- A.F.P. avec LNC | Crée le 20.10.2026 à 15h55 | Mis à jour le 20.10.2026 à 15h58ImprimerDes jeunes filment en direct la destruction d’une enseigne en marge de la mobilisation du 17 octobre, à Paris. Photo A.F.P / Geoffroy Van Der HasseltAprès les violences survenues les 17 et 18 octobre en France, en marge de la mobilisation contre la vie chère, des responsables politiques ont pointé le rôle des réseaux sociaux. Le candidat Gabriel Attal a même plaidé pour un "blocage temporaire" de certaines plateformes, à l’image de ce qui avait été fait pour TikTok lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie, avant que le Conseil d’État ne juge cette décision illégale.
Le candidat de Renaissance à la présidentielle, Gabriel Attal, a ainsi plaidé, lundi 19 octobre, pour "un blocage temporaire" de ces plateformes, "ciblé sur les territoires où se déroulent les émeutes", et évoqué "des points de convergence qui se font via les réseaux sociaux" et "un mimétisme qui s’organise".
Pour rappel, l’élu n’en n’est pas à son coup d’essai puisque lorsqu’il était Premier ministre, il avait déjà ordonné le blocage de TikTok, lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie entre le 15 et le 29 mai, alors que l’état d’urgence avait été déclaré dans tout le pays. Mais le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative en France, avait jugé cette décision "illégale" car ayant porté "une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression, à la liberté de communication des idées et opinions et à la liberté d’accès à l’information".
Les Sages avaient toutefois estimé qu’en cas de "circonstances exceptionnelles", une telle interruption pouvait être légale à trois conditions : qu’elle soit indispensable pour faire face à des événements d’une particulière gravité, qu’aucun moyen technique ne permette de prendre immédiatement des mesures alternatives et qu’elle soit prise "pour une durée limitée nécessaire à la recherche et la mise en place de ces mesures alternatives".
Réunion avec la ministre déléguée au Numérique
Les violences en France, en marge de la journée de mobilisation contre la vie chère du 17 octobre, n’ont donc pas manqué de raviver le débat sur la place et l’usage des réseaux sociaux lors d’émeutes. Le candidat social-démocrate Raphaël Glucksmann a, de son côté, appelé à "rendre responsables" les plateformes en ligne, considérant qu’elles "génèrent une émulation".
Ces dernières doivent être reçues, mardi 20 octobre, par la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a-t-elle annoncé sur X, expliquant vouloir "faire le point sur la situation et définir ensemble les actions à engager". Elle n’a toutefois pas précisé la liste des réseaux conviés.
Les services de renseignement font valoir, selon une source policière, que "TikTok a eu un impact très important sur le mouvement, ainsi que la messagerie Telegram". Ces effets ont été constatés "à la fois avant, et aussi pendant la journée de samedi, ce qui donne le sentiment d’organisations des actions", attribuant à TikTok un rôle d'"accélérateur".
"Nés avec internet"
Ces réseaux, qui permettent notamment la diffusion de vidéos en direct (TikTok ou X) ou de "stories", des photos ou brèves vidéos visibles pendant une durée limitée (Instagram ou Snapchat), entraînent une diffusion rapide des images auprès d’une audience importante. Le mouvement de contestation a aussi vu émerger ses propres outils, comme le site collaboratif 17octobre. app, avec pour but de répertorier les groupes de manifestants et la présence de forces de l’ordre.
L’utilisation des réseaux dans les mouvements sociaux ne constitue pas une nouveauté, nuance le chercheur Paolo Stuppia, rappelant notamment le recours à ces "outils d’organisation" et de discussions lors des Printemps arabes et des manifestations à Hong Kong, en 2019.
Mais les mouvements français actuels sont "particulièrement investis par des jeunes […] nés avec internet", poursuit le chercheur. "Disons qu’ils ont vraiment grandi avec les réseaux sociaux […] donc, évidemment, ça change par rapport à des groupes de gilets jaunes".
D’après Louise Michel, chercheuse doctorante au Centre d’analyse des médias de l’Université Paris-Panthéon-Assas, "les réseaux sociaux ont plutôt permis d’amplifier la mobilisation, en créant […] une sorte d’effervescence collective en amont" du 17 octobre.
Une analyse limitée
L’impact concret des plateformes sur les dégradations du week-end reste toutefois plus difficile à évaluer. S’agissant des contenus partagés en ligne et liés aux dégradations, ils ont été "très minoritaires", et ont représenté 5 % des messages analysés sur le réseau social X, d’après l’outil d’analyse Visibrain.
Contacté par l’AFP, Snap, éditeur de Snapchat, a assuré n’avoir identifié "aucun élément indiquant que les contenus partagés publiquement […] aient été utilisés pour coordonner des actes de violence ou inciter d’autres personnes à y participer" Également sollicité, TikTok n’a pas fait de commentaire.
L’analyse complète des messages et contenus liés à ces mouvements reste à ce stade impossible : plusieurs réseaux sociaux ou messageries fonctionnent avec des canaux privés, plus ou moins hermétiques.
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