- Baptiste Gouret | Crée le 02.05.2026 à 17h28 | Mis à jour le 02.05.2026 à 17h28ImprimerLes avions d’Air Calédonie sont cloués au sol depuis le 2 mars, date du début du blocage des aérodromes par des collectifs opposés au transfert de la compagnie vers Tontouta. Photo Archives LNC/Thierry PerronDeux mois, jour pour jour, après le début du blocage des aérodromes des îles Loyauté, aucune sortie de crise ne semble se dessiner, faisant croître la perspective d’une disparition d’Air Calédonie. Liquidation, retour à Magenta, même temporaire, ouverture au tourisme régional ? Le point sur les options mises sur la table.
La menace d’une liquidation
Après les crises successives liées au Covid-19 et aux émeutes de 2024 qui l’avaient déjà affaibli, le blocage des aérodromes des îles Loyauté depuis le 2 mars (la liaison avec l’île des Pins a été rétablie fin mars) par des collectifs d’habitants et de coutumiers opposés au transfert d’Air Calédonie vers l’aéroport de La Tontouta, place la compagnie au pied du mur.
Si le tribunal a accepté, le 14 avril, l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire de la société, le scénario d’une liquidation fait, actuellement, partie des pistes privilégiées. Président du conseil d’administration de l’Agence pour la desserte aérienne de Nouvelle-Calédonie (Adanc), Milakulo Tukumuli a clairement fait comprendre, le 23 avril au Congrès, que le tribunal pourrait ne pas attendre le délai de six mois, qu’offre la procédure de redressement, pour sceller le sort d’Air Calédonie.
La veille, l’administrateur judiciaire avait en effet "failli prononcer la liquidation", avait révélé le président de l’Éveil océanien. En cause : l’absence de perspectives concernant une éventuelle reprise de l’activité. "Le déblocage des aérodromes est nécessaire et fondamental", sans quoi "la compagnie va inexorablement entrer en liquidation". C’est aussi le constat d’une grande partie des responsables politiques, tous bords confondus.
Un tel cas de figure entraînerait, de fait, la disparition presque totale de la desserte aérienne locale, le licenciement de 220 salariés et un grand bond en arrière de la continuité territoriale. Les conséquences seraient également économiques et sanitaires. Il faudrait, d’autre part, attendre probablement des années avant qu’un nouvel opérateur succède à Air Calédonie.
Un retour à Magenta, même temporaire ?
C’est l’exigence des collectifs qui bloquent les aérodromes depuis le 2 mars : le retour d’Air Calédonie à Magenta, où elle opérait depuis 70 ans avant la décision du gouvernement de transférer ses activités à Tontouta, serpent de mer rendu nécessaire par la dégradation des finances de la compagnie.
La demande d’une reprise des liaisons depuis Magenta est également soutenue par le groupe UC-FLNKS et Nationalistes, qui y voit l’occasion d’apaiser les tensions entre les îliens et les pouvoirs publics, le temps de trouver une solution. Les élus indépendantistes se montrent toutefois ouverts à un transfert, à terme, vers Tontouta. C’est aussi ce qu’avait suggéré Philippe Dunoyer : ""Ne peut-on pas envisager de revenir à une desserte temporaire, aménagée, à Magenta ?", avait questionné, au Congrès, l’ancien élu de Calédonie ensemble. En effet, si le projet est évoqué depuis au moins 10 ans, certains estiment qu’il a été réalisé dans la précipitation, malgré la tournée d’explications menée par les autorités en 2025.
Quoi qu’il en soit, du côté du gouvernement, cette option s’avère inconcevable. Son président, Alcide Ponga, s’est montré aussi ferme qu’évasif sur la question depuis le début de la crise, ce qui lui a valu d’être critiqué pour son "entêtement". Le chef de l’exécutif continue d’affirmer qu’un retour à Magenta signerait la fin d’Air Calédonie. Il avait chiffré le montant d’un tel scénario "entre 2 et 2,5 milliards de francs" lors d’une. Une somme qui intègre notamment une extension nécessaire de la piste et une rénovation des hangars qui accueillent les avions. À l’inverse, le déménagement vers Tontouta doit permettre à Air Calédonie d’économiser environ 500 millions de francs par an.
Miser sur le tourisme régional
Outre l’île des Pins, les seules rotations d’Air Calédonie concernent actuellement le Vanuatu, à hauteur de deux liaisons par semaine. Des voix s’élèvent pour demander que la compagnie se tourne, dans le cadre du plan de redressement, davantage vers les pays du Pacifique.
À l’image de Robert Kakue, ingénieur aéronautique et spécialiste des mobilités insulaires, qui défend une vision internationale d’Air Calédonie, partant du constat que le marché calédonien est sous-dimensionné. "Il faut une vision qui permette d’attirer une clientèle non-résidente, en particulier des touristes régionaux, australiens ou néo-zélandais, qui peuvent revenir régulièrement pour des courts séjours", affirmait-il dans un récent entretien accordé aux Nouvelles calédoniennes.
Un moyen, selon lui, d’équilibrer le modèle de la compagnie en proposant des tarifs attractifs. Robert Kakue va même plus loin, en proposant une fusion d’Aircal avec Air Oceania (anciennement Air Loyauté), afin que la première se concentre exclusivement sur les vols internationaux (Sydney, Brisbane, Papeete…) en faisant l’acquisition d’un nouvel avion et cède la desserte locale à la seconde.
Vers une médiation ?
Reste que, en dehors de la liquidation, ces scénarios seront envisageables qu’à la condition d’une entente trouvée entre les autorités calédoniennes et les collectifs. Malgré de multiples tentatives, aucun consensus ne semble prendre forme, chacun restant campé sur ses positions, au risque d’une liquidation précipitée d’Air Calédonie.
Face à cette impasse, Roch Wamytan (UC-FLNKS et Nationalistes) a proposé au gouvernement, lors d’une séance au Congrès, de déclencher une procédure de médiation. Pilotée par des "personnes expertes" et extérieures, elle aurait pour objectif de "remettre en marche les conditions du dialogue". Alcide Ponga ne s’était pas montré opposé à une telle mesure. Mais le temps presse. La province des Îles a d’ores et déjà annoncé qu’elle n’était plus en mesure de financer les évacuations sanitaires réalisées dans le cadre du corridor sanitaire, mis en place fin mars.
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