- Baptiste Gouret | Crée le 06.08.2026 à 17h53 | Mis à jour le 06.08.2026 à 17h55ImprimerBenoît Naturel (au centre), directeur de la SIC, s’adresse à la maire de Dumbéa Cynthia Jan, aux côtés de Xavier Rossard (à gauche), deuxième adjoint en charge du développement économique, et Vaimu’a Muliava, président de la SIC, au pied de la résidence Alcyone de Dumbéa centre. Photo Baptiste GouretConfronté à la baisse de ses financements et l’augmentation des impayés depuis 2024, le bailleur social a dû stopper ses investissements, se séparer de 20 % de ses agents et multiplier les mesures d’économies. Alors que le logement social calédonien est pointé du doigt pour ses fragilités, mises à nu par la crise de 2024, la SIC se dit désormais prête à prendre sa part dans la refondation du modèle.
L’alerte avait été lancée en août 2024 par son président de l’époque, Petelo Sao : la Société immobilière de Nouvelle-Calédonie (SIC), frappée de plein fouet par la crise liée aux émeutes, s’approchait dangereusement de la liquidation. Deux ans plus tard, le bailleur social semble tiré d’affaires, mais au prix "de pas mal de renoncements", a admis Benoît Naturel, directeur général du bailleur social, ce jeudi 6 août lors d’une conférence de presse dédiée à la présentation du rapport d’activités 2024-2025.
Ils se sont traduits par des choix "drastiques" et l’élaboration "de ce qu’on a appelé un 'plan de survie'": une réduction de 20 % des effectifs, le report ou l’annulation de plus de deux milliards de francs d’investissements, des coupes budgétaires… "La SIC tient aujourd’hui debout exclusivement grâce à ces renoncements", abonde Marie Sennequier, directrice générale adjointe.
3,5 milliards de francs d’impayés
La situation n’en reste pas moins délicate pour le bailleur social, qui loge 8 500 familles sur le territoire, soit près de 10 % des Calédoniens. Alors que son modèle économique repose à 90 % sur les loyers, la SIC est fortement fragilisée par la progression des impayés. Ils ont augmenté d’un milliard de francs depuis 2024. Le stock d’impayés s’élève désormais à 3,5 milliards de francs. Face à cette donnée, qui traduit avant tout une paupérisation des Calédoniens les plus modestes, la SIC a tenté d’activer les leviers dont elle dispose.
"On est dans une politique d’accompagnement" qui aboutit régulièrement à une "révision des loyers" ou un déplacement des familles dans des logements plus abordables, explique Alexandre Mirault, directeur de l’agence SIC au Quartier Latin. Les démarches du bailleur ne suffisent pas toujours : 1 000 familles sont sorties du parc de la SIC depuis mai 2024, portant à 27 % le taux de vacance. "Ce n’est une satisfaction pour personne, souligne Benoît Naturel. Ce sont des situations de précarité qui sortent de notre champ d’observation" et qui se retrouvent dans les squats ou en situation de suroccupation d’un autre logement.
Si 37 % des départs sont justifiés par des raisons financières, le sentiment d’insécurité, particulièrement présent dans les quartiers les plus marqués par les violences des émeutes, est un autre facteur sur lequel la SIC tente de peser. "On passe des conventions avec les forces de l’ordre, on reçoit les familles dont des membres sont à l’origine de troubles", énumère Alexandre Mirault. Mais le gel des investissements a conduit à une dégradation manifeste des résidences, notamment les parties communes, alimentant encore un peu plus ce sentiment d’insécurité. "Des arbitrages nécessaires", justifie Benoît Naturel.
"Un bien collectif"
Reste que pour ce parc immobilier de 300 résidences, soit 11 500 logements âgés de 25 ans en moyenne, le besoin de rénovation se fait désormais cruellement sentir. La "dette technique" de la SIC, c’est-à-dire le coût engendré par le cumul des retards d’entretien, de réparation et de rénovation, s’élève à quatre milliards de francs. Un plan d’investissement, financé en grande partie par la province Sud via le contrat de développement, a toutefois été mis sur pied. "À peu près 3,3 milliards de francs sur une centaine de résidences" d’ici à 2028, révèle Benoît Naturel, exclusivement mobilisés sur de la destruction, de la rénovation et la réhabilitation – la SIC a stoppé tous ses projets de construction depuis 2020. Une porte d’entrée vers le "renouveau" du logement social en Nouvelle-Calédonie, espère les dirigeants de la Société immobilière de Nouvelle-Calédonie.
Alors que les critiques ont été nombreuses à l’encontre d’un modèle d’habitat jugé en partie responsable des violences survenues en mai 2024, la SIC se dit prête à "prendre sa part dans sa refondation", affirme son directeur. Des réflexions sur la transformation du modèle économique, et plus largement sur la place du logement social en Nouvelle-Calédonie, doivent se poursuivre "sous l’égide de la mission interministérielle". Mais "la SIC ne pourra pas faire ce travail seule, prévient Benoît Naturel. Le logement social, ça reste un bien collectif."
Une ancienne crèche de Dumbéa centre transformée en point d’accueil
D’ici quelques mois, l’ancienne crèche de la résidence Alcyone, à Dumbéa centre, sera rénovée pour devenir le nouveau "point d’accueil" de la SIC. Les agents y seront présents "entre trois et cinq jours par semaine", annonce Alexandre Mirault, directeur d’agence. Une façon de renouer avec une forme de proximité, fragilisée par la destruction des agences de Magenta et de Saint-Quentin en marge des émeutes.
Si les locataires de la SIC y retrouveront les services "classiques" (borne de paiement, accompagnement des démarches, etc.), l’espace sera partagé "avec d’autres partenaires", poursuit Alexandre Mirault. Plusieurs pistes sont d’ores et déjà à l’étude. "Des besoins sur la lutte contre l’illettrisme ou encore des cours de yoga nous ont été remontés par la ville", signale le directeur d’agence, évoquant également l’intérêt exprimé par le Secours catholique. L’ouverture est prévue d’ici la fin de l’année.
Le retour timide des commerçants

Jospeho Ugataï, fondateur de l'enseigne La Mousseline Royale, a ouvert une nouvelle pâtisserie à Dumbéa centre. Photo Baptiste GouretOutre son parc de logements, la SIC gère également environ 200 locaux commerciaux et professionnels, dont une partie est regroupée à Dumbéa centre, autour du cinéma. "Pendant de nombreuses années, ils ont été le moteur d’activité pour des entreprises qui souhaitaient se créer", note Benoît Naturel, directeur de la SIC. Mais là encore, la crise de mai 2024 a mis à mal ce modèle. Ainsi, 44 commerçants ont résilié leur bail ces deux dernières années. Seuls 106 locaux sont loués, soit à peine plus de la moitié du parc.
Benoît Naturel perçoit toutefois une "note d’espoir" : 24 nouvelles installations ont été enregistrées ces derniers mois. C’est le cas Jospeho Ugataï, fondateur de la célèbre enseigne de pâtisserie La Mousseline Royale. "En moins de trois mois, nous avons pu nous installer, explique le pâtissier, locataire d’un nouveau commerce à deux pas de la place du marché de Dumbéa centre. On a été très bien accueillis, on a pu récupérer beaucoup de nouveaux clients, c’est très positif."
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