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    Nouvelle Calédonie
  • L Calédonie / Aurélia Dumté | Crée le 30.08.2026 à 11h00 | Mis à jour le 30.08.2026 à 11h00
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    Les devoirs permettent de suivre la scolarité de son enfant, de passer du temps avec lui, mais peuvent être source de conflits et de tensions. Les devoirs cristallisent les inégalités sociales, et peuvent masquer les failles de l'éducation nationale. Photo L Calédonie
    Faut-il supprimer les devoirs à la maison pour les élèves du primaire ? La question continue de susciter des réactions passionnées. Derrière ce débat se cachent des enjeux bien plus larges : inégalités sociales, moyens de l’école, place des parents et rapport des enfants aux apprentissages. Et concrètement, au quotidien, les devoirs à la maison peuvent créer du lien, comme provoquer des tensions. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie.

    En février, en école primaire, les parents sont conviés à une réunion de rentrée. Un temps qui permet de rencontrer la maîtresse ou le maître, de connaître le programme, les sorties, mais aussi de recevoir des informations pratiques. En cette année 2026, les instituteurs et institutrices avaient reçu une circulaire de la Direction de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie concernant les devoirs. En effet, depuis le 13 janvier 2021, " les devoirs et exercices écrits s’opèrent strictement et uniquement au cours des temps d’enseignement scolaires ", c’est-à-dire durant les 1 h 30 dédiées à cet effet sur le temps scolaire. Ce qui signifie également la fin des devoirs à la maison. Or, cette réglementation n’était finalement que peu appliquée. La Direction de l’enseignement a donc produit une circulaire en début d’année en guise de piqûre de rappel. De quoi susciter de vives réactions chez les parents. Certains s’en réjouissent, d’autres crient au scandale.

    Du côté de la Denc, l’idée est de favoriser l’égalité des chances. Toutes les familles ne sont pas équipées de la même manière pour accompagner un enfant dans ses devoirs. Manque de disponibilité, grande fratrie, conditions de logement particulières… D’autres, à l’inverse, bénéficient de conditions idéales, avec des parents disponibles, motivés, ou qui peuvent se permettre de financer des cours de soutien scolaire. En classe, le fossé devient alors évident. Si l’idée générale est tout à fait compréhensible, dans les faits, la circulaire reste peu suivie.

    Un débat politique

    En avril 2026, à la suite de cette fameuse circulaire, le syndicat SNETAA-FO Nouvelle-Calédonie, représentant l’enseignement professionnel, publiait une tribune sur son site internet intitulée : Les devoirs ne sont pas le problème. Le problème est le manque de temps et de moyens dans l’école.

    " Dans tous les systèmes éducatifs performants, le travail personnel existe. En Finlande, au Canada, au Japon ou en Corée, les élèves travaillent beaucoup, décrit la tribune. Mais la différence est essentielle : ce travail est encadré par l’institution. Il est organisé, accompagné et intégré au temps scolaire. Le temps d’étude est prévu dans l’emploi du temps, les effectifs sont maîtrisés et les enseignants disposent du temps nécessaire pour suivre les élèves. L’égalité ne repose pas sur la famille : elle se construit dans l’école. En France, la logique est trop souvent inverse. On demande aux élèves de faire seuls, chez eux, ce que l’institution n’a plus les moyens de faire en classe. Le débat sur les devoirs est mal posé. La vraie question n’est pas pédagogique. Elle est politique. L’école a-t-elle encore les moyens d’accompagner tous les élèves ? Les systèmes qui réussissent ne demandent pas moins de travail. Ils en prennent la responsabilité. " Ainsi, la question des devoirs souligne dans toutes les sphères des réactions. La circulaire de la Denc n’interdit pas le travail personnel à la maison, mais bien les exercices complémentaires à ceux réalisés en classe. Ainsi, l’élève peut être incité à réviser, à relire la leçon vue dans la journée.

    Un débat familial

    Pour les parents volontaires, qui ont le temps et les moyens, accompagner leurs enfants dans les devoirs permet de partager un moment avec eux, de suivre leur scolarité, de s’y intéresser, voire de se remémorer des connaissances depuis longtemps oubliées. Qui se souvient encore de la manière de poser une division ? Ou de la phrase mnémotechnique permettant de retenir les conjonctions de coordination ? C’est aussi, évidemment, un moyen de s’assurer que son enfant a compris les leçons apprises en classe et qu’il sera prêt lors de la prochaine évaluation. Mais c’est parfois un moment particulièrement difficile à vivre. L’enfant est fatigué de sa journée, passée à assimiler des notions parfois complexes et à rester concentré sur sa chaise. A-t-il encore les capacités cognitives de rester assis à son bureau ? Reste-t-il de la place dans son cerveau déjà bien sollicité ? Et les parents, eux aussi épuisés par leur journée de travail, ont-ils la force, et surtout la patience, de s’asseoir pour imposer un temps d’apprentissage à leur enfant, lequel ne se comporte évidemment pas de la même manière avec ses parents qu’avec sa maîtresse ou son maître ? Crise assurée au final. Et parfois un dégoût durable des devoirs, aussi bien pour l’un que pour l’autre.

    Oui, la question des devoirs soulève de nombreux enjeux : politiques, sociaux, économiques. Et de vives réactions émotionnelles. Non, il n’existe probablement pas de bonne ou de mauvaise réponse. Chaque parent fait avec ses moyens et selon ce qui lui semble le mieux. Le plus important est peut-être de se souvenir que dix minutes passées à échanger avec son enfant sur les leçons du jour, ce sont dix minutes gagnées avec lui. Et c’est déjà beaucoup.


    Photo de Une - Y-Lan Tuyen / L Calédonie

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