• Jean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 17.02.2020 à 23h03 | Mis à jour le 18.02.2020 à 10h25
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    Photo CGLPL

    L'Observatoire international des prisons (OIP) a saisi ce lundi le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie de « la situation alarmante au centre pénitentiaire de Nouméa ».

    Une nouvelle qui intervient quelques semaines après les recommandations en urgence de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL). Dans ce rapport accablant publié en novembre dernier et qui faisait suite à une visite de sept contrôleurs durant quatre jours quelques mois plus tôt, la prison calédonienne avait été très sévèrement épinglée, évoquant des « conditions indignes de détention » qui « perdurent dans l'indifférence générale ». Selon la contrôleure Adeline Hazan, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une « situation qui viole gravement les droits fondamentaux des personnes détenues ». « Une pareille situation ne saurait sans doute être tolérée dans aucun autre établissement de Métropole », était-il écrit dans le rapport.

    L'OIP a donc saisi la justice en déposant une requête en référé-liberté. « Le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie aura à se prononcer sur les conditions de détention au centre pénitentiaire de Nouméa. Avec une densité carcérale qui s'élevait au 1er janvier 2020 à 122,4 % au quartier maison d'arrêt et 135,8 % au centre de détention, la prison calédonienne est connue pour ses conditions de détention particulièrement éprouvantes, critique l'Observatoire. Surpopulation, promiscuité, locaux vétustes et sales, situation sanitaire désastreuse, insuffisance des activités socioculturelles, et d'activités professionnelles rémunérées proposées aux personnes détenues sont dénoncés depuis des années. »

    Enfin, l'association qui agit pour le respect des droits de l'homme en milieu carcéral indique ce recours « intervient alors que la France vient d'être condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans un récent arrêt concernant trente-deux affaires portées devant elle par des personnes détenues qui dénonçaient leurs conditions de détentions dans six prisons françaises ». La CEDH a sanctionné la France pour traitements inhumains et dégradants.

    « Il revient désormais au tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie de prendre acte de cette décision et d'ordonner des mesures qui permettront de mettre un terme effectif et durable aux graves violations des droits fondamentaux auxquelles sont exposées les personnes détenues au centre pénitentiaire de Nouméa », conclut l'OIP.

    Pour rappel, la garde des Sceaux avait immédiatement réagi au rapport accablant CGLPL en novembre dernier. « Il convient de relever que la surpopulation a très fortement baissé puisqu'elle s'élevait à 300 % en 2011. L'ouverture d'un établissement à Koné en 2021 va permettre de régler définitivement le problème de la surpopulation », avait déclaré Nicole Belloubet. Reconnaissant que les conditions d'hébergement « au sein des quartiers des hommes sont médiocres en raison du fort taux d'occupation et du nombre de matelas au sol », la ministre de la Justice avait assuré que « l'état des conteneurs, jugés sales et poussiéreux par la contrôleure, était lié à « une usure liée aux intempéries et aux dégradations volontaires des détenues (graffitis, départs de feu, etc.) ».

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