Nouvelle Calédonie
  • Par Christine Lalande | Crée le 18.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 18.04.2019 à 08h13
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    Au centre-ville de Nouméa, les commerçants se préparent à recevoir la clientèle des soldes « Good Friday », vendredi. Photo Thierry Perron
    L'opération commerciale Good Friday se tiendra pour la deuxième fois demain, vendredi 19 avril, mais elle ne sera pas reconduite l'année prochaine. En cause : une revisite du calendrier des soldes sur l'année, et une opération qui a peiné à trouver son public. Quatre-vingts commerçants préparent leurs prix cassés pour cette journée…

    Le Black Friday, en novembre, marche très fort, note Stéphanie Salgueiro, secrétaire générale du syndicat des commerçants, mais nous nous rendons compte qu'il n'est pas forcément judicieux de multiplier les rendez-vous commerciaux ». La Nouvelle-Calédonie avait fini, elle aussi, par s'inscrire dans les grandes opérations de soldes connues dans le monde. Toutefois, ce Good Friday avant le long week-end pascal, se révèle moins populaire auprès des Calédoniens que le Black Friday qui offre un premier jour de prix cassés avant les fêtes de fin d'année, et les grands soldes d'été.

    Le calendrier des soldes, fixé chaque année par le gouvernement, va être revu sur proposition du syndicat des commerçants. L’idée sera probablement de conserver deux périodes en 2020, mais qui passeraient de deux à quatre semaines chacune.

     

    Un vendredi, on double le chiffre d’affaires 

     

    Le 26 décembre dernier, l’exécutif calédonien avait fixé les soldes d'été du 5 au 27 janvier 2019, le Good Friday au vendredi 19 avril et le Black Friday, dont ce sera la quatrième édition, au vendredi 29 novembre.

    Moins populaire que le Black Friday

    L'année prochaine, les soldes d'été pourraient être reculés après la rentrée scolaire, au mois de mars. Dès lors, quand bien même le Good Friday serait un succès, « on ne solliciterait pas les commerçants à peine un mois après », explique le syndicat des commerçants. La réglementation ne le permettrait pas de toute façon : un produit doit avoir été proposé à la vente au moins un mois avant de pouvoir bénéficier d'une promotion.

    Le Black Friday, en novembre : l’autre rendez-vous phare de l’année. Photo T.P.

     

    Pour l'enseigne Meuble 2 000 à Ducos, qui participe pour la deuxième fois à ce rendez-vous, la comparaison avec le Black Friday en termes de chiffre d'affaires va du simple au triple. « C'est beaucoup de préparation pour une seule journée, toutefois un vendredi, on double le chiffre d’affaires par rapport à une journée normale », relève Valérie Caillard, cogérante. A Bourail, les gérants de la boutique Mini-Shop Kdo n'avaient jamais vu autant de clients qu'en ces journées de soldes « flash ». Très satisfaits du Black Friday 2018, ils se sont donc inscrits pour participer au Good Friday. « Cela fait deux-trois semaines que nous préparons ce rendez-vous », commente sa vendeuse, Blondine Faua, qui a étiqueté une sélection d'articles jusqu'à -60 %.

    Quatre-vingts commerçants se sont déclarés participants cette année sur tout le territoire, contre près de deux cents en 2018. Désaffection ? Pas pour la bijouterie Chloé à Nouméa.

     

    Cela fait deux-trois semaines que nous préparons ce rendez-vous 

     

    Sa gérante Stacy Guy préfère cette formule qui permet « d’avoir beaucoup de monde sur une journée, plutôt que d'étirer les soldes classiques et de voir la clientèle s'étioler, passé les premiers jours. »

    Achats d'opportunité, planifiés… les Calédoniens ont en tout cas rendez-vous une dernière fois avec les bonnes affaires à ce moment de l'année, dans les boutiques de Nouméa, Dumbéa, La Foa, Bourail et Koné.


    Le e-commerce en plein essor

    Vers la fin des soldes en magasin ? Pas pour demain, selon le syndicat des commerçants. Photo CL

     

    Le e-commerce est une tendance qui pèse sur les habitudes de consommation des Calédoniens. Phénomène générationnel et dans la lignée de la mondialisation, les achats des particuliers sur internet représentent 25 à 75 % de l'activité des opérateurs de fret.

    « Même si nous avons connu cette tendance plus tardivement que dans les grands pays, explique Frédéric Genel, directeur de DHL, on constate une accélération des achats en ligne depuis deux-trois ans. » Plusieurs milliers de colis par mois. « La raison est à rechercher probablement dans des prix plus intéressants : le leader mondial Amazon par exemple, a été parmi les premiers à proposer des tarifs nets de taxes. » Même son de cloche chez Chronopost, qui note un accroissement de 50 à 60 % de son activité grâce au e-commerce quand arrivent les fêtes de fin d'année. « Le Black Friday et la fête des Mères sont les deux autres moments clés où les Calédoniens se ruent sur internet », détaille Etienne Bigard, responsable commercial. Dans le classement des produits commandés sur internet : le multimédia principalement, suivi du textile et des équipements sportifs. Les commandes des particuliers sur internet « ont réellement commencé il y a six ans, avec la Fnac et shoowroom privé.com », poursuit-il, mais l'installation de la franchise à Nouméa y a porté un coup d'arrêt.

    Pour Sophie Duplessis, responsable douane de Fedex-Altitrans, les grands sites commerciaux se sont réellement développés avec l'essor des réseaux sociaux, et leurs publicités à portée de vue permanente. Pourtant les délais de livraison des commandes effectuées sur internet ne sont pas particulièrement rapides. « L'argument, c'est surtout qu'il y a très peu de pertes de colis, la possibilité de suivre son colis en ligne, et le dédouanement entre 24 et 48 heures », avance la spécialiste en importation, transport et dédouanement de marchandises. « On a constaté un envol avec les modes telles que les bracelets Rainbow Loom et les hand spinners, quand elles ont été lancées sur les réseaux sociaux », poursuit Sophie Duplessis.

    Une évolution inéluctable

    Concurrence directe au commerce traditionnel ? Pas nécessairement, explique Edouard Calvet, coprésident du syndicat des commerçants, qui représente 150 commerçants et quelque 300 points de vente : « plutôt une évolution mondiale des pratiques commerciales qui invite les boutiques à améliorer leur offre ». Sur internet, il est en quelque sorte possible de faire les soldes toute l'année. « En effet les réglementations ne sont pas les mêmes dans le monde », poursuit Edouard Calvet. Nombre de pays ne sont pas tenus à l'interdiction de vente à perte, comme en Nouvelle-Calédonie où un commerçant ne peut pas liquider son stock hors périodes de soldes. Les commerçants calédoniens ne sont pour autant pas démunis : « on incite nos adhérents à avoir une présence en ligne, car les Calédoniens, encore bien souvent, comparent les prix sur internet mais finalisent l’acte d'achat en magasin. »

    La situation est donc encore loin de celle de la Métropole, où un géant comme Amazon représente à lui seul 10 % du commerce de détail. Pour Edouard Calvet, la réflexion pour maintenir en vie les petites enseignes se pose partout dans le monde, est inéluctable, et il propose un début de réponse : « Il faut inviter presque à un acte citoyen » en « faisant comprendre qu'acheter dans les magasins participe à faire tourner l'économie calédonienne, par les emplois, le paiement de l'impôt sur les sociétés, etc. ».

    C'est dans cette optique que le syndicat des commerçants avait lancé une première campagne il y a deux ans, intitulée « Il y a presque tout chez nous ». Dont acte.


    QUE PENSEZ-VOUS DES… SOLDES ?

    Linh, 24 ans

     

    « Je ne fais pas les soldes, ou alors pour l'achat de gros meubles par exemple, dans ce cas cela vaut le coup. Mais je préfère généralement garder mon pouvoir d'achat pour faire des voyages. Quant aux vêtements, je préfèe les acheter justement lors de mes voyages, les prix sont souvent plus intéressants. »


    Séverine, 38 ans

    « Je n'ai découvert qu'hier qu'il y avait des soldes vendredi ! J'avoue que je n'y fais pas trop attention. Ceci étant je préfère évidemment attendre les soldes si j'envisage des achats. Mais je trouve qu'il n'y a pas tant de bonnes affaires à faire que ça. Et on ne s'y retrouve plus dans les dates, qui changent tout le temps… »


    11 000

    salariés et 4 000 entreprises, c'est ce que représente le commerce calédonien « traditionnel ».


    +10%

    C'est l'augmentation du volume d'affaires sur internet, ces cinq dernières années. Une tendance vouée à s'accentuer.


    33 %

    des Calédoniens achetaient sur internet en 2017, selon l'observatoire du numérique.


    100 000

    colis taxés et 400 000 colis non taxés - ce dernier chiffre a doublé en trois ans - sont traités par l’OPT chaque année.

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