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  • Alexandre Hielard/AFP | Crée le 05.06.2019 à 04h35 | Mis à jour le 05.06.2019 à 09h16
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    Internet a « mangé la prostitution de rue » qui ne concerne plus qu’une frange marginale. Photo DR
    SOCIÉTÉ. Les proxénètes gèrent leurs activités sur Whatsapp, repèrent leurs proies sur Instagram et appâtent les clients via des petites annonces déguisées sur Internet.

    « La prostitution et l’exploitation sexuelle sur Internet sont un fléau en pleine expansion », constate la Fondation Scelles, dont l’étude de 548 pages intitulée « Système prostitutionnel : nouveaux défis, nouvelles réponses » a été dévoilée hier.

    Whatsapp, Tinder, Facebook, Instagram, Snapchat, Airbnb… : rares sont les applications, réseaux sociaux ou messageries à ne pas avoir été « détournées de leur destination à des fins de prostitution », constate l’étude, qui a passé 35 Etats à la loupe. « Tous les pays sont touchés, quelle que soit la législation, restrictive en Chine ou permissive en Allemagne », note le magistrat Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles.

    Cette prostitution 2.0 a depuis quelques années supplanté la prostitution sur la voie publique. En France, elle représenterait « deux tiers de la prostitution », selon le rapport.

    Les jeunes filles victimes de l’essor d’un « proxénétisme des cités », souvent mineures, en rupture familiale et rendues dépendantes à la drogue, ont été repérées sur Snapchat ou Instagram, avant d’être prostituées dans des appartements loués sur la plateforme Airbnb et transformés en « bordels éphémères ». La Fondation, qui mentionne une note du ministère français de l’Intérieur datée de mai 2018, souligne que « pour la première fois en 2017, le pourcentage de victimes identifiées exerçant sur la voie publique était inférieur à celui des victimes exerçant en prostitution logée », en appartements ou en hôtels.

    Art de la dissimulation

    Le magistrat dénonce le niveau « industriel et sans risque » de l’exploitation sexuelle en ligne, qui permet aux proxénètes d’« éviter les risques personnels » en se tenant « à distance du trafic ». « Le numérique facilite la dissimulation, l’anonymat et la discrétion qui permettent de développer des activités illicites, observe la Fondation. Depuis un même ordinateur, un réseau criminel peut repérer ses futurs “produits??, faire venir les clients, puis blanchir l’argent ».

    Difficile pour les autorités de caractériser ce proxénétisme qui se glisse dans les sites de petites annonces derrière des messages ambigus, promettant « massages », des « moments d’évasion ». Pour enrayer ce phénomène, « une véritable gouvernance de l’Internet reste à construire », estime la Fondation Scelles. En France, la loi sur la prostitution d’avril 2016, dont la mesure phare était la pénalisation des clients, impose aux hébergeurs et aux fournisseurs d’accès de mettre en place un système permettant aux utilisateurs de signaler des contenus frauduleux. « Ça ne suffit pas. La prostitution génère tellement de profits que ça déferle de partout. Il faut davantage responsabiliser les plateformes », estime M. Charpenel. Il y a pourtant des progrès. Le site Vivastreet, visé par une enquête pour « proxénétisme aggravé », a décidé en juin 2018 de suspendre sa rubrique « Rencontres », pour prévenir « tout abus » ou « usage inapproprié de certains utilisateurs ».

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