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  • A.F.P avec Outrermers360 | Crée le 19.05.2026 à 13h41 | Mis à jour le 19.05.2026 à 13h42
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    Les sénateurs ont adopté ce texte à l’unanimité. Photomontage Outremers360
    "Des voix longtemps étouffées qui retrouvent leurs terres" : le Sénat a donné, lundi 18 mai, son feu vert au rapatriement en Guyane de dépouilles d’Amérindiens conservées au Muséum d’histoire naturelle, plus de 130 ans après leur mort dans les conditions indignes des zoos humains, à Paris.

    Soutenue par le gouvernement, cette restitution prend la forme d’une proposition de loi transpartisane des sénateurs Catherine Morin-Desailly (centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste), adoptée à l’unanimité dans l’émotion. Ces restitutions répondent à la demande de l’association Moliko Alet + Po, qui veut offrir des funérailles et une sépulture sur le sol guyanais à ces Amérindiens issus des peuples Kali’nas et Arawaks. Elles concernent six dépouilles et huit moulages de parties du corps des défunts.

    À l’heure actuelle, un tel rapatriement est impossible en raison du principe d’inaliénabilité des collections publiques. Plusieurs lois ont été votées récemment pour fixer un cadre dérogatoire à ce principe, mais elles ne concernaient paradoxalement que les demandes d’États étrangers, sans couvrir les restes humains originaires du territoire national. La démarche du Sénat, avec cette loi dite " d’espèce ", est donc inédite.

    Exhibés puis morts durant l’hiver

    L’histoire de ces autochtones est pourtant dramatique : recrutés sur de fausses promesses en Amérique du Sud, ils furent exhibés vivant dans des zoos humains au Jardin d’Acclimatation à Paris en 1892, et ne survécurent pas au froid de l’hiver en raison de leurs conditions d’hébergement ignobles. Pire, leurs dépouilles furent ensuite exhumées à des fins anthropologiques à la fin du XIXe siècle. Elles ne sortiront jamais, depuis lors, des collections publiques.

    Nous parlons d’hommes et de femmes, d’êtres humains arrachés à leur terre, à leur peuple, à leur dignité ", s’est émue Catherine Morin-Desailly au moment de soumettre au vote sa proposition de loi, devant une délégation guyanaise. " Ce ne sont pas seulement des restes humains qui retournent vers la Guyane, ce sont des voix longtemps étouffées qui retrouvent leurs terres, leurs fleuves, leurs forêts, leur ciel ", a-t-elle ajouté, saluant " un geste de justice " et " d’humanité "

    La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué l’adoption de ce texte qui ne pouvait plus " attendre ", selon elle. Elle s’est aussi dite favorable à l’élaboration d’une loi-cadre pour " faciliter ces restitutions de restes humains en outre-mer " et répondre aux futures demandes.

    Max Brisson a, lui, souligné " l’impérieuse nécessité de prendre conscience de la déshumanisation qui a présidé à la constitution de certaines de nos collections ", lors d’une séance très solennelle au Sénat, où plusieurs parlementaires ont fait part de leur " honte " face à ces humiliations.

    Rendez-vous à l’Assemblée nationale

    Le texte doit désormais être approuvé par l’Assemblée nationale, dernière étape avant la mise en place de ces restitutions très attendues. Le calendrier d’examen reste encore inconnu à ce stade.

    Les sénateurs ont compris l’essentiel : la mémoire, la spiritualité et surtout qu’ils n’étaient pas des objets mais des êtres humains " a confié Corinne Toka-Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet + Po. " De cette déshumanisation, ils ont été ré-humanisés " a-t-elle ajouté, citant leurs noms : Pékapé, Kouani, Emo, Ibipio ou encore Mayalé. " Quand vous les nommez, ils existent ".

    Corinne Toka-Devilliers espère un vote similaire à l’Assemblée nationale " pour que nous préparions enfin leur retour ". " Toute la Guyane se réjouit " a abondé le président de la Collectivité, Gabriel Serville, saluant au passage la " ténacité " de Corinne Toka-Devilliers.

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