- Baptiste Gouret | Crée le 14.10.2026 à 13h38 | Mis à jour le 14.10.2026 à 13h39ImprimerÀ 75 ans, Roch Wamytan a été nommé secrétaire permanent de l’Alliance des royaumes kanak-Inaat Ne Kanaky, lors de l’assemblée générale organisée à Canala les 24 et 25 septembre. Photo Baptiste GouretNommé secrétaire permanent de l’Alliance des royaumes kanak – Inaat Ne Kanaky –, l’ancien président du Congrès Roch Wamytan se donne pour mission de réconcilier le Conseil des grands chefs et le Sénat coutumier, en froid depuis plusieurs années, dans la perspective d’une reprise des discussions politiques sur un nouvel accord, en 2027.
Les représentants du monde kanak et coutumier parviendront-ils à s’unir d’ici la reprise des discussions sur l’avenir institutionnel ? Depuis quatre ans et la création du Conseil des grands chefs, baptisé Inaat Ne Kanaky, par des dissidents du Sénat coutumier, deux camps s’affrontent sur le terrain de la légitimité, chacun convaincu d’être mieux placé pour porter la parole des tribus et des clans du pays.
"On ne peut plus se permettre de se tamponner à longueur de journée et d’être divisés en permanence face à l’État", constate froidement Roch Wamytan. À 75 ans, l’ancien président du Congrès et figure indépendantiste a été nommé secrétaire permanent de l’Alliance des royaumes kanak (ARK, l’autre nom d’Inaat Ne Kanaky) lors d’une assemblée générale de l’association organisée à la tribu de Nakéty (Canala), les 24 et 25 septembre. Une fonction qu’il a acceptée "à une condition : je veux travailler à l’unité." Le grand chef de Saint-Louis considère que le Sénat coutumier, créé en 1999, ne peut pas à lui seul représenter l’ensemble des chefferies, mais reconnaît son rôle "au sein des institutions". "Les dix-huit sénateurs nommés possèdent une légitimité institutionnelle et administrative, mais sur le terrain, ce sont les grands chefs qui sont au contact des gens au quotidien."
Convergence des intérêts
De fait, ces deux instances coutumières "ont vocation à travailler ensemble", pense Roch Wamytan. Preuve en est, "l’ARK adhère à la charte des valeurs kanak de 2014, qui guide également l’action du Sénat coutumier". Une position réaffirmée dans l’une des six résolutions adoptées lors de l’assemblée générale à Nakéty. Cet alignement se retrouverait jusque dans la déclaration unilatérale de souveraineté des chefferies, prise le 24 septembre 2024 à Maré par Inaat Ne Kanaky, pourtant vue d’un très mauvais œil par l’institution de Nouville. "Ce n’est pas une nouveauté, le Sénat coutumier avait déjà avancé cette idée, nous sommes souverains dans nos tribus", considère l’ancien élu, affirmant avoir été témoin d’une remobilisation "de toutes les chefferies" depuis cette date.
Reste à convaincre les représentants du sénat de cette convergence des intérêts, alors qu’une partie d’entre eux est toujours irritée par les différentes prises de position de l’ARK et continue de lui refuser toute légitimité. Les grands chefs ont estimé que Roch Wamytan était le mieux placé, "au vu mon parcours politique et coutumier depuis quarante ans", pour parvenir à réconcilier les acteurs du monde kanak. "On va tout faire pour que le Sénat coutumier et le Conseil des grands chefs désignent une délégation commune pour discuter." Une ambition exprimée clairement dans la cinquième résolution de l’ARK, qui évoque la volonté de nouer "un partenariat avec l’institution coutumière". "On s’est donné trois mois pour y arriver", révèle Roch Wamytan.
Carte d’identité du peuple autochtone
En parallèle, l’Alliance des royaumes kanak va lancer un vaste travail de restructuration des chefferies, avec la volonté de "mettre des chefs là où il n’y en a plus". Les premières recherches ont mis en évidence des sièges vacants à Kouaoua depuis 1903, à Boulouparis depuis 1908 ou encore à Canala, privée de grand chef depuis 1972. "On ne peut pas parler de souveraineté des chefferies sans qu’il y ait de chef, sinon ça se limitera à une déclaration d’intention."
Sur le même principe, l’ARK veut tracer les périmètres du territoire sur lequel s’applique l’autorité de chaque clan et tribu. "Il faut qu’on soit en mesure de délimiter nos territoires." Dans la reconnaissance de l’identité kanak, l’alliance propose également la création d’une "carte d’identité du peuple autochtone" destinée à tous ceux disposant d’un statut coutumier. "C’était déjà prévu par l’accord de Nouméa", affirme le grand chef de Saint-Louis.
Autre mission colossale : évaluer "le contentieux colonial". "La question reste la méthode d’évaluation", note Roch Wamytan. Dans ce domaine, la justice transitionnelle, objet d’une thèse récemment soutenue par Emmanuel Nyipiengo Kouriane, représente une "véritable boîte à outils". Les Nations unies disposent également d’éléments sur la façon de chiffrer les réparations. Une facture que l’ARK voudrait justement pouvoir présenter à l’État français lors de la reprise des discussions sur l’avenir institutionnel, courant 2027.
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