- Julien Mazzoni | Crée le 03.06.2026 à 18h51 | Mis à jour le 03.06.2026 à 18h51ImprimerLa première assemblée citoyenne expérimentale, réunie fin mars au Congrès autour de la transparence de la vie publique, a servi de base au dispositif adopté ce mercredi 3 juin par les élus. Photo archives LNC / Anne-Claire PophillatLe Congrès a adopté à l’unanimité, ce mercredi 3 juin, la création officielle d’une assemblée citoyenne chargée d’associer des Calédoniens tirés au sort à la réflexion publique. Un dispositif présenté comme une réponse à la fracture démocratique et sociale révélée par les émeutes de 2024.
"D’habitude, on produit la loi, puis on observe. Là, on expérimente avant d’écrire le droit." Pendant les débats de ce mercredi 3 juin au Congrès, Vaimu’a Muliava a défendu "un texte transpartisan" adopté à l’unanimité, destiné à "rapprocher le citoyen de la décision publique". Les élus ont ainsi entériné la création officielle d’une assemblée citoyenne auprès du Congrès.
Le dispositif reposera sur des administrés tirés au sort, qui seront chargés de travailler sur des thématiques d’intérêt général, et de remettre des recommandations aux élus. Porté par la présidente de l’institution, Veylma Falaeo, et l’élu de l’Éveil océanien Vaimu’a Muliava, le texte fait suite à plusieurs mois d’expérimentation autour de la transparence de la vie publique.
"Cette assemblée citoyenne permet d’avoir une expression de la société civile qui nourrit finalement le travail des élus, estime Virginie Ruffenach, cheffe du groupe Rassemblement. On a déjà le Conseil économique, social et environnemental, mais là, on est au plus près des décisions prises et notamment des délibérations et des lois que vote le Congrès."
"Une grande fracture sociale"
Dans les rangs indépendantistes aussi, on a défendu ce texte, qui est vu comme une réponse aux tensions apparues après les émeutes de 2024. "La situation insurrectionnelle de 2024 a fait apparaître un grand malaise, une grande fracture sociale, estime Henriette Tidjine-Hmae, élue UC-FLNKS et nationalistes. Les questions de jeunesse, d’insertion, de formation, les difficultés des classes sociales les plus démunies, tout cela a explosé à ce moment-là."

L’hémicycle était quasiment vide, ce mercredi, lors des débats autour de la création d’une assemblée citoyenne, qui a été adoptée à l’unanimité. Photo Julien MazzoniSelon elle, cette assemblée doit permettre de "faire revenir au sein de l’assemblée représentative des thèmes qui préoccupent le quotidien des populations". Un projet qui avait été amorcé sous les présidences de Roch Wamytan et de Thierry Santa, dans le cadre des réflexions sur la modernisation du Congrès et la transformation de l’institution "en véritable parlement".
"Faire de la politique autrement"
Pendant les débats, Vaimu’a Muliava a dénoncé "le millefeuille administratif", "la bureaucratie" et "le fossé entre les décideurs et ceux qui vivent les conséquences des décisions politiques." L’élu de l’Éveil océanien a également salué une "méthode inédite", consistant à expérimenter le dispositif avant de rédiger le texte juridique. "Les réseaux sociaux multiplient les canaux d’expression, mais favorisent aussi la désinformation. Nous devons recréer des espaces de dialogue", a-t-il plaidé.
Au cours des débats, plusieurs élus ont cependant insisté sur le fait que cette assemblée citoyenne ne devait pas concurrencer les membres du Congrès. "La décision revient de toute façon aux élus, rappelle Virginie Ruffenach, mais le travail qui est fait par cette assemblée enrichira les travaux que nous menons."
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Une ligne partagée dans l’hémicycle, la plupart des groupes décrivant cette nouvelle instance comme "complémentaire" de la démocratie représentative, et non comme une autorité décisionnelle parallèle. Son fonctionnement représenterait environ 4,1 millions de francs par an. "C’est très raisonnable par rapport à l’enjeu", juge Virginie Ruffenach, tout en appelant à "encadrer" les dépenses pour éviter toute dérive.
Casier judiciaire, handicap, suivi… plusieurs amendements adoptés
Avant le vote final, pas moins de six amendements ont été adoptés, là encore à l’unanimité. Le principal concernait les conditions d’éligibilité des membres de l’assemblée citoyenne. Dans sa version initiale, le texte excluait les personnes condamnées pour crimes ou délits, y compris celles ayant déjà exécuté leur peine depuis longtemps. La rédaction finalement adoptée limite cette exclusion aux seules personnes dont le bulletin n° 3 du casier judiciaire comporte encore une mention, un volet généralement réservé aux condamnations les plus graves ou encore en cours d’exécution. "Une personne qui a payé sa dette à la société doit pouvoir participer à ce type d’instance", a notamment soutenu Virginie Ruffenach.
Les élus ont également adopté des amendements sur l’organisation des sessions de travail, le suivi des recommandations citoyennes et la prise en charge des frais des participants.
La séance publique devait se poursuivre avec l’examen de plusieurs autres textes. Mais après le départ de l’élue non inscrite Maryline Sakilia, les travaux ont finalement été suspendus faute de quorum suffisant. "En espérant que vous serez présents vendredi…", a lancé la présidente du Congrès Veylma Falaeo, en levant la séance. Une illustration assez ironique du décalage entre élus et population que l’assemblé citoyenne adoptée quelques minutes plus tôt ambitionne précisément de réduire.
Les autres textes adoptés en séance
Les élus ont également adopté une modification du règlement intérieur destinée à mieux encadrer les amendements déposés en séance publique.
Le texte prévoit notamment un délai de dépôt fixé à vingt-quatre heures avant les séances afin de laisser davantage de temps aux élus, au gouvernement et aux services de l’institution pour les examiner. Les amendements déposés directement en séance seront désormais limités à certaines situations précises, comme l’urgence, la correction d’erreurs matérielles ou la mise en conformité juridique des textes.
Les débats ont donné lieu à plusieurs critiques sur le fonctionnement actuel de l’institution. Certains élus ont regretté des commissions parfois peu fréquentées, des amendements déposés au dernier moment ou encore des suspensions de séance à répétition liées à des discussions politiques menées hors hémicycle.
Plusieurs conseillers ont également insisté sur la nécessité de "ramener le travail en commission", estimant que les débats en séance publique reprenaient parfois intégralement des discussions qui auraient dû être tranchées en amont.
Les élus ont par ailleurs rendu un avis favorable à la désignation des experts électoraux indépendants de l’ONU chargés d’observer la révision complémentaire des listes électorales spéciales avant les élections provinciales du 28 juin. Ces experts auront notamment pour mission de suivre les travaux des commissions administratives spéciales chargées de la mise à jour des listes électorales.
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