• © 2019 AFP | Crée le 13.01.2019 à 09h36 | Mis à jour le 13.01.2019 à 09h40

    La mobilisation des "gilets jaunes" a connu un vif rebond samedi en France, où plus de 80.000 protestataires ont défilé contre la politique d'Emmanuel Macron, sans heurts majeurs, à trois jours d'un débat national censé apaiser leur colère.

    Quelque 84.000 manifestants ont été recensés dans toute la France, selon la police, soit un chiffre nettement en hausse par rapport à samedi dernier où le ministère français de l'Intérieur avait dénombré 50.000 personnes, après un essoufflement du mouvement en fin d'année.

    "Il y a un regain assez formidable depuis une semaine et qui va encore s'accentuer", a prédit Thibault Devienne, 23 ans, un "gilet jaune" de Juvisy, en banlieue parisienne, venu défiler dans les rues de la capitale.

    Si plusieurs manifestations ont été émaillées de heurts, notamment à Paris, Bordeaux (sud-ouest), Toulouse (sud-ouest), Bourges (centre) et Caen (ouest), les violences ont été globalement moins nombreuses. Au total, 244 personnes ont été interpellées, dont 201 ont été placées en garde à vue, selon le ministère de l'Intérieur.

    "Les violences ont pu être contenues grâce à un dispositif important, mobilisant 80.000 membres des forces de sécurité intérieure, axé sur la mobilité, la réactivité et la capacité à interpeller, qui a fait la démonstration de son bien-fondé", s'est félicité le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

    A Paris, où 8.000 personnes ont défilé "dans le calme" et "sans incident grave", "la responsabilité l'a emporté sur la tentation de l'affrontement", a salué M. Castaner dans une déclaration transmise à l'AFP.

    - "Macron nous réunit" -

    Le ministre a toutefois condamné sur Twitter les agressions dont ont été victimes des journalistes.

    "Dans notre démocratie, la presse est libre. Dans notre République, la liberté d'informer est inaliénable. Violenter des journalistes, c'est attenter à l'une et à l'autre", a-t-il écrit.

    A Paris, le cortège des "gilets jaunes" a défilé dans le calme, encadré par un service d'ordre, les rues résonnant des habituels "Macron démission".

    "Macron qui dit qu'il faut encore faire des efforts mais non ! Les gens n'en peuvent plus", expliquait Virginie Pieru, directrice de crèche en banlieue parisienne.

    Les forces de l'ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour repousser des manifestants qui leur lançaient des projectiles dans le secteur des Champs-Elysées et autour de l'Arc de Triomphe, point d'arrivée de la manifestation, selon des journalistes de l'AFP.

    Un total de 149 personnes ont été interpellées à Paris, notamment pour port d'arme prohibée ou participation à un groupement en vue de commettre des violences, a indiqué la police. Parmi elles, 108 ont été placées en garde à vue.

    Ailleurs en France, les manifestants ont été nombreux à défiler. Comme à Bourges, une ville du centre du pays de 66.000 habitants où ils étaient environ 6.300 à manifester dans une ambiance bon enfant. En fin d'après-midi, des heurts ont toutefois éclaté entre des groupes et les forces de l'ordre.

    Deux "gilets jaunes" de 17 et 28 ans ont été blessés par des tirs de policiers. Au total 19 personnes ont été interpellées.

    "On veut la dissolution de l'Assemblée. Macron doit arrêter de faire la sourde oreille et s'apercevoir du mal-être", plaidait William Lebrethon, 59 ans, un artisan dans le bâtiment venu protester contre "les abus de pouvoir".

    - "Du cash, du concret" -

    Cette hausse de la mobilisation en France intervient alors que le président Emmanuel Macron et son gouvernement lancent mardi un "grand débat national", dont l'ambition est de calmer la colère des "gilets jaunes".

    Depuis le 17 novembre, ces Français issus des classes populaires et moyennes dénoncent la politique fiscale et sociale du gouvernement, qu'ils jugent injuste, et réclament plus de pouvoir d'achat. Ces "gilets jaunes" sont restés insensibles aux concessions annoncées par M. Macron mi-décembre.

    Et le mouvement, dont l'impact sur l'économie française est sévère d'après les autorités, reste populaire dans l'opinion publique malgré les violences.

    Pour reprendre la main sur son quinquennat, le président français a fait de la consultation nationale sa priorité.

    L'enjeu est de taille, au moment où la défiance vis-à-vis des institutions politiques et des acteurs de la vie démocratique en France, au premier chef Emmanuel Macron, est au plus haut, selon une enquête d'un institut français de recherches politiques, le Cevipof.

    "C'est pour nous endormir ce truc. Ce qu'il faut, c'est du cash, du concret, le plus tôt possible", a d'ores et déjà répondu un couple de manifestants, Jean-Luc Dugast et sa compagne Marie-Thérèse Augusto.

    Ce mouvement des "gilets jaunes" a commencé à se répandre dans le monde, contre les politiques économiques des gouvernements, mais dans des proportions plus modestes qu'en France.

    Ainsi des centaines de personnes, beaucoup revêtues d'un gilet jaune, ont défilé samedi à Londres pour dénoncer l'austérité et réclamer des élections générales anticipées.

    Au Canada, plusieurs groupes de "gilets jaunes", ou "yellow vests" en anglais, ont été formés ces derniers jours sur Facebook, l'un d'eux comptant plus de 100.000 membres, avec des propos virulents portés contre le Premier ministre Justin Trudeau.

    En Belgique, où le mouvement a démarré en novembre comme en France, un homme qui participait à un barrage filtrant sur une autoroute de l'est du pays est mort vendredi soir renversé par un camion.

  • VOS RÉACTIONS