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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 14.04.2026 à 05h00 | Mis à jour le 14.04.2026 à 05h00
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    Une fourmi du genre Myrmecia, possiblement Myrmecia apicalis, photographiée récemment en forêt. Une observation rare, encore en cours de confirmation scientifique. Photo Pierric Gailhbaud
    Récemment photographiée en forêt du côté de Boulouparis, une fourmi, qui n’avait plus été observée directement sur la Grande Terre depuis des décennies, pourrait correspondre à Myrmecia apicalis. Une observation qui relance les recherches sur cette espèce très discrète.

    Ce dimanche 12 avril, sur une branche au milieu de la forêt, dans les hauts de Ouitchambo, à Boulouparis, une fourmi noire de plus de 2 centimètres attire l’attention de Julien Lebreton. Corps allongé, longues mandibules, grands yeux… Pas de doute pour le consultant en faune et flore calédonienne et spécialiste des fourmis, ce spécimen appartient bien au genre Myrmecia, parfois surnommé "fourmi bouledogue", un insecte réputé pour sa taille et son comportement atypique. "Une Myrmecia, c’est sûr, confirme Julien Lebreton. Après, pour dire que c’est une apicalis, il faudrait le confirmer, mais comme c’est la seule espèce connue ici, il y a de grandes chances que ce soit elle."

    Une fourmi solitaire et peu visible

    En Nouvelle-Calédonie, cette fourmi a longtemps échappé aux observations directes. Documentée à la fin du XIXe siècle puis sortie des radars pendant plus d’un siècle, avant d’être retrouvée en 2023 à l’île des Pins, sa présence n’était plus attestée sur la Grande Terre que par des indices indirects, notamment des restes retrouvés dans le contenu stomacal de lézards. "Elle n’avait pas été observée directement, ce qui montre à quel point elle est discrète", souligne Julien Lebreton. Le spécialiste pensait bien l’avoir aperçue il y a quatre ou cinq ans dans la même zone, mais depuis, malgré ses recherches, elle était restée introuvable. "J’y suis retourné plusieurs fois sans la revoir", raconte-t-il.

    Contrairement aux fourmis les plus connues, les Myrmecia ne fonctionnent pas en grandes colonies très organisées. Elles chassent seules, à vue, et se déplacent individuellement. "Ce sont des espèces dites archaïques, avec des comportements plus simples", détaille Julien Lebreton. Leur piqûre peut être très douloureuse – les espèces australiennes du même groupe sont connues pour leur venin puissant – mais elles ne sont pas particulièrement agressives et ne piquent que si on les dérange.

    Histoire biologique ancienne

    Pour l’heure, il est encore prématuré de parler de redécouverte confirmée. "C’est une observation ponctuelle, insiste le spécialiste. On ne peut pas encore dire qu’il y a une population installée." Son identification repose uniquement sur sa morphologie, aucune analyse génétique n’a été réalisée. Une confirmation formelle nécessiterait des comparaisons avec des spécimens de référence.

    La zone où elle a été observée est un milieu forestier très peu perturbé et aux caractéristiques géologiques particulières. "Ce sont des endroits très riches, mais aussi très spécifiques", décrit Julien Lebreton. Ces fourmis sont d’ailleurs considérées comme de bons indicateurs écologiques. "Quand elles sont présentes, cela signifie que la forêt est en bonne santé."

    Le genre Myrmecia se trouve surtout en Australie. Sa présence en Nouvelle-Calédonie renvoie à une histoire biologique ancienne. Une introduction récente semble donc peu probable. "Les espèces introduites sont généralement proches des zones habitées. Là, on est en pleine forêt", souligne le consultant.

    Des recherches complémentaires pourraient être menées pour tenter de retrouver d’autres individus. Cette observation rappelle également que de nombreuses espèces restent difficiles à détecter sans que cela signifie pour autant qu’elles sont absentes du territoire. Certaines pourraient encore être présentes dans des zones peu explorées, comme l’égothèle calédonien, un oiseau endémique redécouvert en 2000 au sud de la Grande Terre après 119 années d’absence et pour lequel des recherches récentes sont restées infructueuses. "Dès qu’il y a de la forêt, on augmente la diversité", rappelle Julien Lebreton, qui souligne l’importance de préserver ces milieux naturels.

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