- Anthony Tejero | Crée le 03.10.2026 à 15h26 | Mis à jour le 03.10.2026 à 16h05ImprimerCes élèves du lycée Jules-Garnier ont focalisé leur travail sur les cinq sens, et la façon dont on les perçoit. Photo Anthony TejeroLes maths et la physique seraient-elles réservées à une élite ? Pour tordre le cou à ces idées reçues tenaces, près de 2000 visiteurs et bénévoles se sont retrouvés, ce samedi 3 octobre, au collège François-Ollivaud, à Nouméa, à l’occasion de la fête de la Science. Un événement grand public qui visait à rendre ludiques et donc plus abordables tous ces domaines "qui font encore peur" à certain.e.s. Une façon de désacraliser ces matières pour tenter d’enrayer les inégalités d’accès aux sciences dès le plus jeune âge.
Quels sont les processus physiques et chimiques qui permettent de transformer les fèves de cacao en chocolat ? Comment produire un miel à base de plantes endémiques ? Quelles sont nos perceptions du goût, notamment du sucre, et peut-on vraiment se fier à nos sens à l’heure où les aliments sont de plus en plus ultratransformés ?
Pour connaître les réponses à ces questions, parmi tant d’autres, direction le collège Francois-Ollivaud, aux Portes-de-Fer, qui accueillait ce samedi 3 octobre, un village d’animations, l’un des évènements phare de cette 35e édition de la Fête de la science, relayée dans toute la Nouvelle-Calédonie jusqu’au 12 octobre.
Une quarantaine de stands, où les élèves sont en premières lignes aux côtés d’associations, ont répondu présent avec un objectif commun : en finir avec l’idée que la science est un domaine réservé aux élites. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’un sujet qui nous concerne tous au quotidien ? C’est pourquoi le thème retenu cette année, "Saveurs savantes", est on ne peut plus pragmatique.

Amine Benmamar, professeur de physique chimie au collège François-OIllivaud est le coordinateur du village des sciences en province Sud. Photo Anthony Tejero"L’objectif, c’est que l’ensemble des visiteurs puisse toucher du doigt la science, en leur montrant qu’elle peut s’inscrire dans leur quotidien, en la rendant ludique, glisse Amine Benmamar, professeur de physique chimie et coordinateur de la manifestation. Cette année, on entend créer des passerelles entre les sciences et l’alimentation, surtout à l’heure où les gens ont accès à énormément de nourriture différente, dont celle des fast-foods, qui peuvent avoir un impact sur la santé. Donc l’idée, c’est de faire comprendre que même à travers ce qu’on mange, on peut faire des sciences."
"Les sciences dures font encore peur"
Et tout comme les recettes de cuisine, la science n’a de sens que si elle est transmise et partagée. Sans quoi les connaissances ne progressent pas. Mais encore faut-il s’en sentir capable. Or de nombreuses idées reçues et freins planent toujours sur ces disciplines.

Ces élèves du collège Francois-Ollivaud présentent différentes plantes odorantes, dont le tamanou, le niaouli, le santal, le vétiver et ihnmin. Photo Anthony Tejero"Aujourd’hui encore, les sciences dites dures, comme les maths, la physique-chimie et les SVT, font peur à beaucoup de jeunes. Ces matières-là restent destinées, entre guillemets, à une certaine caste. C’est un héritage sociétal qu’il faut encore déconstruire. Car la science est vraiment accessible à tout le monde : cela implique avant tout du travail, de la rigueur et surtout de l’intérêt, insiste Amine Benmamar. Et le but de ce village c’est précisément de s’inscrire dans cette dynamique pour rendre les sciences ludiques et accessibles afin de susciter de l’intérêt, en particulier chez les jeunes."
Enrayer les inégalités
Et le chemin est encore long, bien que les mentalités évoluent et progressent sur le Caillou, notamment au sujet des stéréotypes de genre, présents jusque dans l’enseignement. En témoignent les chiffres des inscriptions à l’UNC (université de Nouvelle-Calédonie) l’an dernier, où les jeunes femmes, qui réussissent davantage dans les filières générales au lycée, représentaient deux tiers des effectifs étudiants (65 %), majoritaires dans tous les départements, y compris dans le secteur des sciences, traditionnellement dominé par les jeune hommes, mais dans une bien moindre mesure (51 % des effectifs).

Étaient également présentes des associations environnementales comme la Société de mycologie de Nouvelle-Calédonie, qui a notamment révélé ce chiffre : près de 40 000 espèces de champignons existent sur le Caillou. Photo Anthony TejeroEt ce, sans même parler des inégalités profondes qui ont du mal à se gommer ensuite dans la vie professionnelle. À niveau de diplôme équivalent, des écarts édifiants persistent. Selon les données les plus récentes de l’Isee (Institut de la statistique et des études économiques), dans le secteur privé par exemple, les femmes n’occupent que 44 % des emplois salariés et sont nettement plus à temps partiel que les hommes.
Parité fille garçons
Pour tenter d’endiguer ces phénomènes, de nombreuses initiatives sont dorénavant proposées dès le plus jeune âge aux élèves. Pour ne citer qu’elle, dès l’an prochain, le collège François-Ollivaud lancera une classe dites Chams, un dispositif à horaire aménagé dédié aux sciences. Une option qui permettra aux élèves volontaires de découvrir ces matières autrement, à travers des projets concrets, des expérimentations et des ateliers. "Ces jeunes feront donc un peu plus de sciences que les autres et ce ne sera clairement pas une classe élitiste, assure Amine Benmamar. On prendra 50 % de filles et 50 % de garçons et on ne se basera pas du tout sur les seuls résultats scolaires, mais plus sur la motivation, avec des candidatures et des entretiens pour y accéder. Là encore, l’idée est de rendre abordables les sciences au plus grand nombre."
"Cela rend plus concret la science qu’on apprend à l’école"

Ces élèves du collège Jean-Mariotti ont longuement travaillé sur les différentes étapes de fabrication du chocolat avant de participer au village des sciences. Photo Anthony TejeroDégustations à l’aveugle, démonstrations et explications des différentes étapes de production du cacao dans le Pacifique… Le stand de ces élèves du collège Jean-Mariotti dédié au chocolat, sous le prisme de la science, ne désemplit pas. Une approche qui pourrait bien susciter des vocations parmi ces jeunes en classe de quatrième.
"Pour préparer cette journée et ce projet, on a fait plusieurs sorties, dont une visite de l’usine de Nouville. Cela rend plus concert les connaissances en sciences qu’on apprend à l’école, notamment en physique-chimie. On a ainsi découvert que c’est grâce à la science, à travers les expérimentations, qu’on a réussi à comprendre comment fabriquer et produire le chocolat sous différentes formes, racontent Lou-Ann et Safya, visiblement conquises par la démarche. C’est encore tôt pour nous de savoir si on s’orientera ou non au lycée vers des spécialités scientifiques, mais avec ces projets, on essaie déjà de mieux comprendre ces domaines."
Des animations dans tout le pays jusqu'au 12 octobre

De nombreuses autres animations sont organisées de Nouméa à Lifou, en passant par Dumbéa, Koné, Koumac, La Foa, Mont-Dore, Païta, Pouembout, Poya, Voh, Boulouparis et Thio. Photo Anthony TejeroLe programme complet de la Fête de la science est disponible sur ce lien et sur la page Facebook du Cresica.
À noter, parmi la quarantaine d'événements grand public et gratuits, le festival des sciences, de 9 heures à 21h30 à Kari Véo, à la FOL, le samedi 10 octobre ou encore une journée d'animations au Musée de la mine de Thio, le 8 octobre, qui mêlera savoirs traditionnels et modernes.
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