- Outremers360 | Crée le 28.05.2026 à 13h43 | Mis à jour le 28.05.2026 à 13h46ImprimerLe général Bellon, commandant le SMA, s’est rendu en Nouvelle-Calédonie du 23 au 27 février, pour une visite à Koumac, Koné, Bourail et Nouméa. Photo RSMA / CNE Bach L.Alors que le Service militaire adapté (SMA) fête ses 65 ans et le RSMA de Nouvelle-Calédonie ses 40 ans cette année, le général Patrice Bellon, qui est venu sur le territoire en février pour l’occasion, revient, dans une interview accordée à notre partenaire Outremers360, sur les réussites qui l’ont marqué, les défis à venir et l’ambition d’un dispositif qui accompagne chaque année des milliers de jeunes vers l’emploi.
Le SMA fête ses 65 ans en 2026. Que représentent ces années dans les Outre-mer ?
D’abord, une continuité. Le Service militaire adapté accompagne une jeunesse ultramarine qui mérite une attention particulière. Le dispositif a évolué avec son temps, en s’adaptant aux réalités des territoires et aux transformations du service national, mais notre mission reste la même : donner des perspectives à des jeunes parfois fragilisés et les aider à trouver leur place.
Des milliers de jeunes sont passés par le SMA. Qu’est-ce qui vous frappe le plus ?
Ce qui me marque le plus, c’est leur réussite. Beaucoup arrivent après un parcours scolaire difficile, parfois sans diplôme, parfois après une longue période d’inactivité. Au SMA, en 8 à 10 mois, ils reprennent confiance en eux. Ils découvrent qu’ils sont capables d’aller plus loin qu’ils ne le pensaient. Cette confiance retrouvée, c’est probablement notre plus grande réussite.
Quel est le profil des jeunes qui intègrent le SMA aujourd’hui ?
Nous avons affaire à une jeunesse diverse, les difficultés ne sont pas forcément les mêmes d’un territoire ultramarin à l’autre. Mais ce que l’on voit surtout, ce sont des jeunes qui font le choix, volontairement ou parfois poussés par leur famille, de venir chez nous pour y trouver un tremplin vers un avenir qui peut être différent de celui qui leur était donné au départ.
Ce qu’on peut retenir, c’est cette confiance retrouvée en soi, mais aussi l’acquisition de repères que certains n’avaient pas forcément au départ : des repères de vie, de vie en collectivité, de respect de leurs camarades, de leur hiérarchie, et de la manière dont ils vont appréhender leur futur métier.
Y a-t-il un parcours qui vous revient en tête ?
Je pense à cette jeune femme en Nouvelle-Calédonie qui est entrée comme volontaire stagiaire avant de devenir volontaire technicienne, puis formatrice. Aujourd’hui, elle accompagne à son tour des jeunes sur les méthodes d’apprentissage. C’est une très belle trajectoire.
Je pense aussi à cette jeune Guadeloupéenne qui a décidé de reprendre l’exploitation familiale pour relancer un élevage caprin quasiment disparu sur son territoire. À travers son projet, il y a une idée forte : recréer de l’activité locale et participer à une forme de souveraineté alimentaire. Les jeunes femmes représentent 36 % de nos volontaires.
Certains cadres du SMA ont commencé comme volontaires, et disent très simplement que "sans le SMA, je serais peut-être parti dans une mauvaise direction". Aujourd’hui, ce sont eux qui encadrent les jeunes.
L’objectif est, demain, de constituer des compagnies de réserve opérationnelle du SMA, capables d’intervenir lors de catastrophes naturelles pour ravitailler les populations, aider à déblayer ou participer à la reconstruction.
Le SMA va multiplier les rendez-vous toute l’année. Parmi ces temps forts, il y a un concours culinaire présidé par Thierry Marx.
La gastronomie raconte beaucoup des Outre-mer. La restauration est un métier parfois mal connu, mais qui offre de vraies perspectives. Et surtout, à travers la gastronomie, on raconte la richesse culturelle ultramarine, la diversité des saveurs, des savoir-faire et des territoires.
Ce concours a déjà créé une dynamique dans les régiments. Les jeunes se préparent depuis des mois. Ils vont venir présenter leur travail ici, dans l’Hexagone, avec une vraie exigence professionnelle.
Thierry Marx est très engagé auprès de la jeunesse et sensible aux questions de transmission. Lui-même connaît l’importance de l’apprentissage et de l’effort.
Comment imaginez-vous le SMA dans les prochaines années ? Quels seront les grands défis pour accompagner la jeunesse ultramarine de demain ?
Je me projette sur les cinq à venir, au travers d’un plan que nous avons nommé Impact, destiné à créer des dynamiques locales dans chacun de nos Outre-mer. L’objectif de ce plan est de démontrer qu’une jeunesse engagée peut participer à la résilience de chacun de nos territoires. Le premier axe concerne la valorisation des formations, en les orientant vers des métiers et des filières plus pérennes, notamment autour de l’économie verte et de l’économie bleue.
L’idée est de se dire qu’il existe des métiers porteurs de sens pour les Outre-mer. Je prends l’exemple de la Guadeloupe, où une pédagogie autour de l’aquaponie a été mise en place. Il s’agit d’une culture en circuit fermé utilisant notamment les déchets de poissons pour produire des légumes.

Pour le général Bellon, le SMA représente l’opportunité "de se former, de reprendre confiance en soi et de construire un avenir solide". Photo RSMA / CNE Bach L.Il y a aussi tout un enjeu autour des métiers du maritime et de l’économie de la mer. Ce sont des filières qui peuvent valoriser les Outre-mer et intéresser nos jeunes, auxquelles nous devons porter une attention particulière.
Demain, en Martinique, une filière autour du traitement des sargasses émergera probablement. Ce qui est une difficulté pourrait devenir, demain, une filière à part entière avec des métiers associés.
Sur le volet numérique, je considère qu’un jeune ne peut pas être en situation d’illectronisme. Dans une société digitalisée, il n’est pas question qu’un volontaire quitte nos régiments sans être capable d’utiliser des outils simples comme Word ou Excel, ni sans savoir naviguer sur internet en sécurité et en connaissance de cause.
Nous travaillons aussi à sensibiliser les jeunes aux signaux de manipulation sur les réseaux sociaux. L’objectif est de leur permettre de développer leur esprit critique, de se faire leur propre opinion et de gagner en liberté de pensée.
Le second axe concerne la résilience des territoires. Les Outre-mer sont régulièrement confrontés aux cyclones et aux catastrophes naturelles. Grâce à un partenariat avec la Sécurité civile, nous faisons monter en compétence nos cadres et nos volontaires sur les interventions de premier niveau lorsqu’une crise survient.
L’objectif est, demain, de constituer des compagnies de réserve opérationnelle du SMA, capables d’intervenir lors de catastrophes naturelles pour ravitailler les populations, aider à déblayer ou participer à la reconstruction. Cela permet aussi aux forces armées de rester concentrées sur leurs missions de défense et de sécurité.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes ultramarins qui hésiteraient à pousser la porte du SMA ?
Je leur dirais que c’est une véritable chance de se former, de reprendre confiance en soi et de construire un avenir solide. On y apprend un métier, bien sûr, mais aussi des valeurs essentielles : le respect, l’engagement, le sens de l’effort. Cette jeunesse ultramarine a énormément de qualités. Pour beaucoup, elles ne demandent qu’à être révélées. Le SMA est là pour leur donner cette chance.
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