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    Grand Nouméa
  • Aurélia Dumté | Crée le 29.08.2026 à 06h00 | Mis à jour le 29.08.2026 à 08h20
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    En juin, Delphine André a remporté plusieurs titres de championne de France et d’Europe en para natation en sport adapté et en tennis de table. Photo A.D.
    À 28 ans, Delphine André compte déjà 112 médailles en natation et en tennis de table adapté. Atteinte de trisomie 21, la Calédonienne enchaîne depuis plus de dix ans les compétitions nationales et internationales. Derrière l’impressionnant palmarès, une jeune femme déterminée, qui entend bien décider elle-même jusqu’où la mènera sa passion.

    "Nous allons devoir acheter une armoire vitrée plus grande pour y accrocher ses 112 médailles", sourit fièrement Jean-Louis, le père de Delphine André. La jeune athlète de 28 ans a une tendance prononcée à monter sur les podiums. Delphine est ainsi une championne en natation et en tennis de table en sport adapté.

    Elle est encore très jeune quand elle commence à nager. "Nous avons un bateau, il fallait qu’elle apprenne à nager, et clairement, l’eau a toujours été son élément", se souvient sa maman, Paule. "J’ai commencé au CNC, avec les "normaux". J’étais avec Maxime Grousset et Emma Terebo pendant longtemps", souligne l’athlète, qui constate, non sans humour, "qu’ils sont beaucoup plus grands que moi."

    Alors que Maxime Grousset performe en ce mois d’août aux championnats d’Europe de natation, Delphine André a déjà remporté en juillet sept médailles lors des championnats d’Europe de para natation adaptée, en Pologne. Quatre médailles d’or en relais en équipe de France avec un record du monde, et trois médailles d’argent en individuel. Et en juin, la jeune femme de 28 ans a remporté trois fois l’or aux championnats de France, en individuel, et obtenu l’argent sur le 100 m dos. "Delphine a été vice-championne du 100 m dos en battant son record personnel. Elle a été à quelques centièmes de remporter la première place. Ça a été une très belle course," affirme Paule.

    Atteinte de trisomie 21, Delphine "se considère comme tout le monde", assure sa maman. Mais Delphine fait preuve d’une force de caractère, d’une volonté hors norme, lui permettant de devenir l’athlète de haut niveau qu’elle est depuis plus de dix ans. Licenciée au club Dumbéa natation, elle pratique douze heures de natation par semaine, deux heures de préparation physique, deux heures de tennis de table… "Je dois m’entraîner, surtout le haut du corps, pour avoir de la puissance dans les bras. Et après, il faut que je fasse des étirements, pour éviter les courbatures", explique Delphine.

    Diplômes et vie professionnelle

    La jeune femme suit sa scolarité à Nouméa, parce que ses parents travaillent à Nouméa, mais aussi pour suivre un "parcours adapté." Maternelle Les Pervenches, école Christine Boletti, collège Baudoux, Segpa du collège de Koutio. Delphine rêve d’être couturière. "J’adore regarder les Miss. Quand j’ai entendu que c’était l’établissement Saint-Jean-XXIII qui avait fait les tenues des Miss." Ni une ni deux, Delphine intègre l’établissement catholique professionnel de Païta, et obtient un CAP de couture, mais aussi un CAP entretien des locaux et des collectivités. Un diplôme qui lui permet de réaliser des stages au Centre aquatique régional de Dumbéa, le lieu où elle s’entraîne avec tant d’intensité.

    La jeune femme passe également un examen d’assistant maître-nageur et son diplôme de premiers secours, ce qui lui permet d’assurer la surveillance des bassins. "J’ai passé le PSC1 chez les pompiers." Elle assiste ainsi le maître-nageur pour les cours de para natation adaptée. Entre tous ses entraînements et sa vie professionnelle, Delphine trouve le temps de pratiquer le tennis de table, deux heures par semaine, et de remporter une médaille d’or en double dames aux championnats de France, en juin. Et de participer à un stage d’entraînement en vue des Oceania et des jeux du Pacifique.

    Voyages et podiums

    C’est en 2014 que la carrière d’athlète de haut niveau commence pour la jeune femme. "C’est la révélation, se souvient Paule André. Delphine est championne du monde de natation en sport adapté à Morelia au Mexique. Elle est alors la première championne du monde française", assure fièrement sa maman. Delphine se souvient de ce voyage comme d’un moment un peu stressant, "il y a beaucoup d’armes là-bas, et je ne savais pas comment protéger ma mère. Et l’eau était très froide."

    Chaque compétition, comme pour tous les athlètes, représente des moments de pression intense. "J’ai une grosse boule dans le ventre, puis elle remonte dans ma gorge…", raconte la nageuse. Grâce au sport adapté, Delphine a beaucoup voyagé. "J’ai été partout." Australie, Mexique, France, Thaïlande, Papouasie-Nouvelle-Guinée… "Toutes ces compétitions sont remplies d’émotions. Quand il y a la levée des drapeaux, c’est tellement fort," témoigne Paule. "Je connais par cœur la Marseillaise", appuie Delphine. Si la jeune femme est considérée comme une athlète de haut niveau, "elle ne vit pas de son sport", souligne sa mère.


    Delphine André, 28 ans, est une habituée des podiums en natation et en tennis de table en sport adapté. Photo A.D.

    Ses parents doivent donc consacrer une grande part de leur vie à accompagner leur fille dans ses passions. D’autant que si le handisport commence doucement à se faire une place dans la sphère médiatique, le sport adapté, dédié aux handicaps avec déficience intellectuelle, et en particulier les catégories spécifiques aux porteurs de la trisomie 21 et de l’autisme, ne sont pas représentés lors des Jeux olympiques. La Fédération française du sport adapté et Virtus, l’organisation mondiale "qui gouverne, défend, organise, promeut le sport de haut niveau pour les athlètes ayant une déficience intellectuelle", luttent pour intégrer ces sportifs et sportives aux Jeux olympiques. D’ici une potentielle participation aux JO, Delphine vise déjà les championnats du monde de para natation adaptée en Égypte, en 2027. "Mais il faut qu’elle soit sélectionnée. Seuls quatre garçons et quatre filles le seront dans l’équipe de France."

    Inspiration

    La jeune nageuse de haut niveau a toutes ses chances. Même si parfois, ses parents trouvent que 112 médailles, c’est déjà bien. "Nous soutenons Delphine dans ses projets. Depuis son plus jeune âge, on allait vers l’inconnu avec cette petite personne extraordinaire. Et comme elle a la soif d’apprendre et de découvrir plein de choses, on l’a emmenée vers ces découvertes. Et aujourd’hui, elle a un super parcours", constate avec émotion sa maman. Et Delphine de préciser, "Est-ce que les parents de Maxime Grousset décident à sa place ? Mes parents s’inquiètent pour moi, mais je suis grande." Grande, oui, c’est certain. De détermination et une inspiration pour d’autres jeunes sportifs et sportives. "Au vu de mon palmarès, il y a des gens qui m’approchent dans la rue, et qui me disent que je suis une force pour eux, pour les enfants. Les pompiers, la police, me reconnaissent."

    À 28 ans, Delphine André a de nombreux rêves à réaliser. Comme celui de devenir couturière et fabriquer une tenue pour les Miss Nouvelle-Calédonie. Et au vu de sa détermination, le projet semble tout à fait accessible.

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