• © 2019 AFP | Crée le 23.11.2019 à 03h45 | Mis à jour le 23.11.2019 à 03h50
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    Croquis d'audience montrant le détenu radicalisé Bilal Taghi jugé à Paris le 19 novembre 2019 pour avoir tenté de tuer un gardien Benoit PEYRUCQ-AFP

    Le jihadiste Bilal Taghi a été condamné vendredi à 28 ans de réclusion criminelle assortis d'une période de sûreté des deux tiers, pour avoir tenté d'assassiner deux surveillants de la prison d'Osny (Val-d'Oise) en 2016, une attaque considérée comme le premier attentat jihadiste en détention.

    L'avocat général avait requis la perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans, appelant à sanctionner l'"engagement irrémédiable dans une idéologie radicale" d'un homme qui "n'a cessé de mentir".

    Cette attaque, violente et déterminée, au coeur même d'une "unité dédiée" à la déradicalisation où l'accusé purgeait une peine de cinq ans après un départ avorté en Syrie, avait traumatisé l'administration pénitentiaire et conduit à modifier la gestion des radicalisés en prison en France.

    Le Franco-marocain, 27 ans, avait immédiatement reconnu avoir voulu tuer un représentant de l'Etat français au nom de Daech et dit qu'il recommencerait s'il en avait "l'occasion".

    Il assure aujourd'hui avoir renoncé à l'idéologie mortifère du groupe Etat islamique. Ses derniers mots ont été dans la matinée pour ses victimes à qui il a demandé "pardon".

    La veille, en larmes, il avait salué le "cours d'humanité" adressé par l'une de ses victimes, comme "une claque dans la gueule". "Je pense que tout n'est pas perdu", lui avait lancé le surveillant Philippe X., le ramenant "au sens qu'il voulait donner à sa vie", pour ses enfants.

    Après l'énoncé du verdict, Bilal Taghi s'est affaissé sur son banc dans un soufflement de soulagement.

    Le surveillant Philippe X. s'est avancé vers le box et lui a dit quelques mots, avant de serrer la main, souriant, aux avocats de la défense.

    - L'espoir en l'Humanité -

    La cour d'assises spéciale, uniquement composée de magistrats, n'a pas expliqué sa décision. Elle a acquitté Bilal Taghi de l'infraction d'association de malfaiteurs terroriste, comme le demandaient l'accusation et la défense, le détenu ayant agi seul.

    Sa décision est une réponse assez sèche au parquet général, qui réclamait la peine maximale prévue par le code pénal français.

    L'avocat général s'était attaché à décrire l'ancrage de Bilal dans la violence, dès son enfance, et sa recherche désespérée d'un cadre, qu'il va trouver dans l'idéologie jihadiste.

    Après l'échec de son départ en Syrie en 2015, dès son arrivée à Osny, Bilal Taghi avait "dans un coin de la tête", comme il l'a dit lui-même à l'audience, l'idée de tuer un surveillant.

    "Derrière les bouffonneries qu'il donne à voir au quotidien, Bilal Taghi est constamment à l'affût. Il faut imaginer ce lion du califat qui chasse pendant des mois dans les couloirs de la maison d'arrêt d'Osny à la recherche de sa proie", a dit le magistrat, décrivant une attaque "sauvage".

    Le 4 septembre 2016, armé d'un couteau artisanal, Bilal Taghi sort de sa cellule de la prison d'Osny (Val-d'Oise) pour la promenade de 15 heures. Il frappe un premier gardien au niveau de la carotide puis en blesse un second.

    Les deux surveillants parviennent à se mettre à l'abri. En attendant les équipes d'intervention qui le maîtriseront trois heures plus tard, il sourit à la caméra, fait sa prière et trace un cœur sur une vitre après avoir trempé son doigt dans le sang qui macule le sol.

    La défense n'avait pas cherché à convaincre la cour d'assises spéciale de la "sincérité" de Bilal Taghi, mais plaidé l'espoir en l'humanité.

    "Le fanatisme d'un jeune de 27 ans n'est pas irréversible", avait plaidé Matthieu Chavanne, espérant que ces quatre jours de procès auront laissé Bilal Taghi "plus instruit, plus ancré dans la communauté des hommes".

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