
À quelques jours des élections provinciales, la question du regroupement des bureaux de vote en neuf lieux au lieu de 39 lieux, sur la commune de Nouméa, continue de créer des tensions [1]. Dernière tentative en date d’annuler cette décision de la maire, Sonia Lagarde, appuyée par l’arrêté du haut-commissariat du mois de mai : une procédure en référé devant le tribunal administratif de Noumé, portée par l’Union calédonienne. L’audience en référé se déroulait ce vendredi 12 juin, opposant le parti politique Union Calédonienne à la mairie de Nouméa. Mais c’est bien l’arrêté du Haut-Commissariat, pris le 26 mai 2026 et fixant les bureaux de vote, qui est attaqué par Maître Lionel Crusoé, avocat de l’UC.
Le président du tribunal administratif, Hubert Delesalle, a rendu sa décision dans une ordonnance publiée en fin de journée : le recours de l’UC est rejeté et les bureaux de vote de la capitale seront bel et bien regroupés sur neuf sites de vote. Une décision justifiée par le taux de participation des municipales des 15 et 22 mars. Ce dernier estime en effet "que le regroupement à Nouméa des bureaux de vote en huit lieux de vote à l’occasion du scrutin des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, n’a pas empêché une participation plus élevée qu’aux élections municipales de 2020 où aucun regroupement n’avait été opéré, quand bien même le contexte de pandémie qui prévalait doit être pris en compte, alors que le nombre déjà réduit à sept lieux de vote pour les élections législatives des mois de juin et juillet 2024 n’a pas empêché un fort taux de participation de 65,87 % au second tour, contre 41,19 % pour celui des élections législatives du mois de juin 2022".
D’autre part, Hubert Delesalle a considéré que la ville de Nouméa avait répondu aux inquiétudes légitimes de l’Union calédonienne en supprimant Ko We Kara de la liste des lieux de vote [2], pour ouvrir deux nouveaux à Rivière-Salée et Kaméré. Il a également jugé que la mairie avait fait le travail nécessaire, dès le 15 mai, pour informer les électeurs de l’organisation du scrutin dans la capitale.
Lors de l’audience de ce vendredi matin, Me Crusoé, l’avocat de l’UC, estimait quant à lui qu’un "certain nombre d’habitants de Nouméa se sont plaints de la suppression des bureaux de vote, et des articles de presse [3] expliquent que les trajets sont trop importants : le chiffre de 4 km de distance pour gagner un bureau de vote est revenu à de très nombreuses reprises. La difficulté est accrue par l’absence de transports en commun le dimanche. " Le président du tribunal a rapidement fait remarquer qu’il s’agissait bien de " lieux de vote et non de bureaux de vote ".
L’avocat a effectué ensuite un numéro de statisticien s’appuyant sur les chiffres d’abstention lors des deux scrutins municipaux de 2020 et de 2026. Et a relaté que quasiment toutes les écoles avaient rouvert depuis mai 2024. " Avec cet arrêté de mai 2026, cela aurait été l’occasion de revoir la situation. Et le Haut-Commissariat n’a pas saisi cette occasion. La décision repose sur des considérations injustifiées selon lesquelles les établissements détruits n’auraient pas rouvert. " Enfin, Me Crusoé met en avant que ce " maillage insuffisant provoque un préjudice grave et immédiat pour l’Union calédonienne ainsi que pour l’intégralité des formations politiques, qui ont intérêt à ce qu’il y ait le moins possible d’abstention pour avoir une légitimité et pas de place pour les discussions à l’issue du scrutin "

Le secrétaire général adjoint du Haut-Commissariat a ensuite pris la parole : " Le seul argument des requérants est que le regroupement des bureaux de vote limite l’accessibilité des électeurs des quartiers populaires. Il n’en est rien. La population est informée, le vote par procuration est possible. Le regroupement des bureaux de vote a toujours existé. Nouville vote à l’hôtel de ville, et personne ne s’en plaint. Pourtant il y a plus de 4 km à parcourir. Ce qui gêne le plus, c’est l’absence de transport en commun le dimanche. La requête est donc mal dirigée : il aurait été plus judicieux d’adresser une requête au SMTU (Syndicat mixte des transports urbains) pour une ouverture des transports ", a argumenté ainsi Arnaud Lauzier, secrétaire général adjoint du Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Quant au " manque de sincérité du scrutin ", le secrétaire général adjoint répond : " Une réorganisation des bureaux de vote provoquerait une confusion pour les électeurs. " Enfin, Me Raphaële Charlier, avocate pour la commune de Nouméa, défend " l’optimisation des moyens humains et matériels ainsi que la sécurité des agents et des électeurs. Nous avons eu des retours positifs face à ce regroupement des bureaux de vote. Les électeurs se sont dits satisfaits et se sentaient plus sereins. "
Si chaque partie a tenté de jouer sur les chiffres, taux d’abstention, de participation, nombre d’électeurs inscrits, pour le président du tribunal, Hubert Delesalle : " On voit que chaque scrutin s’est déroulé dans un contexte particulier. " Le président et rapporteur dans cette affaire a d’ailleurs souligné, dans son ordonnance, "qu’en tout état de cause les élections provinciales, compte tenu de l’importance de leurs enjeux et des attentes qu’elles suscitent après leur report, sont de nature à susciter une forte mobilisation", balayant une nouvelle fois les inquiétudes sur l’atteinte de cette organisation du scrutin sur le taux de participation.
Au cours de l’audience, Hubert Delesalle s’était toutefois intéressé à l’éventuel scénario d’un retour à davantage de lieux de vote. " Si jamais je suspendais, la réorganisation des bureaux de vote est possible dans des conditions correctes ?" Réponse de Me Raphaële Charlier : " Ce n’est pas impossible, mais très compliqué à 15 jours des élections, a répondu l’avocate de la mairie de Nouméa. Nous allons devoir passer de 9 à 39 sites ! Il faut trouver les agents nécessaires, installer 39 panneaux électoraux… Mais si vous nous ordonnez de remettre en place ce dispositif, la mairie fera tout pour s’organiser. " Ce ne sera, finalement, pas nécessaire.
Depuis les élections législatives de fin juin 2024, la mairie de Nouméa a regroupé les lieux de vote, passant de 39 à 8 lieux de vote, pour toujours 57 bureaux de vote. Une décision justifiée alors par la destruction de certaines écoles et des raisons sécuritaires. Depuis, les élections européennes puis plus récemment les municipales se sont déroulées dans ce format. Mais lors des municipales, plusieurs partis politiques se sont levés contre ce choix, [1] arguant une difficulté pour les électeurs des quartiers nord à accéder aux bureaux de vote. Ainsi, avant les élections municipales, le MNIS [4] et le FLNKS [5] avaient déposé des recours contre ce regroupement, tous déboutés ou appelés à la mobilisation [6]. Calédonie ensemble a interpellé le Congrès [7], au mois de mai. Finalement, la mairie de Nouméa a opté pour neuf sites de vote, toujours regroupant 57 bureaux [2]. Les bureaux réunis alors à Ko We Kara sont divisés en deux sites, à Kaméré et à Rivière-Salée. Si, sur le moment, certains partis se félicitent de la décision, elle ne reste pas suffisante aux yeux de l'UC, qui a donc déposé un recours en référé.
Les élections provinciales se déroulent le 28 juin 2026. 24 listes sont inscrites [8], 12 dans le Sud, 5 dans le Nord et 7 dans les Îles.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/le-regroupement-des-bureaux-de-vote-l-autre-sujet-sensible-des-provinciales
[2] https://www.lnc.nc/article/provinciales-a-noumea-le-site-de-ko-we-kara-disparait-deux-nouveaux-lieux-de-vote-a-kamere-et-riviere-salee
[3] https://www.lnc.nc/article/une-etude-relance-le-debat-sur-le-nombre-de-bureaux-de-vote-a-noumea
[4] https://www.lnc.nc/article/grand-noumea/noumea/justice/municipales-le-tribunal-administratif-rejette-le-recours-sur-le-regroupement-des-bureaux-de-vote-a-noumea
[5] https://www.lnc.nc/article/grand-noumea/noumea/municipales/municipales-unite-pays-met-en-cause-l-organisation-du-scrutin-a-noumea
[6] https://www.lnc.nc/article/grand-noumea/noumea/politique/municipales-unite-pays-appelle-a-la-mobilisation-contre-le-regroupement-des-bureaux-de-vote
[7] https://www.lnc.nc/article/caledonie-ensemble-sollicite-le-congres-pour-mettre-fin-au-regroupement-des-bureaux-de-vote-a-noumea
[8] https://www.lnc.nc/article/infographie-vingt-quatre-listes-sont-en-lice-aux-elections-provinciales
[9] https://www.lnc.nc/user/password
[10] https://www.lnc.nc/user/register
[11] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements