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  • Shatha Yaish/AFP | Crée le 15.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 19.06.2019 à 15h32
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    Pour Mike Pompeo, ces actes « représentent une menace claire pour la paix et la sécurité internationales, une attaque flagrante contre la liberté de navigation et une escalade des tensions inacceptable de la part de l’Iran ». Téhéran, a, elle, accusé Wash
    Golfe persique. Les Etats-Unis accusent l’Iran d’être responsable des attaques de jeudi contre deux pétroliers en mer d’Oman, un incidentqui fait craindre un embrasement dansune région sous tension.

    Les attaques répétées contre des tankers et des installations pétrolières dans la région du Golfe risquent de perturber l’approvisionnement du marché mondial et de provoquer un conflit armé impliquant l’Iran, estiment des analystes.

    Jeudi, deux tankers, un norvégien et un japonais, ont été la cible d’une attaque d’origine indéterminée en mer d’Oman, à l’entrée du Golfe, une région cruciale pour le marché de l’or noir qui pâtit de la crise entre Etats-Unis et Iran, ennemis jurés.

    L’attaque près du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par où transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, a fait bondir les prix de pétrole (lire ci-contre), un mois après une attaque similaire contre quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Emirats arabes unis.

    A hauts risques

    « Avec ce nouveau type d’attaque, la région connaît une période dangereuse. Toute erreur de calcul […] risque d’enclencher une spirale vers une confrontation plus directe, relève Elizabeth Dickinson analyste à l’International Crisis Group. Il devrait être dans l’intérêt de toutes les parties de trouver une bretelle de sortie le plus rapidement possible. » Pour Mme Dickinson, les conflits de la région sont en outre « pollués » par les gesticulations des Etats-Unis et de l’Iran dont le numéro un Ali Khamenei a exclu toute ouverture en direction du président Donald Trump.

    Téhéran et Washington sont pris dans une dispute à hauts risques depuis le retrait unilatéral en mai 2018 de l’administration Trump de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran. Sans oublier les invectives et les menaces réciproques des derniers mois ainsi que les renforts militaires américains dans la région.

    Soutenue par l’allié américain, l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux poids lourds au Moyen-Orient, restent engagés dans une course au leadership de cette région stratégique.

    « Il suffit d’une toute petite erreur »

    Les attaques du 12 mai contre les quatre navires ont été attribuées à l’Iran par Ryad et Washington. Elles ont été suivies deux jours plus tard, par une attaque contre un oléoduc saoudien, revendiquée ouvertement par les rebelles du Yémen voisin soutenus par Téhéran.

    Pour Capital Economics, centre d’études basé à Londres, l’attaque de jeudi « contre deux pétroliers dans le golfe d’Oman est le dernier signe de l’aggravation des tensions ». « Il y a un risque croissant de voir les événements se transformer en conflit pur et simple, écrit-il. Il suffit parfois d’une toute petite erreur ou d’une mauvaise communication pour déclencher un conflit et la régularité accrue des attaques signifie que ce risque augmente. ».

    La persistance de ces attaques pourrait relever suffisamment les risques pour que les navires cessent d’emprunter cette zone. Ce qui aurait pour effet de faire grimper les prix de l’énergie.

     

    Les tankers évoluent en eaux troubles

    Les navires-citernes, ou tankers, comme ceux attaqués jeudi en mer d’Oman, naviguent en zones agitées entre risques de piraterie, de collision et, désormais, d’éventuelles attaques géopolitiques.

    Quelque 60 millions de barils de produits pétroliers voguent chaque jour par bateau, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).

    Et environ un tiers d’entre eux passe par le détroit d’Ormuz, le principal point de trafic de pétrole au monde qui relie le Golfe persique à la mer d’Oman. La plupart des exportations de brut de l’Arabie saoudite, de l’Iran, des Emirats arabes unis, du Koweït ou de l’Irak y transitent. C’est aussi la principale voie pour le gaz naturel liquéfié exporté par le Qatar.

    Une guerre hybride

    Les autres grands passages stratégiques sont le détroit de Malacca, entre Singapour et l’Indonésie, suivi du Canal de Suez, en Egypte, et du détroit de Bab el-Mandab, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.

    Il plane désormais la menace d’une guerre hybride, où l’Iran pourrait, sans lancer officiellement une offensive majeure, initier des attaques sporadiques contre des navires dans la région du Golfe. Les moyens abondent : missiles, sous-marins, petits bateaux téléguidés bourrés d’explosifs, ou mines flottantes.

    Quelque 94 000 cargos voguent de par le monde, selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.

    Si les navires convoyant des matières premières solides comme le charbon ou les céréales représentent, en tonnage, la plus grande partie de la marine marchande mondiale (42,5 %), ceux acheminant du pétrole brut ou transformé en représentent près de 30 %. Les tankers méthaniers (gaz liquéfié) et les chimiquiers (produits chimiques) représentent 5,6 % du trafic maritime mondial.

    Repères

    Le pétrole flambe

    Les prix du pétrole ont bondi jeudi après des attaques contre deux tankers dans le Golfe. Le baril de référence aux Etats-Unis, le WTI pour livraison en juillet, a grimpé de 1,14 dollar, ou 2,2 %, pour finir à 52,28 dollars tandis qu’à Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août a fini en hausse de 1,34 dollar, ou 2,2 %, à 61,31 dollars. Ils ont pris jusqu’à 4,5 % en cours de séance.

    Attaque de drones

    Hier, l’Arabie saoudite a intercepté cinq drones rebelles yéménites au cours d’une deuxième attaque en deux jours contre l’aéroport d’Abha, dans le sud-ouest du pays. La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis aux rebelles houthis appuyés par l’Iran. Ryad a averti Téhéran que la poursuite d’actions hostiles aurait de graves conséquences.

    Panama trinque

    La guerre commerciale entre Washington et Pékin a provoqué au cours des douze derniers mois une baisse du trafic chinois transitant par le canal de Panama, supplanté par celui du Japon. Environ 5 % du trafic maritime mondial passent par le canal de Panama.

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