- Julien Mazzoni | Crée le 28.06.2026 à 14h45 | Mis à jour le 28.06.2026 à 14h45ImprimerEn province Sud, les électeurs doivent choisir parmi pas moins de onze listes. Photo Julien MazzoniVingt-trois listes sont en lice ce dimanche 28 juin, dont onze dans le Sud. À la sortie des bureaux de vote, les électeurs interrogés déclarent souvent avoir choisi leur bulletin par conviction, par habitude ou par appartenance politique. Mais, cette année, le calcul utile, les noms connus et la lassitude née des derniers mois de crise ont également pesé dans la balance au moment de passer dans l’isoloir. Reportage.
Sur les panneaux électoraux qui accueillent les électeurs devant les bureaux de vote, les affiches sont nombreuses. Onze listes dans le Sud. Alors que le paysage politique du pays est traditionnellement coupé en deux blocs – indépendantistes et non-indépendantistes – le nombre de bulletins à disposition des citoyens semble dire tout le contraire. Beaucoup de listes, beaucoup de visages et parfois peu de différences évidentes pour aider les électeurs à se décider. Mais ce dimanche 28 juin, il faut pourtant faire un choix pour renouveler les assemblées de province, après sept ans de mandat.
Cette diversité ne semble pourtant pas avoir effacé les blocs. À la sortie des bureaux, ils restent même le premier repère pour de nombreux électeurs. Patrick, 56 ans, n’a pas eu besoin de lire les programmes. "Je sais ce que je veux", tranche-t-il. Son choix, il l’a fait par conviction et "son vécu en tant que Mélanésien". La sécurité, qu’il estime être un thème central de la campagne, il la conditionne avant tout à la question politique.
"J’ai été obligé de faire un choix utile"
Pour d’autres, le ressort est moins idéologique, mais tout aussi automatique. Olivier, 58 ans, savait lui aussi quel bulletin glisser dans l’urne en se levant ce matin, "par principe et par habitude". Les professions de foi ? Il ne les a pas lues. La campagne est passée, mais sa décision est restée.
Cette fidélité montre pourtant des signes de fragilité cette année. Car au sein de chaque camp, l’offre s’est fragmentée. Le vote se fait donc pour certains plus hésitant, plus stratégique aussi parfois. Julien, 32 ans, travaille dans le Nord, mais est descendu voter à Nouméa. Les programmes, lui, il les a lus. Et il en tire une conclusion lapidaire : "Deux blocs, onze listes, voilà !" Selon lui, ces divisions sont moins dues à la variété des idées qu’à des querelles d’ego. "Ils parlent d’union, mais l’union, c’est une liste", se désole-t-il. Il a donc choisi de voter "utile". Pas forcément l’idéal, mais ce "qui peut peser".
C’est aussi dans cette logique que Franz, 54 ans, se positionne. Il a bien "une pensée" à lui, mais il juge qu’il y a trop de partis, trop de dispersion. "J’ai été obligé de faire un choix utile". Car dans ce scrutin à un seul tour, il ne s’agit pas seulement de voter pour le candidat qui nous représente le mieux, étant donné que se prononcer pour une liste qui n’obtient pas d’élu est souvent comparé à jeter son bulletin à la corbeille.
"Beaucoup de promesses ne seront pas tenues"
Et pour éviter cet écueil, ce n’est pas toujours dans le contenu des programmes qu’est venue la décision finale. Plusieurs électeurs déclarent avoir cherché des repères dans les têtes de liste. Patrick, 65 ans, a hésité entre plusieurs, avant de s’en remettre aux "noms", même s’il reconnaît que "les candidats changent, mais mes idées restent les mêmes". Son vote, il ne le voit pas comme un blanc-seing. "Beaucoup de promesses ne seront pas tenues, on connaît la chanson, mais il faut au moins bien se positionner."
Et puis, ce scrutin 2026 a un arrière-goût de crise. Économie en berne, tissu social fragilisé, conséquences encore vives des émeutes dans les mémoires… Ces éléments pèsent au moment de voter. Thierry, 39 ans, a hésité. "Ce n’est pas évident de réfléchir sereinement avec tout ce qui s’est passé." Autour de lui, il ressent ce flottement. "Les gens sont un peu perdus", estime-t-il. Il s’est pourtant rendu à l’isoloir, "parce qu’on est obligés de faire notre devoir".
Tout le monde ne voit cependant pas dans cette multiplication des listes une source de confusion. Christian, de Yaté, sait depuis longtemps qui va obtenir sa voix, mais il trouve "bien que les gens aient beaucoup de choix, le pays a besoin de ça". Efraïm, 36 ans y voit même un signe de "bonne santé de la démocratie", jugeant malgré tout la campagne "trop courte" et marquée par "les mêmes éléments de langage. La suite se jouera ailleurs", estime-t-il, une fois les urnes refermées et les bulletins décomptés. "On verra après si les promesses deviennent des actes."
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