- Anne-Claire Pophillat | Crée le 21.02.2026 à 17h57 | Mis à jour le 21.02.2026 à 18h02ImprimerUne marche blanche était organisée ce samedi 21 février en mémoire de Joëlla, une femme transgenre morte sous les coups de ses agresseurs il y a deux semaines, à Sainte-Marie. Photo A.-C.P.Une marche blanche était organisée ce samedi 21 février, à Sainte-Marie, en hommage à Joëlla, violemment tuée à Saint-Quentin il y a deux semaines. Organisé par l’association Rainbowlution, collectif LGBTQIA + de Nouvelle-Calédonie, l’événement a attiré de nombreuses personnes touchées par ce meurtre transphobe et appelant à la tolérance.
Le meurtre de Joëlla, rouée de coups dans la nuit du 7 au 8 février dans le quartier de Saint-Quentin, a profondément choqué les Calédoniens, mais surtout la communauté LGBTQIA +. L’association Rainbowlution organisait une marche blanche en sa mémoire ce samedi 21 février, à Sainte-Marie, qui a réuni plusieurs centaines de personnes. "Voir du monde comme ça, ça nous réchauffe le cœur, témoigne Josine, la cousine de Joëlla, on est émus." Deux semaines après, parler de ce qu’il s’est passé reste très difficile. "C’est dur sa mort, mais aussi comment l’affaire a été traitée, on a pris connaissance de pas mal de choses via les réseaux sociaux."
Malgré une acceptation dans les communautés wallisiennes et polynésiennes, les femmes transgenres sont victimes de violences. "Je pense qu’elles sont confrontées quotidiennement à beaucoup de méchanceté et c’est triste, poursuit Josine. Et le sens de cette marche, c’est aussi de dire qu’il faut que ça change. Il faudrait que chacun soit plus tolérant et accepte les personnes telles qu’elles sont", raconte celle qui la surnommait affectueusement "Miss France". Joëlla était aussi le parrain du dernier enfant de Josine. "On l’appelait parraine, et ma sœur, qui est lesbienne, était la marraine, et on l’appelait marrain, on avait changé les rôles", se souvient Josine, qui ne peut retenir ses larmes.
"Ça aurait pu être moi"
En tête de cortège, les membres de la famille de Joëlla sont suivis par de nombreuses personnes qui ont souhaité montrer leur colère, mais aussi leur soutien. "Au sein de la communauté trans, beaucoup se sont dit, 'ça aurait pu être moi'", rapporte Mégane Paul, trésorière de Rainbowlution. Et c’est justement ce qui a marqué. "On ne pensait pas que ça arriverait en Nouvelle-Calédonie, parce qu’il y a beaucoup de communautés ethniques où la transidentité peut faire partie de la culture, donc ces personnes sont quand même assez visibles, et on ne s’attendait pas à cette violence", poursuit la membre de l’association, qui y voit le reflet de comportements qui se produisent ailleurs dans le monde.

Parmi les personnes présentes à la marche, les créatrices de contenu Laura NC et Miss Fortune. Photo A.-C.P.La marche se veut également être une manifestation concrète envers l’ensemble des personnes transgenres d’une présence bienveillante, "afin qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules. Certes, il y a de la violence, mais aussi beaucoup d’amour". Ce rassemblement vise à dénoncer la transphobie et l’ensemble des LGBT phobies. "On souhaite alerter, interpeller les élus. Il faut mettre des choses en place. On aimerait développer les interventions scolaires, pour faire de la sensibilisation et éviter que les discriminations se perpétuent", considère Mégane Paul.
"Il y a du boulot"
Adeline qui, avec sa troupe, intervient dans les écoles et fait de la prévention sur l’homophobie, la biphobie et la transphobie par le biais du théâtre forum, a été confrontée, lors des représentations, "à une homophobie complètement décomplexée et très présente, aussi bien à Nouméa qu’en Brousse. On est ressortis de plusieurs séances abasourdis par les propos tenus par les jeunes". Avec ses pièces, Adeline essaie justement de participer à changer le regard sur les personnes trans ou homosexuelles. "On essaie de ramener le débat sur le fait qu’on ne choisit pas de qui on tombe amoureux, comme on ne choisit pas sa couleur de peau. On plante des graines dans les esprits. Ça marche, mais, il y a du boulot. La différence en général, ce n’est pas évident."
Et le traitement de ce genre d’affaires par la justice et les médias n’aide pas toujours. Les confusions perdurent. "Un meurtre transphobe et un meurtre homophobe, ce n’est pas du tout la même chose, explique Mégane Paul. La transidentité, c’est une identité de genre. L’homosexualité, c’est une orientation sexuelle, ça n’a rien à voir." Or, l’acceptation commence par le fait de bien nommer les choses. "Ne pas utiliser le bon langage perpétue une discrimination, parce que ne pas reconnaître Joëlla comme une femme transgenre, c’est nier son identité."
Mégane : "Je me dis que ça peut m’arriver"

"Nous, les trans, on subit tous les jours, dès qu’on sort de chez nous", témoignage Mégane. Pour elle, le changement passera d’abord par l’éducation des enfants. Photo A.-C.P."C’est important pour moi d’être là ce matin, pour lutter contre la transphobie, le harcèlement… Ça concerne tout le monde finalement. Et voir qu’il y a des gens, ça fait chaud au cœur, ça fait plaisir. Nous les trans, on subit ça tout le temps, tous les jours, au quotidien, dans la rue, dès qu’on sort de chez nous. Moi, je suis arrivée à un point où je fais avec. Et j’évite tous les problèmes. Depuis ce qu’il s’est passé avec Joëlle, je me dis que ça pourrait m’arriver. J’avais l’habitude de marcher, maintenant, j’ai préféré arrêter. Je pense qu’il faut que ça vienne déjà des parents, par l’éducation, qu’ils en parlent à leurs enfants dès le plus jeune âge, parce que le harcèlement commence dès l’école."
Florence : "Je suis là par solidarité, par humanité"

"Il faut que les jeunes aient des repères. Et ce repère, c'est la notion d'humanité, on est tous frères en humanité", estime Florence, qui participe à la marche blanche organisée en mémoire de Joëlla. Photo A.-C.P."Je suis là par solidarité, par humanité. Ce qui s'est passé est d'une sauvagerie qui n'a plus visage humain, c'est la non-acceptation de la moindre différence. Ça affecte toute la société, et je pense que tout le monde devrait se sentir concerné. Ce n'est pas une question ni de choix politique, ni d'ethnie, ni de religion, ni de quoi que ce soit d'autre. Il ne faut pas manquer le coche de faire entendre la colère légitime des gens qui ont une conscience. Il faudrait qu'au sein des familles, des associations sportives, des écoles, de tout ce qui peut faire ciment, cela soit évoqué comme une date très sombre pour la Nouvelle-Calédonie. On est dans un temps troublé, et il faut que les jeunes aient des repères. Et ce repère, c'est la notion d'humanité et de fraternité, on est tous frères en humanité, et il faut que ça soit mis vraiment en avant."
Rainbowlution, un havre pour la communauté
Rainbowlution est un collectif créé en 2024 et devenu association en avril 2025. "On s’est dit qu’il y avait besoin de se rassembler et de créer une association qui réponde aux besoins des personnes LGBTQIA +, d’autant que Diversités NC n’existait plus depuis fin 2023 et qu’il n’y avait plus de structure pour la communauté", explique Mégane Paul, trésorière. L’objectif est de proposer une présence, mais aussi de lutter contre les discriminations. Rainbowlution organise des permanences chaque premier mercredi du mois dans les locaux de Prismes, rue Clémenceau à Nouméa. "C’est un moment pour parler, être écouté, rencontrer d’autres personnes, se confier sur des choses qui peuvent être difficiles et qu’on ne peut pas forcément aborder dans la sphère privée", développe Mégane Paul. L’association apporte aussi des conseils pour celles et ceux qui voudraient entamer des parcours trans, informe sur les démarches administratives, etc. "Mais, c’est ouvert à tout le monde, notamment aux proches de personnes LGBTQIA + qui se posent des questions."
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