• © 2019 AFP | Crée le 22.11.2019 à 03h45 | Mis à jour le 22.11.2019 à 03h50
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    Des gendarmes escortent, le 18 Janvier 2013 à Amiens, un homme de 40 ans mis en examen dans le cadre de l'enquête sur le meurtre d'Elodie Kulik, violée et tuée en 2002 PHILIPPE HUGUEN-AFP/Archives

    Le procès de Willy Bardon, accusé du viol et du meurtre d'Elodie Kulik en 2002 s'est ouvert jeudi devant la Cour d'assises de la Somme à Amiens, qui va juger l'une des plus longues affaires criminelles françaises du XXIe siècle.

    "J'ai surtout craint de ne pas arriver à aujourd'hui, de mourir avant de savoir", a déclaré avant l'audience Jacky Kulik, alors que ses proches portaient à ses côtés une grande photo de sa fille. "Je vais me sentir libéré d'ici quelques jours" quand, "j'espère, les jurés condamneront Willy Bardon à une très, très forte peine".

    En janvier 2002, le corps de cette jeune femme de 24 ans est retrouvé dénudé et partiellement calciné à Tertry, à une vingtaine de km de Saint-Quentin. Cette directrice d'une agence bancaire à Péronne (Somme) été violée puis étranglée, alors qu'elle rentrait chez elle. Sa voiture est découverte à six kilomètres de là, accidentée en bordure d'une route départementale.

    Willy Bardon, ancien plombier et tenancier de bar, chemise et pantalon noir à l'audience, n'est pas auditionné par la gendarmerie avant le 12 avril 2012. Les enquêteurs l'interrogent d'abord en qualité de témoin, comme des dizaines d'autres personnes, parce qu'il appartenait en 2002 à l'entourage de Grégory Wiart.

    Le sperme de ce dernier avait été prélevé sur les lieux du crime. Cela avait permis d'établir son profil ADN complet, mais sans permettre d'identifier le suspect, le profil ne correspondant à aucune des identités enregistrées dans le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG).

    -Première française-

    L'enquête piétine pendant dix ans, mais un gendarme permettra de sortir de l'impasse. En 2012, Emmanuel Pham-Hoai, alors capitaine, évoque la technique de recherche d'un suspect par le biais de l'ADN apparenté, déjà utilisée aux Etats-Unis. En France c'est une première, et elle permet de remonter jusqu'au père de Grégory Wiart, lui-même condamné pour agression sexuelle et figurant à ce titre au FNAEG, puis d'attribuer à son fils l'ADN retrouvé.

    Sans pouvoir interroger le jeune homme, décédé en 2003 d'un accident de la route, les enquêteurs concluent à la participation de Grégory Wiart au viol et au meurtre d'Elodie Kulik. Et orientent dès lors leurs recherches sur son entourage de l'époque, pour retrouver son ou ses complices, notamment à partir des autres traces d'ADN retrouvées à proximité de la dépouille de la victime et dans sa voiture.

    En janvier 2013, sept proches de Grégory Wiart sont placés en garde à vue. Parmi eux, cinq reconnaissent la voix de Willy Bardon sur l'enregistrement de l'appel aux secours passé par la victime, le soir des faits. Il est alors mis en examen, malgré ses dénégations.

    Placé en détention provisoire pendant plus d'un an, il est désormais sous contrôle judiciaire. Sa défense n'a eu de cesse, depuis, de contester son renvoi devant les assises, finalement confirmé par la Cour de Cassation, en juillet 2018.

    -"Combinaison de ski"-

    "C’est le seul procès où tous ceux qui ont leur ADN sur la scène de crime sont témoins, et où le seul type ne l'ayant pas est accusé", soulignait auprès de l'AFP avant le procès Stéphane Daquo, l'un de ses trois avocats. "Pour les preuves, scientifiquement en tout cas, il n’y en a pas, on est plus sur du qu’en-dira-t-on qu’autre chose", a-t-il renchéri jeudi.

    La partie civile balaie cet argument: "De très nombreux magistrats à l’instruction, à la cour d’appel et jusqu’à la Cour de cassation ont décidé que les charges étaient suffisantes pour envoyer Willy Bardon devant une Cour d’assises, il a bien fallu qu’ils se fondent sur des éléments qui nous apparaissent, nous, très sérieux", a lancé jeudi, avant l'audience, Didier Seban, avocat de Jacky Kulik et de son fils Fabien.

    Désormais âgé de 45 ans, Willy Bardon, poursuivi pour viol, enlèvement, séquestration et homicide volontaire, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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