Même si c'est un gros souffle qu'on voit de loin, du matériel biologique, qui contient de l'ADN, il n'y en a pas beaucoup au final" , note le Dr Agnès Benet, présidente de Mata Tohora, qui pense que cette analyse du souffle des baleines a de quoi révéler des résultats inédits. "On sait qu'on va trouver des nouvelles choses puisque ce qu'on cherche n'a jamais été cherché".
"Sentinelles du large"
Des études déjà menées par l'association ont montré le profil génétique particulier des baleines fréquentant les eaux polynésiennes. Pour autant, l'idée n'est pas seulement de caractériser ou d'évaluer la santé de ces spécimens, mais aussi d'en faire des "sentinelles du large". Car les tissus de ces cétacés sont des témoins de la qualité de l'eau et du degré de pollution des océans
L'année dernière, des prélèvements au niveau des tissus cutanés des baleines avaient déjà démontré des "concentrations extrêmement élevées" de plomb, de cadmium, d'arsenic, d'argent et de mercure, dans des quantités qui " dépassent tous les plafonds des standards actuellement enregistrés" . "En prélevant le souffle des baleines on peut étudier la génétique ainsi que tous les microbiotes, c'est-à-dire les bactéries, les virus, les champignons… A travers l'œil de la baleine, on étudie l'état de santé des océans".
En Nouvelle-Calédonie et en Australie
Le fenua connaît un léger retard quant à l'utilisation des drones au service de la biodiversité marine. Des voisins du Pacifique en sont adeptes depuis déjà plusieurs années.
En Nouvelle-Calédonie, les drones sont utilisés pour confirmer la présence d'un requin et identifier son espèce en vue, si nécessaire, de fermer une plage, ou pour suivre, là encore sans dérangement, les population de dugongs, mammifère marin en danger dans les lagons du Caillou. Il en est de même en Australie, où les drones servent aussi à la mesure de la santé de la grande barrière de Corail.
Surveillance du trait de côte aux Antilles, traque de la pêche illégale en Antarctique, nidification des oiseaux marins en Europe, connaissance des narvals au Canada… Les exemples se multiplient tout autour de la planète.
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