- Le Courrier australien | Crée le 22.06.2026 à 17h02 | Mis à jour le 22.06.2026 à 17h06ImprimerL’industrie viticole australienne n’arrive pas à écouler ses stocks. Les prix des raisons se sont effondrés, et des vignes sont arrachées. Photo d’illustration Pixabay/Barasa81C’est un déchirement pour les vignerons. Darren de Bortoli, à la tête d’une des plus grandes familles viticoles du pays, a pris la douloureuse décision d’arracher des vignes, dont certaines avaient 40 ans. Un geste symbolique qui illustre l’ampleur d’une crise sans précédent dans l’histoire de la viticulture, rapporte notre partenaire Le Courrier australien.
L’industrie viticole australienne croule sous le poids de ses propres stocks. Les inventaires nationaux atteignent 2,06 milliards de litres, avec 262 millions de litres de vin en surplus par rapport à ce qui est commercialement soutenable. Dans la seule région de la Riverina, 5 000 hectares de vignes ont déjà été arrachés.
Les prix des raisins se sont effondrés à environ la moitié du coût de production dans de nombreuses régions. Dans le Riverland, les prix indicatifs pour le Shiraz de la vendange 2026 sont rapportés à environ 80 (5 837 francs) à 120 dollars australiens (8 756 francs) la tonne, alors que les coûts de production dépassent les 350 dollars (25 538 francs) la tonne. Pour de nombreux producteurs, arracher les vignes est devenu la seule option viable.
Le marché chinois et la consommation mondiale en retrait
La crise est multifactorielle. Lorsque la Chine a bloqué les importations de vin australien en 2020 après un différend diplomatique, l’Australie a perdu son plus grand marché d’exportation. À son pic en 2017-2018, la Chine absorbait des volumes que ce marché n’est plus prêt à absorber aujourd’hui, avec une demande qui a chuté à moins de la moitié. La consommation mondiale de vin est également en recul, les consommateurs se tournant vers des bouteilles plus chères lorsqu’ils boivent, au détriment des vins rouges commerciaux qui constituent l’essentiel de la production australienne.
La situation se complique encore davantage en 2026. Le millésime s’annonce comme l’un des plus petits en décennies, non pas pour de bonnes raisons : gelées à Tumbarumba, incendies ayant ravagé la région de Strathbogie Ranges en Victoria centrale, et inondations fin mars dans la Murray-Darling. En parallèle, certains producteurs utilisent 30 % d’eau supplémentaire pour maintenir leurs vignes en vie, alors que les prix de l’eau ont atteint 350 dollars le mégalitre.
Un plan d’urgence
Face à l’ampleur de la crise, Australian Grape & Wine a soumis au gouvernement fédéral un plan d’urgence de plus de 139 millions de dollars (environ 10 milliards de francs) sur trois ans pour stabiliser le secteur, reconstruire la demande et soutenir les producteurs en détresse financière prolongée. L’organisme souligne que derrière les chiffres, "il y a des gens, des viticulteurs, des vignerons et des familles sous des niveaux de stress que nous n’avons pas vus depuis des générations".
Des solutions alternatives émergent cependant. Une proposition vise à convertir l’excédent de vin en biocarburant, une idée séduisante dans un contexte de crise d’approvisionnement en carburant liée à la fermeture du détroit d’Ormuz, mais qui ne couvrirait que deux jours de demande nationale en carburant. Pour la communauté française d’Australie, dont beaucoup sont attachés à la culture viticole, cette crise représente la fin possible d’un pan entier du paysage rural australien.
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