- Julien Mazzoni | Crée le 22.04.2026 à 09h00 | Mis à jour le 22.04.2026 à 09h12ImprimerCréée en Nouvelle-Calédonie en 2020, l’association Truly collecte des échanges en ligne à caractère sexuel impliquant des mineurs ou des personnes s’en présentant comme telles, avant de les transmettre au parquet comme signalements. Photo DR Association TrulyAprès l’interpellation, le 10 avril à Dumbéa, d’un homme soupçonné d’échanges sexuels avec une mineure, l’association Truly met en lumière son mode d’action. Depuis plusieurs années, elle transmet à la justice des échanges en ligne, exploités comme de simples renseignements dans un cadre juridique strict.
Le vendredi 10 avril, à Apogoti (Dumbéa), un homme est interpellé par les gendarmes après avoir proposé un rendez-vous à celle qu’il pensait être une adolescente de 13 ans. À l’origine de cette interpellation, le signalement d’une association qui traque ce genre de délinquants sexuels sur la toile : Truly. Elle explique avoir suivi cet homme depuis 2024 à partir d'un profil fictif de mineur, sur les réseaux sociaux.
Cette récente affaire vient éclairer le fonctionnement de cette initiative née en Nouvelle-Calédonie et son lien particulier avec la justice.
Le fondateur de Truly, qui souhaite rester anonyme pour des raisons évidentes de sécurité et demande à être appelé "Brad", explique travailler à partir de faux profils de mineur(e)s (filles ou garçons), principalement sur Facebook. Il explique utiliser des photos de mannequins adultes présentés comme mineurs pour construire ces comptes.
Ne jamais inciter au délit
Son périmètre d’action repose sur une règle centrale : ne jamais être à l’initiative. "Il ne faut pas que j’invite, sinon, c’est de l’incitation", explique Brad. Par conséquent, il ne relance jamais son interlocuteur s’il disparaît et "il ne faut surtout jamais répondre favorablement à une proposition sexuelle", ajoute-t-il.
Les échanges, parfois étalés sur plusieurs mois, sont conservés sous forme de captures d’écran, puis transmis au parquet ou aux enquêteurs. Brad explique ainsi constituer un signalement détaillé, avec dates, contenus et éléments contextuels, afin de remettre un dossier le plus complet possible aux services d’enquête lorsqu’il est entendu.
Dans certains cas, il pousse les échanges jusqu’à obtenir des éléments supplémentaires qui permettront aux enquêteurs d’identifier son interlocuteur. Il évoque notamment l’exploitation de photos reçues sur lesquelles des indices lui avaient permis de localiser les suspects.
Pour le parquet, ces éléments ne constituent pas, en tant que tels, des preuves judiciaires. "Ils ont la valeur de simples renseignements", précise le procureur de la République, Yves Dupas. "C’est comme si un citoyen faisait état de faits qu’il aurait constatés." Ils servent donc souvent de point de départ à l’enquête.
"La loyauté des preuves"
À partir de ces éléments, les enquêteurs reprennent entièrement le dossier : audition du représentant de l’association, exploitation des messages, vérifications techniques, identification du mis en cause, perquisitions et analyse du matériel numérique… "L’enquête n’est pas simplifiée pour autant", souligne le procureur, rappelant que ces dossiers nécessitent des investigations approfondies.
Car pour que ces démarches soient valides, "ce qui est déterminant, c’est la loyauté des preuves et la prohibition de toute provocation à la commission d’infraction", insiste Yves Dupas. Les propositions sexuelles doivent donc impérativement émaner du mis en cause. Un équilibre fragile, puisque toute intervention susceptible de les provoquer pourrait venir fragiliser la procédure. Une règle que le fondateur de Truly suit scrupuleusement.

Capture d'écran d'une conversation entre un membre de Truly et un potentiel pédocriminel. Capture d'écran TrulyDepuis la création de l’association, en 2020, le parquet a reçu "une quarantaine de signalements" liés à Truly. Certains ont donné lieu à des condamnations "avec des peines d’emprisonnement ferme conséquentes", selon Yves Dupas.
Un "lanceur d’alerte"
Le procureur y voit un rôle de "lanceur d’alerte, une forme d’infiltration" dans l’espace numérique, tout en appelant à la prudence. "On ne conseille surtout pas aux gens de le faire", insiste le procureur, qui rappelle que ce type de démarche nécessite une connaissance précise du cadre juridique et pourrait même, à terme, appeler un encadrement plus clair.
Brad explique avoir créé le collectif, avant de le structurer en association en décembre 2021. À l’origine de son engagement, une affaire personnelle impliquant un membre de sa famille sur le Web, qu’il présente comme le point de départ de sa démarche. Truly agit, depuis, au-delà des frontières du Caillou, en France mais aussi en Belgique, au Canada… Ce sont pas moins de "300 signalements dans le monde" que l’association aurait à son actif.
Apogoti : le mis en cause encourt cinq ans
Dans la récente affaire de Dumbéa, Brad décrit des échanges entamés en 2024, avec un homme qui aurait adressé des propositions sexuelles à un de ses profils fictifs. Il aurait fait plusieurs signalements avant que le suspect ne disparaisse et ne reprenne contact début 2026, et lui fixe un rendez-vous.
Le procureur confirme qu’une enquête a été ouverte à la suite d’un signalement de Truly "fin 2024, début 2025", pour "proposition sexuelle par un majeur à un mineur de moins de 15 ans, ou à une personne se présentant comme telle". C’est cette dernière nuance qui fait que, malgré l’absence de victime réelle, le délit est caractérisé. La proposition de rencontre, elle, constitue un élément aggravant. "C’est une peine de cinq ans qui est encourue", précise Yves Dupas. Le mis en cause a été placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement, prévu le 27 mai prochain.
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