- Anne-Claire Pophillat | Crée le 10.06.2026 à 18h25 | Mis à jour le 10.06.2026 à 18h26ImprimerLes élus du Congrès ont adopté à l’unanimité, le vendredi 5 juin, la proposition de délibération visant à structurer une filière chanvre sur le territoire. Photo d’illustration AFP/John MacdougallDévelopper une filière chanvre sur le territoire afin de diversifier l’économie et créer des emplois, c’est l’objectif des élus du boulevard Vauban qui ont voté, vendredi 5 juin, cette structuration, envisagée à l’horizon 2030. Explications.
Le projet, porté depuis 2019, se veut transpartisan, la proposition de délibération ayant été déposée par quatre élus du Congrès de différents groupes : Emmanuelle Khac (ex-groupe Calédonie ensemble), Laura Vendegou (Le Rassemblement), Vaimu’a Muliava (hors groupe) et Lionnel Brinon (Les Loyalistes). L’aboutissement de plusieurs années de travail sur le sujet, qui a reçu l’unanimité des votes lors de son examen le vendredi 5 juin. Le texte prévoit d’encadrer la production, la transformation et les usages du chanvre en Nouvelle-Calédonie.
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Cette plante est perçue comme "une opportunité stratégique" pour le territoire, qui participerait à la diversification économique, alors que le pays travers une crise sans précédent depuis mai 2024. L’objectif est ainsi de structurer la filière d’ici à l’horizon 2030. Ce qui intéresse les représentants du boulevard Vauban sont les propriétés de la plante, qui peut être utilisée dans des domaines variés tels que la construction, l’énergie, la cosmétique, l’habillement, le médical… Car il est bien question ici de cannabidiol (CBD), c’est-à-dire que la présence de THC (la substance psychoactive majeure du cannabis) y est inférieure à 0,3 %. Les représentants se montrent donc rassurants : "Ce projet ne banalise pas le cannabis, il le rend au contraire moins attractif et soutient la santé publique en offrant des alternatives non addictives."
Des essais ont été menés, notamment à Nessadiou, à Bourail, afin d’étayer l’intérêt de ce plan stratégique et de vérifier l’adaptation des variétés et le respect des seuils réglementaires. Et le travail réalisé en collaboration avec le Syndicat du chanvre de Nouvelle-Calédonie.
"Un projet agricole, économique, sanitaire et social"
L’idée est de participer à la diversification de l’économie. Et "la filière chanvre fait partie de ces opportunités", insiste Laura Vendegou, rappelant que le marché "connaît une croissance soutenue dans le monde". Ce futur secteur présenterait ainsi un "fort potentiel pour l’export" et, localement, un nouveau débouché pour l’agriculture, un renforcement de l’autonomie alimentaire avec la production de graines, de farines et d’huiles à usage alimentaire, la possibilité de créer des matières biosourcées pour la construction et, dans le cadre d’un usage médical, "une alternative non addictogène à l’anxiété, au stress et à la douleur. La filière chanvre est pensée comme un projet agricole, économique, sanitaire et social structurant."
Il est également question de la création d’un diplôme universitaire d’addictologie orienté vers la formation professionnelle et le repérage précoce de l’usage du cannabis à l’UNC.
En adoptant ce texte, les élus ont manifesté leur intention de positionner la Nouvelle-Calédonie comme "un territoire pionnier du chanvre tropical dans le Pacifique".
Que contient le plan stratégique ?
1. Le plan stratégique prévoit de sécuriser le cadre légal et sanitaire : encadrer le monopole public pour garantir l’innovation, clarifier le statut du chanvre (distinguer le chanvre du cannabis stupéfiant, définir les usages permis et interdits, fixer les obligations déclaratives et les contrôles requis et encadrer l’expérimentation), mettre en place des avantages fiscaux et sociaux pour soutenir la filière et limiter les importations.
2. Structurer la production : mettre en place un réseau de parcelles, sécuriser la production (instaurer une contractualisation entre le producteur et la coopérative), créer une banque de semences locales, structurer les pratiques et la montée en compétences, élaborer un dispositif de suivi agronomique et climatique, ainsi qu’une logistique commune de collecte et de transport.
3. Installer l’outil de transformation des fibres et graines : sécuriser le modèle économique, instaurer la traçabilité et le contrôle qualité.
4. Structurer le secteur : organiser une gouvernance partagée, définir les objectifs économiques et sociaux, harmoniser la qualité, développer l’exportation, piloter la filière dans le temps.
5. Valoriser le CBD à usage médical : créer un cadre institutionnel pour l’usage médical, développer une filière certifiée, prévenir les dérives et assurer la sécurité sanitaire.
6. Renforcer la prévention et la lutte contre les addictions : lancer un programme public "bien-être sans dépendance", établir un module d’éducation sur le chanvre et le cannabis à l’école, ainsi qu’un système de repérage.
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