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  • Benjamin Massot/AFP | Crée le 27.03.2019 à 04h14 | Mis à jour le 27.03.2019 à 09h14
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    Un objet qui rappelle des souvenirs à tous ceux qui sont nés avant 1979 et qui crée de l’étonnement chez tous ceux qui sont nés après. Photo AFP
    SOCIÉTÉ. On pensait qu’elle connaîtrait le même sort que le Minitel, les VHS ou la cabine téléphonique : la cassette audio est à nouveau produite par une PME d’Avranches (Manche) qui en exporte dans une trentaine de pays.

    Début 2017, plusieurs professionnels du son frappent à la porte d’une petite entreprise proche du Mont-Saint-Michel, spécialisée dans la fabrication des bandes magnétiques. Motif : les stocks mondiaux de bande pour cassette s’amenuisent. Face au CD, puis au streaming, la « K7 » a décliné avant de disparaître presque complètement « On s’est dit qu’il y avait un truc qu’on n’avait pas du tout vu venir », reconnaît Jean-Luc Renou, PDG de Mulann, qui affiche un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros (600 millions de francs).

    Habituée à vendre des bandes magnétiques servant aux tickets de métro ou aux péages mais aussi des bandes audio pour les studios d’enregistrement et l’industrie militaire (sous-marins), la PME d’une quarantaine de salariés décide de saisir la balle au bond : elle détache cinq personnes au développement des bandes pour cassette que la PME n’avait jamais produites auparavant. Après un an de recherche, la « K7 » est commercialisée en novembre 2018 alors qu’elle n’était plus produite en France depuis une vingtaine d’années.

    « On est parti d’une formule chimique qu’on avait déjà sur la bande audio haut de gamme et il a fallu résoudre des problèmes techniques de l’enduction (positionnement de l’enduit sur un support plastique) et de la découpe », note M. Renou, rappelant que le degré de précision se mesurait en micron.

    On rembobinait la bande avec un stylo

    Au milieu des machines, dont certaines évoquent des métiers à tisser, et d’une odeur de solvant, Laurent, « opérateur de découpe » selon son terme exact, vérifie minutieusement la qualité des bandes. « On met 89 mètres dans une cassette de 60 minutes ! », s’exclame-t-il. Les cassettes au design orange et noir volontairement vintage, vendue 3,49 euros l’unité (418 francs), sont produites par milliers chaque mois tandis que les bandes audio sont, elles, exportées à des « réplicateurs », des professionnels du son qui enregistrent l’album sur un support pour un label. S’il s’agit d’un marché de niche, la PME exporte 95 % de ses cassettes, vers des pays comme les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne mais aussi Malte, la Suède, Israël, l’Ouzbékistan ou encore le Kazakhstan, explique Théo Gardin, directeur commercial, 27 ans, qui confie d’un oeil amusé n’avoir pas connu dans sa jeunesse les joies (et désagréments) du walkman (et la bande qui s’emmêle et qu’il faut rembobiner avec un stylo).

    Pour expliquer ce regain d’intérêt, Ronan Gallou, directeur général, croit au besoin de « posséder des objets » à une époque « où tout se dématérialise ». « Quand vous écoutez de la musique sur Spotify ou Deezer, c’est souvent rare d’écouter une chanson entière, on zappe facilement. Là, avec une cassette, on écoute l’ensemble d’une oeuvre musicale, tout un album », plaide-t-il, soulignant que la bande son de Bohemian Rhapsody ou un album d’Indochine sont récemment sortis sur ce support. Pour Jean-Luc Renou, une petite place existe toujours pour le son analogique dans l’univers actuel de la musique. « Prenez l’exemple du chauffage : vous avez des radiateurs à la maison, c’est confortable, c’est le numérique. Mais à côté de cela, vous pouvez faire un bon feu de cheminée, on est plus dans le plaisir, c’est la cassette ou le vinyle », philosophe-t-il.

    A Rennes, dans une grande surface spécialisée dans le divertissement, aucune cassette en rayon. « On a bien eu quelques ventes mais les demandes sont rarissimes, ça n’a rien à voir avec le phénomène du vinyle », reconnaît le vendeur. 

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