- Outremers360 | Crée le 19.06.2026 à 09h00 | Mis à jour le 19.06.2026 à 09h38Imprimervie chère et régulation des prix outremers360 Photos Outremers360La Fédération des entreprises des Outre-mer (Fedom) a publié un rapporte sur la vie chère dans les territoires ultramarins et la régulation économique comme potentielle solution ou, au contraire, facteur d’aggravation, considérant que ce sont avant tout le niveau de revenu et l’accès à l’emploi qui déterminent le pouvoir d’achat réel. Or, les Outre-mer présentent des taux d’emploi plus faibles et des inégalités plus fortes qu’en Hexagone, rapport notre partenaire Outremers360. Explications.
Le rapport publié par la Fédération des entreprises des Outre-mer (Fedom) et le cabinet Tactics reprend les actes d’un colloque organisé il y a quelques mois au Cese, Conseil économique, social et environnemental, en partenariat avec la Fondation Concorde (un think tank économique indépendant), et un centre de recherches de l’université Georges Washington, aux États-Unis. Sa thématique est centrale dans l’ensemble des territoires ultramarins, à savoir le pouvoir d’achat et les prix élevés. Il s’agissait, pour les participants, de se pencher sur la réalité de la vie chère, l’évaluation de l’efficacité des politiques de régulation, et la question du dynamisme économique. D’où l’intitulé de ce colloque, qui tentait de répondre à la question suivante : "Régulation dans les Outre-mer : solution à la vie chère ou facteur d’aggravation ?".
Cumul de contraintes importantes
Dans sa synthèse, le rapport relève que la régulation économique dans les territoires ultramarins constitue un enjeu majeur, au croisement des questions de pouvoir d’achat, de cohésion sociale et de développement économique. Si les pouvoirs publics mettent en place des dispositifs pour lutter contre la vie chère, leur efficacité resterait limitée en raison de l’absence d’évaluations solides et de la complexité structurelle des économies ultramarines. "Les économies ultramarines cumulent des contraintes importantes. L’éloignement géographique allonge les chaînes d’approvisionnement et renchérit les coûts de transport. L’insularité impose des contraintes logistiques supplémentaires. L’étroitesse des marchés limite les volumes d’activité et empêche la réalisation d’économies d’échelle", souligne le document.
Déséquilibre entre prix et revenus
D’après le rapport, la vie chère résulterait avant tout d’un déséquilibre entre prix et revenus, car à prix constants, ce sont le niveau de revenu et l’accès à l’emploi qui déterminent le pouvoir d’achat réel, estiment les participants au colloque. Or, les territoires ultramarins présentent des taux d’emploi plus faibles et des inégalités de revenus plus fortes qu’en Hexagone. Ce décalage expliquerait ainsi les tensions autour du pouvoir d’achat et l’importance prise par la question de la vie chère.
Quel effet des dispositifs de régulation économique ?
Des dispositifs de régulation économique ont été instaurés dans les territoires ultramarins, qu’il s’agisse du contrôle des prix et des marges, de l’encadrement de certaines pratiques contractuelles ou de restrictions à l’expansion d’entreprises dominantes. Le rapport pointe le fait que cela n’a pas été accompagné d’une véritable évaluation. Et donc que les effets de ces mesures sur les prix et sur le fonctionnement des marchés restent méconnus. Leur maintien reposerait souvent davantage sur des postulats ou des positions politiques que sur des résultats empiriques établis.
"Les analyses présentées lors du colloque convergent pour mettre en doute l’efficacité de plusieurs de ces régulations. Les dispositifs de contrôle des prix ou d’encadrement des marges n’agissent pas sur les déterminants des prix. En revanche, ils contraignent les entreprises, réduisent leur rentabilité, leur souplesse d’adaptation et risquent de freiner l’investissement", déplore l’étude.
Agir sur la structure des coûts
D’après le rapport, il existe malgré tout des leviers permettant d’agir indirectement sur les niveaux de prix en s’attaquant aux déterminants structurels des coûts. Par exemple les instruments fiscaux, tels que la modulation de l’octroi de mer ou des droits de douane, qui peuvent influer sur le coût d’importation des biens. De même, l’amélioration des infrastructures portuaires et de transport, tout comme la modernisation des chaînes logistiques, constitue un moyen de réduire les prix liés au fret, au stockage ou à la distribution. Ces interventions, en diminuant les coûts supportés par les entreprises, sont susceptibles de contribuer à un rapprochement des niveaux de prix entre les Outremer et l’Hexagone. Il s’agirait plutôt d’une transformation des conditions de fonctionnement de l’économie que d’un encadrement administratif des prix, dont l’efficacité serait limitée.
Le rapport recommande ainsi de "réorienter" le débat public. "La question centrale n’est pas de savoir comment faire baisser les prix, mais comment accroître durablement les revenus. Le pouvoir d’achat dépend d’abord du niveau d’activité, de l’emploi et de la distribution des revenus. […] Cela implique un déplacement du centre de gravité des politiques publiques. La régulation ne peut être conçue comme un instrument de traitement direct de la "vie chère". Elle doit être replacée dans sa fonction propre : garantir le bon fonctionnement des marchés, sans se substituer aux mécanismes de création de richesse."
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