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    Nouvelle Calédonie
  • Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 02.07.2026 à 05h00 | Mis à jour le 02.07.2026 à 05h00
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    Nicolas Metzdorf, député et élu au Congrès, estime que la victoire de la liste "Forts et Unis" oblige désormais les non-indépendantistes à bâtir une majorité stable avec l’Éveil océanien et l’UNI. Photo Julien Mazzoni
    Large vainqueur avec la liste "Forts et Unis" des Loyalistes et du Rassemblement en province Sud, dont il était 2e de liste, Nicolas Metzdorf reconnaît que les non-indépendantistes devront composer au Congrès. Des discussions sont ouvertes avec l’Éveil océanien et l’UNI. Sur le dossier institutionnel, en revanche, le député ne croit pas à un accord avant 2027. Entretien.

    Vous avez parlé d’une majorité jamais atteinte en province Sud depuis le RPCR en 1999. Mais au Congrès, il manque quatre sièges au camp non-indépendantiste pour gouverner seul. C’est une victoire totale, ou qui oblige déjà à composer ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : oui, c’est une victoire. Après, la répartition des sièges au Congrès entre les trois provinces nous oblige à composer. On ne pourra pas diriger tout seul. Les discussions se sont donc ouvertes à la fois avec l’UNI et avec l’Éveil océanien.

    Selon vous, les électeurs ont-ils voté pour votre programme, pour votre ligne ferme sur l’institutionnel, ou d’abord pour l’union des non-indépendantistes ?

    Je pense qu’il y a deux raisons, liées aux émeutes et à leurs conséquences sur l’état d’esprit des gens. Ils veulent que les non-indépendantistes soient fermes et unis. C’est pour cela que nous avons appelé notre liste "Forts et Unis". Nous avons ressenti une volonté de fermeté et d’union. C’est pour ces deux raisons que les électeurs nous ont apporté leur soutien.

    En province Sud, les listes du centre ont éclaté. Calédonie ensemble notamment disparaît de l’institution provinciale. Est-ce une clarification du camp non-indépendantiste ?

    C’est une clarification qui démontre que le camp non-indépendantiste demande de la fermeté. Les petites listes du centre étaient divisées. Cela nous a permis de gagner plus de sièges, oui. Mais c’est aussi leur responsabilité politique. Les lignes qui défendent la fermeté ont eu l’intelligence de s’unir. Moi, j’aurais pu tirer une liste. Le Rassemblement aurait pu tirer une liste. Nous ne l’avons pas fait. Que des petites listes, avec des leaders émergents, aient plus d’ego que nous, pour moi, c’est une faute politique.

    Maintenant, il faut discuter avec ceux dont nous sommes les plus proches.

    Vous discutez avec qui aujourd’hui, et sur quelles bases ?

    Nous discutons avec l’UNI sur ce que nous pouvons faire pour la province Nord. Et avec l’Éveil océanien sur ce que nous pouvons faire pour la Nouvelle-Calédonie. Les discussions se passent bien. L’état d’esprit, c’est que la campagne est finie. Il y a eu une clarification. Mais cela ne sert à rien de continuer à faire campagne. Il n’y a plus d’élections. Nous sommes là pour cinq ans. Maintenant, il faut discuter avec ceux dont nous sommes les plus proches.

    Milakulo Tukumuli a dit qu’il ne referait pas ce qu’il considère comme une erreur en 2019, lorsqu’il a permis à Sonia Backès d’être majoritaire à la Maison bleue. Paul Néaoutyine reste sur une ligne indépendantiste. Vous pensez vraiment pouvoir les faire bouger ?

    On ne peut pas se fermer les portes dès le début. À Milakulo Tukumuli, nous disons que nous savons très bien que nous ne sommes pas d’accord sur l’institutionnel. Mais nous savons aussi que nous sommes des partis de gouvernement. L’Éveil océanien a démontré sa volonté de réformer. Nous aussi, nous avons l’habitude d’être en responsabilité. Nous ne voulons pas prendre les institutions pour faire de la politique ou de l’affichage. Nous voulons réformer, parce que le pays en a besoin.

    Quant à l’UNI, ce qui nous a toujours rapprochés, c’est la vision démocratique et celle d’un peuple calédonien. Paul Néaoutyine défend un peuple calédonien dans l’indépendance. Nous, c’est un peuple calédonien dans la France. Nous ne sommes pas dans l’idée de deux peuples. Sur cette base-là, face à l’UC, il y a peut-être un chemin à trouver.

    Avec l’Éveil océanien, la difficulté peut aussi être sociale. Milakulo Tukumuli dit clairement qu’il est de gauche…

    Oui, c’est la principale difficulté. Nous voulons réformer. La question, c’est : qu’est-ce qu’on réforme ? Je pense qu’on peut partir d’un principe avec Milakulo Tukumuli : avant de répartir la richesse, il faut la créer. Cela ne sert à rien de répartir quelque chose que l’on n’a pas. Si nous arrivons à partir de ce postulat, je suis sûr que nous pouvons trouver des terrains d’entente.

    Je pense que ce qui rouvrira les négociations, c’est le nouvel exécutif national l’année prochaine.

    Comment lisez-vous l’abstention, alors que ce scrutin était présenté comme décisif après la crise de 2024 ?

    Nous ne sommes pas surpris, parce que cette abstention est forte dans les bastions indépendantistes. Notre électorat, lui, s’est plutôt bien déplacé aux urnes. Nous fréquentons des indépendantistes dans la vie de tous les jours. Et nous avons vu une démobilisation, un ras-le-bol de citoyens de tendance indépendantiste vis-à-vis de leurs leaders. Ils n’ont pas eu Kanaky et ils sont plus pauvres qu’avant. La misère économique et sociale sans avoir obtenu l’indépendance, pour eux, c’est une forme de double échec.

    Évidemment, un électeur indépendantiste convaincu ne va pas voter pour Nicolas Metzdorf. En revanche, il peut rester chez lui. L’Éveil océanien progresse, mais peu. L’abstention, elle, progresse énormément.

    Vous êtes député, président de Générations NC, élu provincial et élu au Congrès. Quelle sera votre place dans cette mandature ?

    Rien ne change vraiment, parce que j’étais déjà tout cela. Je continue surtout à être député. Et quand je suis en Nouvelle-Calédonie, à siéger au Congrès. Comme nous avons une majorité large à la province Sud, je vais davantage m’occuper du Congrès et de l’Assemblée nationale.

    Sébastien Lecornu, le Premier ministre, évoque une reprise des discussions institutionnelles dès ce mois-ci. Pour vous, les provinciales ouvrent-elles vraiment une nouvelle séquence ?

    Non. Je pense que ce qui rouvrira les négociations, c’est le nouvel exécutif national l’année prochaine. Si l’État nous invite, nous irons. Nous sommes des gens polis et républicains. Mais nous ne trouverons pas d’accord. Pas parce que nous n’en voulons pas, mais parce que cette Assemblée nationale a refusé tout ce que nous avions trouvé jusqu’ici. Si c’est pour travailler encore des semaines, se mettre d’accord, puis arriver devant une Assemblée nationale qui rejette le texte, cela ne sert à rien.

    J’ai été élevé dans le culte de Jacques Lafleur. Voir le fils du général insulter un fils de soldat, je trouve que c’est blessant pour mes parents.

    L’urgence, selon vous, n’est donc pas institutionnelle, mais de remettre la Nouvelle-Calédonie sur les rails ?

    Je pense que si nous arrivons à trouver une majorité stable, annoncée pour cinq ans, le signal envoyé aux Calédoniens sera très bon. C’est mon discours aujourd’hui : la campagne est finie. Tout le monde sait ce que Nicolas Metzdorf pense, ce que Sonia Backès pense, ce que Milakulo Tukumuli pense, ce que Paul Néaoutyine pense, ce que Johanito Wamytan pense. Maintenant, il faut travailler. Si nous passons déjà une année à gérer les institutions du pays et à faire les réformes nécessaires ensemble, nous apprendrons à nous connaître et à nous respecter.

    Dans les trois prochains mois, quel acte concret devra prouver que cette nouvelle majorité sert à gouverner ?

    Il y aura déjà les élections des présidents d’exécutif, puis les premières mesures. Si nous devons diriger, l’exonération des droits de succession, qui a été un pilier de nos réformes économiques, devra passer. Si nous faisons une majorité avec Milakulo Tukumuli au Congrès et au gouvernement, j’imagine qu’il aura aussi une ou deux mesures importantes pour lui à faire passer. Il a beaucoup parlé de la gratuité des cantines, par exemple. Pourquoi pas ? Il faut que chacun mette un peu d’eau dans son vin.

    En 2019, il y avait eu le choc de découvrir que l’Éveil océanien était vraiment dans le “ni-ni”. Aujourd’hui, il n’y a plus cette surprise. On sait ce qu’est Milakulo Tukumuli. Cela fait sept ans que nous travaillons ensemble. C’est un bosseur, quelqu’un de technique. Je pense que nous perdrons moins de temps.

    La campagne a aussi été marquée par des attaques personnelles. On vous a qualifié notamment de raciste ou de cocaïnomane… Vous confirmez avoir porté plainte contre Pascal Lafleur et Philippe Gomès ?

    Oui. J’ai porté plainte contre Pascal Lafleur. Et si ce que vous me rapportez concernant Philippe Gomès est exact, je porterai plainte aussi. Ce qui me rend triste, c’est que mes parents étaient des soldats de Jacques Lafleur pendant les Événements. J’ai été élevé dans le culte de Jacques Lafleur. Voir le fils du général insulter un fils de soldat, je trouve que c’est blessant pour mes parents.

    L’attaque qui m’a le plus blessé, c’est l’insinuation raciste. Je veux bien qu’on me traite de tous les noms, mais pas de raciste. Je considère que mon combat politique est de lutter contre le racisme. Je me suis rapproché d’un cabinet d’avocats parisien pour ne plus rien laisser passer. Je me rends compte que cela prend désormais des proportions publiques. Ce n’est pas bon.

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