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    Grand Nouméa
  • Julien Mazzoni | Crée le 01.06.2026 à 05h00 | Mis à jour le 01.06.2026 à 05h00
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    Le démographe Jonas Brouillon a modélisé les temps de trajet à pied vers les bureaux de vote à Nouméa avant et après les regroupements décidés après les émeutes de mai 2024. Carte Jonas Brouillon - Contours
    Alors que le regroupement des bureaux de vote continue de susciter des critiques à l'approche des provinciales, une récente étude cartographique publiée par un démographe calédonien met en évidence un allongement marqué des temps de trajet à pied pour les habitants de plusieurs quartiers populaires de Nouméa. 

    Le débat sur le regroupement des bureaux de vote dans le Grand Nouméa peut désormais s'appuyer sur de nouvelles données statistiques et cartographiques.

    Quelques jours après des échanges tendus au Congrès autour de l'accès aux bureaux de vote dans le Grand Nouméa, le démographe Jonas Bouillon, ingénieur d'études à l'Institut agronomique calédonien (IAC), a publié une étude consacrée aux conséquences des regroupements décidés après les émeutes de mai 2024.

    Son travail, diffusé sur son blog "Contours", s'appuie sur une modélisation des déplacements piétons à partir des données de population et du réseau routier. "Je me suis posé la question : est-ce que ça a vraiment eu un effet significatif sur la distance ou les temps de trajet ?", explique le chercheur.

    Pour construire son étude, Jonas Brouillon a utilisé les données de population de la Communauté du Pacifique (CPS) ainsi que le réseau routier de la Direction des infrastructures, de la topographie et des transports terrestres (DITTT). Son modèle repose uniquement sur les déplacements à pied, avec une vitesse moyenne fixée à 5km/h.

    Concrètement, l'étude compare trois scénarios : l'organisation antérieure des bureaux de vote, un scénario regroupé autour de neuf sites (celui prévu pour les provinciales) et le dispositif utilisé lors des municipales de mars, avec huit grands sites sur Nouméa.

    Le principal constat met en évidence l'augmentation des temps d'accès moyens à pied. Selon l'étude, le temps moyen de trajet passe de 13,3 minutes dans l'ancien maillage à 21,2 minutes dans le scénario à neuf sites regroupés.

    Les quartiers nord davantage concernés

    Plusieurs quartiers populaires du nord de la capitale apparaissent particulièrement concernés, notamment Kaméré, Rivière-Salée, Tindu et Montravel. Le chercheur a également croisé ses résultats avec les données disponibles sur les ménages sans véhicules et sur l'absence de transport en commun le dimanche.

    Le démographe reste toutefois prudent sur l’interprétation politique de ces résultats. "L'abstention est multifactorielle", insiste-t-il, expliquant qu'il n'est pas possible, à ce stade, d'affirmer scientifiquement que le regroupement des bureaux de vote ait pu entraîner une hausse de l'abstention. "Il faudrait construire un modèle statistique qui prenne en compte l'ensemble des facteurs pouvant expliquer l'abstention afin d'isoler l'effet de la distance", précise-t-il.

    Jonas Brouillon souligne cependant le caractère atypique de la situation nouméenne. "Avec huit grands sites de vote à l'échelle de Nouméa, on atteint environ 8 500 électeurs par site. C'est une situation très particulière", estime-t-il, rappelant qu'en Métropole, un bureau de vote accueille généralement quelques centaines à un millier d'électeurs.

    Plusieurs partis demandent un maillage plus dense

    Le sujet avait largement animé les débats au Congrès, le 18 mai, lors de l'examen du projet de loi sur l'ouverture du corps électoral provincial aux natifs. Plusieurs élus avaient dénoncé à cette occasion les difficultés d'accès au vote dans certains quartiers. Le FLNKS, Calédonie ensemble ou encore l'Éveil océanien réclament depuis plusieurs semaines un retour à un maillage plus dense des bureaux de vote.

    Face à ces critiques, le secrétaire général du haut-commissariat, Benoît Huber, avait estimé pendant les débats que la participation était déjà historiquement plus faible dans les quartiers populaires avant les regroupements de 2024 et que ces derniers n'avaient "absolument rien changé" à cette tendance.

    La mairie de Nouméa a néanmoins commencé à ajuster son dispositif avant le 28 juin. Deux nouveaux sites doivent être ouverts à Kaméré et à Rivière-Salée, en remplacement de Ko We Kara.

    Note

    L'étude complète, les cartes interactives et les visualisations animées sont disponibles sur le blog "Contours" de Jonas Brouillon

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