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  • AFP | Crée le 18.08.2026 à 10h09 | Mis à jour le 18.08.2026 à 10h09
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    La proportion d’adultes souffrant d’obésité est passée de 40 % à 51 % de la population en l’espace de 11 ans. Cette pathologie en favorise d’autres, comme le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Photo d'illustration AFP / Suliane Favennec
    Au crépuscule, sur le front de mer de Papeete, six Polynésiens aux abdominaux saillants hissent leur pirogue hors du lagon, après l’entraînement. En face, dans le parc Paofai, une dizaine d’adolescents enchaînent les tractions sur des barres fixes. Mais ces corps athlétiques se font de plus en plus rares : plus d’un adulte sur deux et un adolescent sur quatre sont obèses en Polynésie française.

    "J’essaie de diminuer les quantités, mais je mange trop à chaque repas", reconnaît Terai Hatitio. À 15 ans, ce lycéen pèse 140 kg. Encore loin des 210 kg de son père. "Le surpoids a beaucoup d’inconvénients, je ne peux pas faire certains mouvements, donc certains sports sont difficiles pour moi", explique le jeune homme qui maintient son dynamisme en faisant de la musculation. Et "c’est difficile de trouver des vêtements, je dois aller aux États-Unis", souligne-t-il.

    La plupart des Polynésiens n’en ont pas les moyens. Plusieurs boutiques locales se sont donc spécialisées dans les vêtements grande taille. "On propose jusqu’à 5XL, mais on réfléchit à monter jusqu’à 6 ou 7XL", explique Mehani Teato, vendeuse dans le magasin Bamboo Kultur.

    La proportion d’adultes souffrant d’obésité est passée de 40 % à 51 % de la population en l’espace de 11 ans. Cette pathologie en favorise d’autres, comme le diabète et les maladies cardio-vasculaires.

    Plus de 46 000 Polynésiens (17 % des 280 000 habitants) sont en longue maladie, ce qui coûte 40 milliards de francs à la CPS chaque année.

    Le gouvernement polynésien veut travailler sur tous les facteurs de ces maladies chroniques : sédentarité, tabac, alimentation, mais aussi la précarité. Le ministère de la Santé prépare ainsi un vaste plan de prévention (2026-2031) et de mise en avant des produits sains et locaux, tout en taxant les produits gras, salés et sucrés, et en favorisant l’activité physique pour tous, notamment au sein des entreprises.

    "Être obèse, c’est la norme"

    Encore faut-il vouloir perdre du poids. "Ici, c’est banal d’être obèse, on oublie que ça peut aller loin dans les problèmes organiques : ça a des effets articulaires, parfois digestifs. L’éducation, dès l’école primaire, est donc essentielle", estime la ministre de la Santé, le Dr Raihei Ansquer.

    Les 84 "écoles en santé" se chargent de cette prévention et notamment de la chasse aux goûters trop sucrés.

    S’il faut agir dès l’enfance, c’est que "dans le regard polynésien, manger beaucoup, être en surpoids, c’est positif", confirme l’anthropologue Daniel Monconduit, directeur de l’établissement de santé Ora Ora (Vie vie, en tahitien). Il propose à plus de 300 patients chaque année une reprise en main de leur mode de vie. Et de changer de regard sur leur propre corps. "On a eu des patients de 180 ou 200 kg qui s’adaptaient très bien morphologiquement, qui restaient autonomes, ce qui donnait une impression de normalité : ici, être obèse, c’est la norme."

    La méthode Ora Ora donne des résultats spectaculaires la première année, mais beaucoup de patients abandonnent ensuite, retournant à leurs anciennes habitudes, déplore-t-il. Et les îles isolées ne sont pas équipées pour accompagner les personnes en surpoids.

    "Problème comportemental"

    Malbouffe et sédentarité ne sont pas propres à la Polynésie. Pourtant, les îles polynésiennes au sens large (Polynésie française, mais aussi Samoa, Tonga, Tuvalu ou Îles Cook) font toutes parties des pays ou territoires au plus fort taux d’obésité au monde.

    Longtemps soupçonnée, la génétique n’en serait pas la cause. "De mon point de vue, c’est un problème comportemental et non génétique, avec le lien alimentaire qui s’est rompu", analyse Daniel Monconduit.

    "On est passé d’une culture polynésienne à une culture occidentale, avec un choc alimentaire et des addictions nouvelles à des produits comme le sucre, qui n’existaient pas auparavant", abonde le Dr Ansquer, prônant une prévention fondée sur la culture locale. "Un individu, on doit le prendre en compte dans son environnement naturel et culturel, qui est un déterminant de santé", estime la ministre.

    Il est temps : la sécurité sociale est exsangue en Polynésie. Et la compagnie aérienne inter-îles Air Tahiti indique même s’être mise à peser ses passagers, l’augmentation continue du poids moyen rendant en effet les atterrissages plus difficiles sur les îles et atolls dotés de courtes pistes.

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