Îles
  • De notre correspondante, Sarah Marquet | Crée le 06.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 06.05.2019 à 09h26
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    Minute de silence sur la tombe de Djubelly Wea, samedi à Gossanah, menée par son frère aîné, Ben Wea. Photo S.M.

    OUVÉA. Samedi 4 mai, Gossanah. Tombée de la nuit. Devant la tombe de Djubelly Wea, les bouquets sont prêts. « Comme toujours il y a en a un pour chaque papa tombé sur notre île il y a trente ans », explique Macky Wea, frère cadet de Djubelly, avant de retracer le parcours de son aîné. Journaliste, pasteur, animateur de l’EPK (Ecole populaire Kanak), militant pour l’indépendance, Djubelly Wea n’a jamais pardonné au leader de Tiendanite sa signature des Accords de Matignon-Oudinot. Le 4 mai 1989, dans l’enceinte de la chefferie de Wadrilla, il tue Yeiwene Yeiwene et Jean-Marie Tjibaou. « Ce geste il l’a décidé seul et à l’heure précise où nous parlons, ce sont, il y a trente ans, trois papas que nous avons perdu », raconte-t-on à Gossanah.

    La soirée se poursuit, de témoignage en témoignage, dans l’esprit de cette plaque, ajoutée en 2004 sur la tombe de Djubelly, après la réconciliation des familles : « Pardon. Haiömonu me ûsokou/Que se lève une aurore nouvelle. » La soirée s’est achevée à Gossanah avec la projection du documentaire Les enfants de la patrie, tourné l’année dernière, alors que la venue d’Emmanuel Macron pendant la commémoration des 30 ans des événements de la grotte d’Ouvéa, avait divisé les familles de l’île. Souvenir douloureux pour Macky Wea. « C’était la première fois dque le Comité de Gossanah n’a pas pu déposer sa gerbe sur la tombe des dix-neuf. » Hier matin, à la chefferie de Wadrilla, il a demandé pardon pour cette absence. Des « paroles d’humilité », saluées par le grand chef Nigot. Dans le même temps, Joanny Chaouri, sénateur de l’aire Iaai, a regretté l’absence de cérémonie officielle pour les trete ans de la mort de Djubelly Wea. « C’est un bon signe, conclut Macky Wea, un pas pour que les familles puissent, de nouveau, commémorer ensemble le souvenir des nos dix-neuf enfants morts il y a trente et un ans ». De Gossanah à Wadrilla, c’est en entonnant avec émotion le chant Uhmanenang (composé lors de la réconciliation de 2004) que toutes les familles d’Ouvéa ont rendu, ce week-end, un vibrant hommage à leurs morts.

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