Lifou
  • | Crée le 26.01.2011 à 17h00 | Mis à jour le 23.07.2016 à 20h26
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    À Lifou, nombreux sont ceux qui profitent des grandes vacances pour construire leur case. Une période favorable au niveau des matériaux, mais aussi un moment privilégié pour transmettre les savoir-faire aux jeunes.

    Depuis le début des vacances, de nombreuses cases ont poussé à Lifou. Les plus anciennes ont droit à une seconde jeunesse, avec le renouvellement de leur paille. À la saison chaude, les cocotiers perdent plus de feuilles.
    Une aubaine pour ceux qui utilisent les « dronu » pour couvrir leur case. Les dronu, ce sont les palmes des feuilles de cocotier mortes, que les femmes séparent de la nervure centrale, pour en faire des bottes, qui habilleront ensuite la case.
    Wanaca Luepak a attendu cette saison pour faire construire une case à côté de sa maison, à Luecila : « Il y a un mois, les hommes et les garçons ont commencé à couper les bois pour faire la case. Pendant ce temps, une autre équipe ramasse les feuilles de cocotier tombées à terre. Ils les déposent à la maison, et nous, les femmes, on fait les bottes de dronu. C'est assez difficile à arracher, l'idéal, c'est de mettre des gants de chantier pour se protéger les mains. »
    D'autant que la case de Wanaca, d'environ 3,5 mètres de diamètre, a nécessité 3 500 bottes.

    Étanchéité. Traditionnellement, la couverture en feuilles de cocotier est plutôt une technique des tribus du district du Lossi, de Traput à Xodre. « Avant, à Luecila, on couvrait plutôt nos cases en paille, que l'on arrachait dans les champs. Mais depuis plusieurs années, la paille se fait rare. Les endroits où l'on en trouvait sont maintenant envahis par les lantanas, explique-t-elle. Heureusement, on en trouve encore assez pour faire le chapeau, au sommet de la case, et le dessus des portes, obligatoirement en paille, pour l'étanchéité. »

    C'est un moment fort dans la vie du clan et de la tribu, parce que tout le monde participe.

    Trois semaines ont été nécessaires pour couper les différents bois dans la forêt et les assembler. Là où les vieux utilisaient des lianes, les nouvelles générations ont intégré les clous, la ficelle et le fil de fer. Une évolution qui n'est pas du goût de tous, mais qui semble faciliter les choses, pour une solidité équivalente. Au-delà de ces concessions, le choix des matériaux et les techniques d'assemblage se transmettent d'une génération à l'autre.
    C'est là une autre raison du choix de cette période, « parce tous les jeunes sont là, même ceux qui étudient à Nouméa, précise un papa. On peut vraiment leur transmettre ce savoir et ces gestes. C'est un moment fort dans la vie du clan et de la tribu, parce tout le monde participe, que ce soit sur le chantier, ou en apportant une contribution pour la cuisine. »  Il faut dire que la cuisine tourne à plein régime, car si chacun donne de son temps, la maison nourrit les troupes. Le pic d'affluence se situe au moment de la pose de la paille, qui demande davantage de main-d'œuvre.

    Mariés. L'entretien de la paille conditionne la durée de vie de la case : « Pour qu'une case soit étanche, il faut la chauffer régulièrement. C'est pour cela qu'il y a un foyer au centre. La fumée entretient la paille de l'intérieur et la goudronne au fil des années. Une case chauffée régulièrement gardera la même paille pendant dix ans », assure une dame.
    Ce savoir-faire n'est pas prêt de se perdre à Lifou, puisque les responsables coutumiers incitent les jeunes mariés à construire une case avant toute autre construction.

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