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  • AFP | Crée le 23.06.2026 à 11h48 | Mis à jour le 23.06.2026 à 11h49
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    Plus de 90 % de la population adulte, en Guadeloupe et en Martinique, est contaminée, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Le chlordécone peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans. Photo Archives LNC / AFP
    "Un jour sombre" pour les victimes du chlordécone : après 20 ans de procédures, la cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu lundi 22 juin, fermant la porte à une réouverture de l’enquête pénale dans le scandale sanitaire de ce pesticide utilisé aux Antilles en dépit des alertes sur sa nocivité. "Un rendez-vous manqué avec les Français, en particulier ultramarins", pour un des avocats de la partie civile, qui n’exclut pas de porter l’affaire devant la Cour de cassation.

    La confirmation du non-lieu, prononcé en 2023 par deux juges d’instruction parisiennes, a été annoncée par Mes Rachid Madid, Olivier Tabone et Christophe Lèguevaques, avocats de parties civiles, à l’issue du délibéré à huis clos.

    "À l’heure d’une grande défiance des Français à l’égard de leur institution judiciaire, c’est un rendez-vous manqué avec les Français, en particulier ultramarins", a tancé Me Madid. "Le combat judiciaire se prolongera sans doute devant la Cour de cassation", a-t-il ajouté, à l’unisson des autres avocats de parties civiles.

    "C’est un jour sombre, sinistre, puisque cela veut dire que les pollueurs bénéficient d’une immunité", a renchéri Me Lèguevaques. "À l’instar des victimes de l’amiante qui ont fini par gagner grâce à leur opiniâtreté, nous allons poursuivre notre combat", a prévenu dans un communiqué Me Harry Durimel, partie civile.

    Auprès de l’AFP, Me Durimel, également maire de Pointe-à-Pitre, a estimé avoir "démontré que, conformément à la jurisprudence de la Cour de cassation", la prescription ne pouvait courir tant que l’empoisonnement, "caché", se poursuivait. "Nous sommes donc optimistes sur l’issue de cette affaire devant la Cour de cassation", a-t-il poursuivi, envisageant si besoin de porter le dossier devant les juridictions européennes.

    Me Lèguevaques annonce aussi "une nouvelle salve judiciaire pour trouver les responsables et les empêcher de dormir tranquilles dans leur belle villa à Saint-François (Est de la Guadeloupe)".

    Dans les sols jusqu’à 600 ans

    Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, ce pesticide a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993 alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990. Le chlordécone, qui fut répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans.

    Plus de 90 % de la population adulte, en Guadeloupe et en Martinique, est contaminée, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

    Marie Toussaint, eurodéputée écologiste, présente au palais de justice pour soutenir les plaignants, a évoqué "une claque au visage, un déni de justice". Elle réclame "un tribunal spécial pour pouvoir juger des crimes qui ne le sont toujours pas aujourd’hui".

    Requise par le ministère public lors de l’audience à l’automne 2025, la confirmation du non-lieu aura un grand écho en Guadeloupe et Martinique, où l’amertume et la colère restent vives.

    "C’est un jugement de continuité coloniale", a réagi auprès de l’AFP Philippe Pierre-Charles, porte-parole du collectif Lyannaj pou dépolyé Matinik. "Aucune investigation n’a été faite sur place" par les juges, qui "ne sont pas venus, n’ont pas rencontré de victimes", a regretté Philippe Pierre-Charles, promettant de poursuivre "sur tous les plans" le combat, judiciaire comme populaire.

    "Une décision politique"

    "C’est une décision politique, on ne peut pas dire qu’elle émane de la justice", abonde Yvon Sérénus, président du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, qui y voit "une stratégie de l’État : laisser les gens décéder sans les indemniser".

    "La réalité" en Guadeloupe et Martinique est de "vivre tous les jours avec la crainte de développer un cancer, de transmettre le chlordécone à l’enfant qu’on peut porter", a dépeint pour l’AFP Lilith, figure du collectif Diasporas solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial (Dsavec).

    Dès 2006, de premières plaintes pour administration de substances nuisibles ou empoisonnement, contre l’État ou contre X, avaient émané d’associations guadeloupéennes et martiniquaises. Une information judiciaire avait été ouverte en 2008 à Paris.

    Dans leur non-lieu de 2023, les magistrates parisiennes ont pourtant reconnu un "scandale sanitaire" et une "atteinte environnementale" durables, mais ont aussi pointé la difficulté de "rapporter la preuve pénale des faits dénoncés", "commis 10, 15 ou 30 ans avant le dépôt de plaintes".

    Le 3 juin, le Parlement avait définitivement adopté une loi reconnaissant la "part de responsabilité" de l’État dans ce scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles, donnant ainsi un an au gouvernement pour remettre au Parlement un rapport sur les modalités d’indemnisation des victimes.

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