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  • Isabel Malsang/AFP | Crée le 01.03.2019 à 04h25 | Mis à jour le 01.03.2019 à 09h25
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    Pendant 40 ans, la vigne française, à l’exception de la bio, s’est gavée de produits chimiques, admettent les responsables viticoles français. Photo Georges Gobet/AFP
    AGRICULTURE. Le comité national des interprofessions des vins AOP (CNIV) relève le défi lancé par Emmanuel Macron, à savoir devenir « le premier vignoble sans glyphosate »du monde.

    Les rangées de vigne bien nettes, sans herbe, c’est (presque) fini. Le vignoble français, qui absorbe dans son sol une grosse part de l’herbicide glyphosate consommé en France, tente de se mettre en ordre de bataille pour devenir « le premier vignoble sans glyphosate » du monde, selon le vœu d’Emmanuel Macron.

    Lundi, au salon de l’Agriculture, le comité national des interprofessions des vins AOP (CNIV) a relevé le défi lancé samedi par le président de la République.

    « Nous pouvons aller très, très vite pour sortir du glyphosate, d’autant plus vite que nous recevons des aides de l’Etat », a déclaré Jean-Marie Barillère, président du CNIV lors d’une conférence de presse.

    « Quand je regarde le vignoble français, je pense que nous pouvons faire le premier vignoble du monde sans glyphosate, dans 80 % des cas cette transition va d’ailleurs s’effectuer », avait déclaré samedi le président de la République dans son discours d’inauguration du Salon de l’Agriculture, à propos de ce puissant désherbant, considéré comme « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    La question du délai n’est toutefois pas résolue. « Nous allons sortir du glyphosate, c’est sûr, c’est ce que demande la société, mais à quel terme, on ne sait pas exactement », tempère Bernard Farges, un Bordelais, qui préside la CNAOC (vins et alcools AOC).

    « Le président a parlé de 80 % du vignoble sans glyphosate d’ici trois ans, mais la sortie du gasoil pour le secteur automobile se fait en 25 ans, et pour celle du charbon, on ne sait pas encore », relève-t-il.

    Jérôme Despey, qui préside le conseil spécialisé vins de l’organisme public France AgriMer, estime que pour 20 à 30 % des 800 000 hectares de vigne que compte la France, il y aura des « impasses ». « Nous avons des zones à forte pente où il est impossible de s’occuper du sol avec des machines, et où on est obligé d’utiliser des herbicides chimiques pour empêcher l’érosion des sols », fait-il valoir.

    Le phytosanitaire s’effondre

    Il cite notamment les terrasses du Larzac dans le sud de la France : « Si on n’utilise pas le glyphosate dans cette région, la viticulture c’est terminé ». L’Alsace et ses vignes à flanc de vallon est aussi concernée.

    Pour Bernard Farges, ce qui compte, c’est la tendance. « Le commerce des produits phytosanitaires s’effondre », affirme-t-il. « Et les achats de produits de biocontrôle (produits utilisant des mécanismes naturels, ndlr) ont progressé de 70 % en trois ans pour les vignes ».

    Dans son plan de filière remis à l’Elysée lors des Etats généraux de l’alimentation, la viticulture s’était engagée à réduire de 50 % le glyphosate d’ici trois ans.

    Bernard Farges estime que la viticulture va aller plus vite. « -100 % d’herbicide en trois ans c’est impossible, mais nous serons à -70 % », calcule-t-il. « Et à -70 % d’utilisation des autres produits phytosanitaires très toxiques, dits CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques). »

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