- Kim Jandot et Annabelle Noir / CCI Infos | Crée le 19.04.2026 à 15h00 | Mis à jour le 19.04.2026 à 15h00ImprimerFermetures définitives, vacance commerciale durable – en augmentation de plus d’un point entre 2024 et 2025 : les signes de la décommercialisation sont visibles dans le centre-ville de Nouméa. Photo NikO VinCentDepuis plusieurs années, la Nouvelle-Calédonie traverse des crises qui mettent à mal son tissu économique, en particulier le secteur commercial. Face aux rideaux métalliques qui se baissent et aux rues qui se vident, la Chambre de commerce et d'industrie appelle à l’action, afin de restaurer la vitalité des centres urbains et des commerces de proximité. Un dossier de notre partenaire le magazine CCI Info.
La décommercialisation désigne le recul progressif ou brutal de l’activité commerciale dans un territoire donné. Ce phénomène se manifeste par une série de symptômes visibles et mesurables que l’on observe depuis quelques années dans le centre urbain de Nouméa. Ainsi, alors que celui-ci concentre le plus grand nombre de magasins, le taux de vacance commerciale a atteint le chiffre record de 18,9 % fin 2025, soit 185 locaux vides sur 975.
Autre signe : le déplacement de commerces vers d’autres zones, généralement en périphérie, qui offrent souvent des loyers plus attractifs, un stationnement facile et une fréquentation plus régulière. À l’image du Dumbéa Mall et de l’hyper U Païta, qui attirent des enseignes hors du centre-ville de Nouméa. Une dévitalisation commerciale qui se retrouve également, à une échelle différente, dans des villages de Brousse.
"Éviter les friches commerciales"
Les émeutes de mai 2024, qui ont eu un impact économique massif, ont accéléré la décommercialisation en détruisant des commerces ou en entraînant la fermeture de structures fragilisées, sur fond de perte de pouvoir d’achat brutal des ménages. Ces événements ont affaibli la confiance des consommateurs dans certaines zones, en accentuant le manque d’attractivité et le sentiment d’insécurité. "Ce que nous voulons éviter à tout prix, ce sont les friches commerciales, lance David Guyenne, le président de la CCI-NC. C’est ce qu’il y a de pire : des locaux vides, des centres commerciaux désertés, des investissements perdus… C’est un gaspillage de temps et d’argent pour tout le monde, sans bénéfice pour le consommateur."
"Avoir une vision intercommunale du développement commercial"
Avant la crise de mai 2024, le territoire connaissait déjà une situation paradoxale : des zones suréquipées et d’une trop grande proximité par endroits, et d’autres en carence. "Aujourd’hui, il n’existe pas de frontières étanches entre les communes du Grand Nouméa. C’est un même bassin de vie et de consommation. L’objectif est d’identifier où il y a une pénurie d’offres commerciales et où, au contraire, il existe un suréquipement. Il faut une vision intercommunale du développement commercial", insiste le président de la Chambre, qui préconise aux élus de se doter d’une stratégie à l’échelle de l’agglomération.

De nombreux commerces ont fermé. Photo NikO VinCentDans cette optique, la CCI a engagé avec le cabinet AID (attributaire de plusieurs contrats-cadres avec la Banque des territoires et l’Agence nationale des territoires) l’actualisation de l’Observatoire du commerce en lançant deux enquêtes portant sur les habitudes de consommation. Ces enquêtes, commencées en décembre 2025, ont porté sur les habitudes de consommation des habitants du Grand Nouméa, et notamment les lieux où ils réalisent leurs achats, leurs attentes et l’attractivité réelle des pôles commerciaux de l’agglomération. Un outil fondamental. "Nous avons besoin d’un état des lieux précis : ce qui manque en termes d’équipements commerciaux, de services, et quels sont les bassins de population aux alentours, explique David Guyenne. L’objectif est de rendre ces données publiques pour permettre aux chefs d’entreprise de reconstruire, à l’identique ou différemment, mais aussi pour attirer de nouveaux investisseurs capables de répondre à une demande non satisfaite."
Un outil d’aide à la décision
Des informations également essentielles pour les collectivités, afin d’organiser les transports, orienter l’implantation de certains commerces, assurer une offre équilibrée de services et faire vivre les quartiers. Pour les communes, cela pourrait servir concrètement à "nourrir un plan d’urbanisme directeur, à adapter une politique de sécurité – en organisant par exemple des rondes là où se concentrent les commerces – ou encore à anticiper les besoins en équipements. Pour la province Sud, compétente en matière de développement économique, c’est aussi un outil d’aide à la décision pour orienter les dispositifs d’accompagnement, de formation ou d’emploi là où les attentes sont les plus fortes. Les équipes municipales feront leurs choix, mais la CCI sera là pour promouvoir une logique de complémentarité plutôt que de concurrence destructrice entre territoires", signale David Guyenne.

David Guyenne, président de la CCI-NC. Photo Eric AubryL’environnement, levier clé de l’attractivité commerciale
Le développement commercial d’un territoire repose également en grande partie sur la qualité de son environnement immédiat. Sécurité, accessibilité, fluidité de la circulation, stationnement, éclairage public ou encore aménagement des espaces piétons, constituent autant de facteurs déterminants dans l’attractivité des zones commerciales et la fréquentation des commerces.
Depuis les émeutes, certaines galeries commerciales ont vu leur fréquentation évoluer sensiblement, en lien direct avec la perception de la sécurité. "On a clairement observé un regain de fréquentation de galeries comme Port Plaisance, à Nouméa Sud, dans un environnement perçu comme plus sécurisé", observe Ronan Daly, élu CCI secteur commerce, président du syndicat des commerçants de Nouvelle-Calédonie et commerçant implanté sur plusieurs zones du territoire. Cette dynamique s’explique notamment par des reports de clientèle, mais aussi par des mouvements résidentiels vers des quartiers jugés plus sûrs.

Ronan Daly, élu CCI secteur commerce, président du syndicat des commerçants de Nouvelle-Calédonie et commerçant implanté sur plusieurs zones du territoire. Photo DRCentre-ville de Nouméa : une attractivité encore fragile
Au centre-ville de Nouméa, la situation apparaît plus contrastée. Si des améliorations sont constatées sur le plan sécuritaire grâce aux actions engagées par la collectivité et à une présence accrue des forces de l’ordre, des fragilités persistent. "Les choses se sont quand même bien améliorées sur la sécurité, mais le centre-ville reste pénalisé par des problématiques d’accès, de circulation et de stationnement", expose Ronan Daly. En effet, la circulation demeure un enjeu central pour l’attractivité commerciale du centre-ville, car les schémas actuels tendent davantage à favoriser les flux pour sortir de la ville qu’à fluidifier l’accès au cœur de Nouméa.

L’accessibilité des commerces est un point clé dans le centre-ville de Nouméa. Photo NikO VinCentDans ce contexte, la Ville de Nouméa a engagé une évolution du plan de circulation autour de la place des Cocotiers. Depuis janvier 2026, la circulation automobile est rétablie à double sens sur plusieurs axes structurants afin de fluidifier les déplacements et de faciliter l’accès aux commerces du centre-ville. Cette reconfiguration vise notamment à améliorer la lisibilité des parcours, en particulier depuis la rue Galliéni, et à réduire l’effet "repoussoir" souvent évoqué par les commerçants. Si ces mesures vont dans le bon sens, leur impact devra néanmoins s’apprécier dans la durée. L’accessibilité demeure en effet un facteur déterminant dans les arbitrages de consommation, notamment pour une clientèle locale déjà fragilisée par le contexte économique.
Dumbéa et Païta, deux réalités commerciales distinctes
À l’inverse du centre-ville, certaines zones périphériques bénéficient d’une meilleure lisibilité et d’une accessibilité plus simple. À Dumbéa, le centre commercial conserve une fréquentation soutenue. "Dumbéa Mall reste un centre commercial essentiel, d’autant plus depuis la destruction de Kenu-In. L’accès est simple et la fréquentation reste bonne ", constate Ronan Daly.

À Dumbéa, le centre commercial conserve une fréquentation soutenue, notamment en lien avec la destruction de Kenu In pendant les émeutes. Photo NikO VinCentÀ Païta, le diagnostic est plus nuancé. Si le centre commercial bénéficie d’un environnement a priori favorable, notamment au niveau de la sécurité, du stationnement gratuit et de l’accessibilité, la fréquentation demeure en deçà des attentes des commerçants. Selon Ronan Daly, cette situation pourrait s’expliquer par un contexte socio-économique fragilisé : la commune a été fortement touchée par les émeutes, avec des destructions importantes et des pertes d’emplois.
Penser dans la durée
Au-delà des enjeux immédiats, la question de la sécurité s’inscrit dans le temps long. Si la présence actuelle des forces de l’ordre rassure, sa pérennité interroge les acteurs économiques. "Aujourd’hui, ils sont réactifs, mais sur le long terme, on ne sait pas comment cela évoluera", observe Ronan Daly. À cela s’ajoutent des problématiques connexes, comme l’accès à l’assurance pour les nouveaux projets commerciaux, devenu plus complexe dans certains secteurs. L’environnement commercial ne se résume donc pas à une addition d’aménagements, mais à un équilibre global entre sécurité, accessibilité, dynamique économique et confiance des acteurs pour enrayer les phénomènes de décommercialisation.
Le commerce comme lieu de vie et d’ancrage territorial
Au-delà des outils, David Guyenne insiste sur la nécessité de repenser le rôle du commerce dans la vie des quartiers et des communes. "L’un des leviers pour contrebalancer la fragilisation du tissu économique, c’est de créer des écosystèmes vertueu ", souligne-t-il, citant les associations de commerçants, la mutualisation de certains services ou encore l’animation commerciale comme facteurs clés de résilience. "Quand un centre commercial fonctionne, ce n’est jamais une seule boutique qui réussit, c’est l’ensemble des commerçants qui y gagne", rappelle-t-il.

À Païta, le diagnostic est plus nuancé. La fréquentation demeure en deçà des attentes des commerçants. Photo NikO VinCentEnfin, accompagner cette mutation suppose aussi d’impliquer le consommateur, en valorisant l’achat local comme un acte responsable. Dans un contexte de reconstruction et d’adaptation du territoire, la vitalité des centralités commerciales apparaît plus que jamais comme un enjeu de première ligne, pour relancer l’économie et l’emploi.
Le commerce en ligne
Savoir se réinventer pour accueillir le commerce de demain
Face à l’évolution rapide des comportements de consommation et à la montée des usages numériques, le commerce est confronté à une transformation structurelle profonde. Pour David Guyenne, le commerce en ligne international constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour le commerce local, notamment lorsqu’il s’exerce sans cadre concurrentiel équitable. "Il y a un vrai débat à poser en Nouvelle-Calédonie", affirme le président de la CCI, en référence aux plateformes étrangères qui alimentent massivement le territoire en colis, souvent en dehors des circuits de taxation classiques.
Cette situation crée une distorsion de concurrence directe avec les commerces locaux, fragilisant leur modèle économique. "Si l’e-commerce peut être pertinent en B2B, notamment pour l’approvisionnement des entreprises lorsque l’offre locale n’existe pas, il devient problématique lorsqu’il concurrence frontalement le commerce de détail", poursuit David Guyenne. À ces déséquilibres s’ajoutent des enjeux plus larges, liés à la sécurité des flux, à la traçabilité des marchandises et à l’impact environnemental, notamment en matière de transport et de taxe carbone, qui appellent, selon lui, une réflexion collective et des réponses adaptées à l’échelle du territoire.
Un levier de modernisation et d’adaptation
À l’inverse, le développement d’un e-commerce local maîtrisé constitue une opportunité de modernisation du commerce calédonien. "Le commerce internet intérieur doit faire partie des solutions contre la décommercialisation", précise David Guyenne. L’enjeu n’est pas de substituer le numérique au commerce physique, mais d’hybrider les modèles, en intégrant les outils digitaux comme compléments à l’expérience en magasin. Animation des réseaux sociaux, création de communautés, organisation d’événements, valorisation de l’identité du commerce, achats possibles à toute heure, avec ou sans livraison : autant de leviers qui permettent de renforcer le lien avec le client, au-delà de la simple transaction.
Dans un territoire où les contraintes logistiques limitent parfois la livraison, le numérique devient aussi un outil d’animation, de fidélisation et de visibilité, sans nécessairement reposer sur la vente en ligne stricto sensu. L’e-commerce est un phénomène mondial contre lequel il ne s’agit pas de lutter, mais bien une opportunité à saisir pour les commerces locaux, d’offrir une nouvelle expérience d’achat. Une expérience s’affranchissant des horaires d’ouverture, souvent décriés, et permettant aux consommateurs de tout le territoire de trouver les produits qu’ils recherchent.
Un livre blanc porté par la CCI-NC

NikO VinCent / CCI-NCUn diagnostic complet de la situation du secteur commercial en Nouvelle-Calédonie, assorti de 23 fiches action, c’est le contenu du livre blanc élaboré par la Chambre de commerce et d'industrie, afin de lutter contre le phénomène de décommercialisation. Destiné à être remis aux élus locaux, cet outil de mobilisation propose des pistes concrètes, des leviers activables, des exemples inspirants, pour que chaque commune puisse redevenir un moteur de dynamisme commercial et de cohésion sociale.
Note
Le magazine CCI Infos n° 309 de février et mars est disponible sur le site Internet de la Chambre de commerce et d'industrie.
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