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  • Delphine Touitou avec l’AFP | Crée le 14.03.2019 à 04h25 | Mis à jour le 14.03.2019 à 09h03
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    Des 737 MAX sur le tarmac de l’usine Boeing à Renton dans l’Etat de Washington. Le Canada reste encore aux côtés des Etats-Unis en continuant à faire voler les MAX 8. Photo Jason Redmond/AFP
    TRANSPORT AERIEN. Les Etats-Unis, quasiment isolés, étaient sous une immense pression, mardi, pour se rallier à l’interdiction de vol décrétée contre le Boeing 737 MAX par de nombreux pays et compagnies aériennes dans le monde à la suite de la tragédie du vol Addis-Abeba-Nairobi d’Ethiopian Airlines.

    Le ciel européen s’est progressivement fermé au dernier-né de l’avionneur américain : banni d’abord par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas, l’Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) a suspendu tous les vols de ces appareils, depuis 19 h GMT, qu’il s’agisse des MAX 8 ou des MAX 9, que ce soit à destination, au départ, ou à l’intérieur de l’Union européenne et que les opérateurs soient européens ou issus de pays tiers. 

    Le président américain s’est, lui, entretenu avec Dennis Muilenburg, patron de Boeing, par téléphone sur cette crise, a indiqué une source industrielle. Donald Trump s’était fendu plus tôt d’un tweet déplorant la complexité des avions modernes. « Il n’y a plus besoin de pilotes mais plutôt d’informaticiens du MIT (Massachusetts Institute of Technology) », avait-il ironisé.

    Jusqu’à présent, l’agence fédérale de l’aviation américaine, la FAA, a simplement demandé des modifications portant sur des systèmes automatisés dont le MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) qui aide à éviter un décrochage des 737 MAX. 

    Suspension par principe de précaution

    « Nous continuons à être impliqués dans l’enquête sur l’accident et prendrons les décisions sur les suites à donner en fonction des éléments récoltés », a assuré une porte-parole.

    De nombreux élus américains ont alors exhorté cette autorité à appliquer le principe de précaution après l’accident d’un 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines qui a fait 157 morts, dimanche, quelques mois après la tragédie ayant frappé un avion du même type de la compagnie indonésienne Lion Air, faisant 189 victimes.

    « La FAA devrait clouer au sol le 737 MAX jusqu’à ce que […] nous soyons sûrs que l’avion soit prêt à voler », a ainsi préconisé le sénateur républicain Mitt Romney sur Twitter. 

    « La FAA devrait changer sa position et immobiliser cet avion aux Etats-Unis jusqu’à ce que la sécurité soit garantie », a également demandé la sénatrice Elizabeth Warren, candidate à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine de 2020, tandis que le sénateur républicain Ted Cruz a jugé qu’« il serait prudent pour les Etats-Unis de clouer au sol temporairement les 737 MAX jusqu’à ce que la FAA confirme que la sécurité est assurée pour ces avions et leurs passagers ».

    Un camouflet inédit

    Dans le sillage de l’Europe, l’Inde a, elle aussi, annoncé qu’elle clouait au sol les 737 MAX. « Ces avions ne voleront pas tant que des modifications appropriées et des mesures ne seront pas prises pour assurer leur sûreté », a indiqué le ministère de l’Aviation civile.

    L’interdiction de vol pour un avion récent est un camouflet inédit dans l’histoire de l’aviation civile. Pourtant, elle ne devrait pas semer le chaos dans le trafic aérien mondial. 

    Les 737 MAX ne sont en effet entrés en service qu’en mai 2017. Plus de 370 appareils de cette famille volent dans le monde aujourd’hui, un chiffre à mettre en regard des quelque 19 000 avions d’au moins 100 passagers en service au niveau international, tous modèles confondus, selon une étude publiée en 2018 par Airbus.


    Le MCAS, un système pour stabiliser ces avions

    Les pilotes de la compagnie indonésienne Lion Air ne savaient pas que ce nouveau système avait été ajouté sur les versions MAX du Boeing 737. Photo Adek Berry/AFP

     

    Les accidents de Boeing 737 MAX ont mis un coup de projecteur sur des dispositifs essentiels au pilotage de ces avions de dernière génération, tels que le système de stabilisation dit « MCAS », visé par les autorités américaines qui demandent sa modification.

    Cela a conduit l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) et d’autres autorités dans le monde à suspendre les vols de ces appareils, une décision rare. Les autorités américaines ont demandé des modifications de certains systèmes mais n’ont pas, pour l’heure, cloué au sol les 737 MAX.

    Le MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) « est un système qui permet d’optimiser le profil de vol et d’aider les pilotes à maintenir l’avion dans une assiette » appropriée, c’est-à-dire une trajectoire sûre, résume Michel Merluzeau, expert aéronautique chez AirInsight.

    Il s’active lorsque l’angle d’attaque, soit le degré d’inclinaison de l’appareil, est un peu élevé et que le pilote automatique est désactivé comme lors du décollage ou de l’atterrissage ; lorsque les volets (aérofreins) sont rentrés (également au décollage) ou dans certains virages trop marqués.

    A l’inverse, il se désactive quand l’angle d’attaque est suffisamment retombé ou si le pilote le déconnecte.

    Ce système est nouveau sur la famille des moyens courriers 737 MAX, version remotorisée du best seller de Boeing, le 737.

    Pour faire évoluer son 737, l’avionneur américain a installé des moteurs plus puissants donc plus lourds. « Ils sont positionnés un peu en avant sur l’appareil par rapport à ceux qui étaient sur l’ancienne génération d’avion », poursuit M. Merluzeau.  

    Il a donc fallu modifier légèrement le design de l’avion tout en le protégeant d’un risque plus élevé de décrochage, explique un autre expert aéronautique qui a requis l’anonymat. « Afin de contrer cette caractéristique fâcheuse, le MCAS a été développé », ajoute-t-il.


    « Je t’appelle quand j’atterris »

    Une Indienne tout juste mariée décédée dans l’accident de l’avion d’Ethiopian Airlines avait envoyé un texto à son mari, qui devait voyager avec elle mais avait annulé au dernier moment, pour lui dire qu’elle l’appellerait à l’atterrissage à Nairobi. Shikha Garg devait assister à Nairobi à l’assemblée annuelle de l’ONU pour l’environnement et s’était mariée moins de trois mois auparavant avec Soumya Bhattacharya.

    Celui-ci avait acheté un billet pour le même vol mais avait annulé son voyage à la dernière minute en raison d’un rendez-vous urgent.


    Repères

    Parmi les passagers

    Sebastiano Tusa, 66 ans, était un expert italien en archéologie subaquatique, conseiller aux affaires culturelles de la région Sicile. Il devait être l'un des principaux orateurs d'une conférence de l'Unesco organisée au Kenya.

    Franco-tunisien, Karim Saafi, 38 ans, était le cofondateur du Forum de la jeunesse de la diaspora africaine en Europe (Adyfe). Il devait intervenir devant le Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine à Nairobi.

    La famille du député  nationaliste slovaque Anton Hrnko. Il l’a lui-même annoncé sur les réseaux sociaux.

    Victor Tsang, coordonnateur des politiques de développement durable, au Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), dont le siège se trouve à Nairobi.

    Doaa Atef, 29 ans, travaillait pour l'institut de recherche égyptien Desert Research Center, basé au Caire. Elle se rendait à un atelier de formation au Kenya.

    Christine Alalo était une commissaire de police expérimentée, qui était déployée en Somalie dans le cadre de la Mission de l'Union africaine dans ce pays (Amisom).

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