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    Nouvelle Calédonie
  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 28.06.2026 à 16h16 | Mis à jour le 28.06.2026 à 16h17
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    En votant, Glenda Sarengat "veut aussi participer à la vie politique et sociale" du pays, ce qu’elle estime être en cohérence avec son métier de directrice adjointe et coordinatrice de Segpa en collège qui contribue, selon elle, à la construction du pays. Photo Anne-Claire Pophillat
    Après l’adoption, par le Parlement, le 20 mai, de l’élargissement de la liste électorale spéciale provinciale aux natifs, ils ont été 10 519 à être inscrits sur la Lesp. Parmi eux, Glenda Sarengat et Jean-Paul Hmaloko, particulièrement émus ce dimanche matin. Témoignages.

    Il est 9 heures, ce dimanche 28 juin, devant l’hôtel de ville de Dumbéa. À la veille de ses 50 ans, Glenda Sarengat est impatiente de participer à son premier scrutin provincial. Elle fait partie des 10 519 natifs inscrits sur la liste spéciale, à la suite de l’adoption de l’élargissement du corps électoral par le Parlement le 20 mai. Un peu anxieuse également, Glenda Sarengat vérifie, pour la énième fois encore, si elle se trouve bien sur la liste, "si je n’avais pas halluciné", rit-elle.

    Devant les assesseurs, qui contrôlent son inscription, Glenda Sarengat se crispe légèrement, retient son souffle, craignant une mauvaise surprise de dernière minute, pourtant si près du but. Ce ne sera pas le cas. La nouvelle votante se dirige, enthousiaste, bulletins et enveloppe en main, vers l’isoloir.

    Une exception dans sa famille

    Cette situation a été difficile à vivre, pour cette femme de statut coutumier, d’Ouvéa par son père et de Lifou par sa mère, par ailleurs présente sur la liste référendaire. Tout cela pour avoir passé six ans dans l’Hexagone de 1992 à 1998. "On est partis pour les études de mon père, qui a bénéficié du dispositif '400 cadres'. J’avais 15 ans." Elle rentrera un peu trop tard, après la signature de l’accord de Nouméa, en mai 1998, en raison de la Coupe du monde. "Si je n’y avais pas participé et que j’étais revenue un peu plus tôt, tout cela ne serait pas arrivé. Je ne le savais pas à l’époque, mais c’est cette Coupe du monde qui m’a mise dans la panade."

    Depuis, impossible de voter aux provinciales, sauf à fournir des justificatifs de ses années à Bordeaux, des documents "difficiles" à obtenir du lycée et de l’université. "J’aurai dû insister. J’ai essayé d’entreprendre les démarches, puis je me suis dit, laisse tomber." Dans sa famille, elle fait figure d’exception. Son mari et ses enfants, eux, peuvent voter. Mais lors de l’examen de la loi à l’Assemblée, tout le monde se sent concerné. "Je me suis dit, on croise les doigts pour que ça passe."

    "Ça me fait vraiment quelque chose"

    Un mois plus tard, Glenda Sarengat consulte la liste révisée dès sa publication. "Je suis allée voir tout de suite si mon nom apparaissait, et quand je l’ai vu, j’ai crié de joie." Glisser un bulletin dans l’urne représente ainsi une forme d’accomplissement. "Je suis super contente. Ça me fait vraiment quelque chose, ça me tenait à cœur. C’est à la fois un symbole et une chance." Et met un terme à des décennies de frustration. "Je suis calédonienne, en plus de statut coutumier. Ça me faisait bizarre, je trouvais ça aberrant en tant que Kanak de ne pas pouvoir y participer d’office, ça me peinait."

    Alors ce matin, Glenda Sarengat laisse exploser sa joie. "Je suis super excitée. J’ai secoué toute ma maison pour pouvoir être à l’heure pour voter, rigole-t-elle. J’étais comme une gamine dans l’isoloir, s’il y avait eu une caméra, ils auraient pensé que j’étais complètement folle !"

    Cet acte est particulièrement important pour cette directrice adjointe et coordinatrice de Segpa en collège. "En attendant de pouvoir voter, j’ai décidé de contribuer autrement à la construction de mon pays à travers mon métier, en accompagnant les enfants. Mais, je veux aussi participer à la vie politique et sociale."


    Pour faire son choix, Jean-Paul Hmaloko a décortiqué le programme de chaque liste "dans le détail, pour trouver ce que toi tu penses bien pour l’avenir du pays". Photo Anne-Claire Pophillat

    "Tu n’as pas le droit de vote chez toi"

    Quelques heures plus tard, c’est à midi, après l’office du matin, que Jean-Paul Hmaloko exerce son droit de vote aux provinciales pour la première fois. Originaire de Lifou, ayant grandi à Rivière-Salée et habitant aujourd’hui à Païta, Jean-Paul Hmalako est revenu dans son quartier d’enfance, où se situe son bureau de vote, à la salle Veyret. Le jeune quarantenaire s’est rendu compte qu’il n’était pas inscrit sur la Lesp à son retour de l’Hexagone, un peu avant les émeutes, après y avoir passé dix ans pour ses études et dans le cadre de sa vie professionnelle. "Je pensais qu’en devenant majeur, on était automatiquement inscrit sur la liste spéciale. Je me suis renseigné en rentrant, et j’ai découvert que je n’y étais pas. J’étais vraiment frustré. Pour moi, la question ne se posait même pas. Tu te dis que tu n’as pas le droit de vote chez toi. Ce n’est pas normal pour un natif, je ne comprends pas où est la logique."

    Après l’adoption de la loi en mai, Jean-Paul Hmaloko prend son mal en patience. Il n’attend qu’une seule chose, la diffusion de la liste spéciale mise à jour. "Début juin, je me disais vivement le 18, et dès que le jour est arrivé, j’ai vérifié si mon nom était bien dessus." Il ressent alors "une grande satisfaction" de ne plus être un simple "observateur". "Maintenant, tu vas vraiment participer." Et même deux fois, puisque Jean-Paul Hmaloko a une procuration pour sa sœur. "Une forme de reconnaissance." Enfin.

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