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    Environnement
  • Julien Mazzoni | Crée le 08.10.2026 à 05h00 | Mis à jour le 08.10.2026 à 05h00
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    À la station de surveillance Ducos-N’Du, Scal’Air constate une pollution chronique d’origine industrielle et décrit le secteur comme le plus exposé de Nouméa au nickel. Photo archives LNC / A.-C.P.
    Après une année 2024 bouleversée par les incendies des émeutes et la chute de l’activité industrielle, Scal’Air a retrouvé en 2025 des niveaux de pollution plus habituels. Si son bilan, qui vient d’être publié, est globalement rassurant, il laisse cependant apparaître plusieurs points de vigilance : du dioxyde de soufre autour des sites industriels, mais surtout du nickel et, plus récemment, du zinc dans les poussières fines qui retombent au sol.

    En 2025, l’air de Nouméa et du Grand Sud s’est rapproché de celui d’une année "normale". C’est le principal enseignement de son rapport annuel publié en juillet par Scal’Air. À Nouméa, les concentrations moyennes en dioxyde d’azote, en ozone et en particules fines sont restées globalement stables ou diminuent, sans dépassement des valeurs réglementaires annuelles. Un contraste au regard de l’année 2024, lorsque les fumées des incendies liés aux émeutes avaient provoqué une succession d’épisodes de pollution.

    Ce retour à des niveaux plus habituels ne signifie pas pour autant que les pollutions industrielles ont disparu. À Nouméa, le dioxyde de soufre (SO2) reste directement lié aux installations de Doniambo. Les concentrations annuelles sont même légèrement remontées à Montravel, à la Vallée-du-Tir et au Faubourg-Blanchot. Scal’Air l’explique par des vents d’ouest plus fréquents, qui ont davantage rabattu le panache industriel vers ces quartiers, mais également par une hausse des émissions de la centrale accostée, qui a utilisé davantage de fioul à basse teneur en soufre et moins de fioul à très basse teneur en soufre qu’en 2024. L’objectif annuel de qualité est même dépassé très localement, à l’extrémité de la presqu’île de Ducos.

    Du nickel sur toutes les stations

    Mais le principal point noir de ce rapport est ailleurs et se trouve dans les particules PM10 présentes dans l’air. La valeur cible annuelle pour le nickel, fixée à 20 nanogrammes par mètre cube, est dépassée au Faubourg-Blanchot, où Scal’Air y mesure 26ng/m3. Les autres stations de Nouméa sont restées sous cette valeur.

    Le constat s’aggrave encore lorsque l’on observe les retombées atmosphériques de ces poussières qui ne restent pas en suspension, mais finissent par se déposer au sol. Faute de réglementation locale ou métropolitaine pour ces dépôts, Scal’Air se réfère notamment à une norme allemande, la TA Luft, qui fixe pour le nickel une valeur de 15 microgrammes par mètre carré et par jour. En 2025, cette valeur a été dépassée sur toutes les stations de Nouméa, comme chaque année d’ailleurs depuis le début de ce suivi en 2014. Les moyennes vont de 180 µg/m2/jour au Faubourg-Blanchot à plus de 400 à la Vallée-du-Tir.

    Pas de norme calédonienne, donc pas d’infraction dans ces résultats, qui mettent cependant en évidence des dépôts de nickel très supérieurs à la référence utilisée par l’organisme de surveillance. Le phénomène est particulièrement marqué à Ducos-N’Du. Une campagne menée pendant deux cent cinquante jours entre fin 2023 et juillet 2024 avait conclu que ce secteur restait chroniquement exposé aux émissions de Doniambo, en particulier au SO2, aux particules fines et au nickel. Pour Scal’Air, ce quartier est le plus exposé à ce métal.

    Le zinc, une origine encore inconnue

    Autre élément qui ressort de ce bilan annuel, l’attention dont fait désormais l’objet un autre métal, le zinc. Scal’Air a utilisé comme point de comparaison une valeur de 400 µg/m2/jour, issue cette fois de la littérature suisse. Cette valeur a été dépassée en 2025 sur presque toutes les stations de Nouméa, à l’exception du Faubourg-Blanchot. Elle a notamment atteint 1 755 µg/m2/jour à Montravel, soit plus de quatre fois cette référence.

    Et si la raison de la présence du nickel est facilement identifiable en raison de l’activité industrielle, Scal’Air indique ne pas être en mesure d’expliquer avec certitude ces concentrations de zinc et estime que des investigations supplémentaires sont nécessaires.

    Un réseau fragilisé

    Dans le Grand Sud, autour du complexe industriel de Prony Resources, à Goro, le SO2 reste également le principal polluant lié aux activités industrielles. À la station de la base vie, dédiée à la surveillance de l’exposition humaine, deux dépassements de l’objectif journalier destiné à protéger la santé ont été relevés. Aux Utilités, une station implantée à l’intérieur même du site industriel et destinée notamment à la protection de la végétation, la valeur limite horaire a été franchie une fois, avec 586 µg/m3, lors de l’épisode de pollution survenu en septembre. Aucun dépassement du seuil d’information et de recommandation n’a, en revanche, été enregistré sur le réseau du Sud en 2025.

    Enfin, ces résultats doivent être lus à l’aune des moyens dont dispose Scal’Air. Faute de financement, la station de l’Anse-Vata a cessé de fonctionner fin avril. Dans le Grand Sud, plusieurs coupures d’électricité ont entraîné des pertes de données. Le budget prévisionnel de l’association, qui est passé de 114 à 95 millions de francs, a dû être revu à la baisse à deux reprises au cours de l’année, tandis que certains investissements et renouvellements de matériel ont été reportés.

    Air ambiant, émissions, retombées : trois choses différentes

    Dire que la qualité de l’air est "bonne" ne signifie pas qu’aucun polluant n’est rejeté par les industries.

    Les émissions à la source correspondent à ce qui sort directement des cheminées d’une installation. Elles sont contrôlées par l’industriel, au regard des prescriptions qui lui sont imposées.

    De son côté, Scal’Air mesure les concentrations de polluants présents dans l’air ambiant, une fois qu’ils sont dispersés dans l’environnement. L’association surveille également les retombées atmosphériques, c’est-à-dire les poussières qui finissent par se déposer au sol, et dans lesquelles on peut retrouver des métaux comme le nickel ou le zinc.

    Ces trois indicateurs ne traduisent pas la même chose. Une difficulté ou un dépassement observé à l’émission ne va pas se traduire nécessairement par un dépassement de seuil dans l’air respiré et, inversement, une moyenne annuelle satisfaisante ne renseigne pas, à elle seule, sur l’ensemble des rejets d’une installation.

    À Doniambo, par exemple, les rejets de la centrale et la qualité de l’air ne se mesurent pas de la même façon. Les documents de l’exploitant signalent des difficultés sur certaines émissions, notamment l’ammoniac, tandis que Scal’Air, de son côté, mesure ce qui se retrouve ensuite dans l’environnement.

    Note

    Le rapport complet est à lire sur le site Internet de l’agence de surveillance de la qualité de l’air, www.scalair.nc

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