Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 04.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 04.08.2018 à 04h25
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    Les plongeurs de Fortunes de Mer sur le site, où l’épave est quasiment invisible tant elle est prise dans le corail. Photos Luc Faucompré
    Sciences. Les prospections autour de l’Aventure, navire échoué en 1855 à l’île des Pins, ont livré des résultats inespérés. Aucun doute : les fouilles doivent se poursuivre.

    Jeudi soir, au Musée maritime, une petite pièce de métal, protégée par un écrin de plastique, passe de main en main dans le public. Le bouton d’uniforme, probablement porté par un officier de Marine du XIXe, est modeste mais est là pour appuyer le message : « Il reste beaucoup à découvrir sur l’Aventure ». Fortunes de Mer (FDM) et Arkéotopia présentent les résultats d’une semaine de campagne autour de la corvette de guerre, échouée en 1855 avec, à son bord, le premier gouverneur français du Pacifique. En arrivant sur le site, au nord de l’île des Pins, les archéologues « partaient avec beaucoup d’intérêt mais peu d’espoir ». Leurs prospections leur en redonneront beaucoup.


    Détecteur de métaux

    À terre, d’abord, où les 255 marins rescapés ont passé de quelques jours à plusieurs semaines. Le travail ne tarde pas à s’éloigner de la baie d’Oupé, pourtant désignée par tous les récits d’époque, pour s’établir dans la baie voisine d’Eviéré, plus propice à une installation des naufragés. Parcourant la forêt, armés de détecteur de métaux, les archéologues identifient des dépressions intrigantes dans le sol, des amas de coquillages, des pierres de grès qui pourraient faire partie du ballast du navire, un clou ou un récipient en porcelaine à dorure qui reste à dater…

    Des pistes solides et la preuve que « de vraies fouilles pourraient donner des résultats intéressants », pointe Jean Olivier Gransard Desmond, d’Arkéotopia.


    Un accès caché vers l’intérieur de l’épave

    Mais c’est en mer que le site étonne le plus. « Vu la concrétion du corail, on ne s’attendait pas à trouver grand-chose », rappelle Philippe Houdret de FDM. Mais l’expérience paie : un distillateur d’eau de mer, massif comme celui de La Seine, est repéré. Puis en dégageant une pièce de bronze, les plongeurs ouvrent un accès inespéré à l’intérieur de l’épave, invisible car encastré dans le récif. Entre les parois recouvertes de bois et de moulures, un sablier, des éléments de meubles, de ceinture, de gaines de sabre, des balles de mousquet… Ou le fameux bouton d’uniforme. « On appelle ça une veine archéologique. On pense qu’il s’agit de cabines d’officiers, reprend le président de Fortunes de Mer. Vu la violence du naufrage, c’est incroyable de trouver des objets si bien conservés à cet endroit ». Aucun doute : les fouilles, doivent, un jour ou l’autre, être poursuivies. En attendant ce travail, à terre et sous l’eau, va compléter les données récoltées par « l’inventeur » de l’épave, Patrick Banuls, en 1975 et faire l’objet d’une publication scientifique. « On espère que ça va attirer un peu plus l’attention sur l’histoire de l’Aventure », précise Chris Andibous- Esnault, d’Arkéotopia. À Kunié en tout cas, cette histoire n’a jamais été oubliée. C’est ce que montre la collecte de tradition orale effectuée par l’ADCK.


    Repères


    L’ADCK fouille la tradition orale

    Partenaire de la campagne qui a été lancée sous l’égide des autorités coutumières et de la province, l’ADCK a elle aussi effectué des fouilles. Mais plutôt que les fonds ou la terre, c’est la parole qui a été sondée. « Pour les Kunié, l’histoire de l’Aventure n’a jamais été oubliée, prospections ou pas », pointe Floriane Kombouaré. C’est son grand-père qui, en 1975, avait indiqué le site du naufrage à Patrick Banuls, alors missionné par la Marine nationale. L’enquêtrice culturelle a ces dernières semaines multiplié les entretiens et pu collecter des histoires passées de génération en génération sur le naufrage, les contacts avec les marins, les objets qu’ils ont laissés. « Ça va continuer, reprend-elle, il faut laisser le temps aux gens de se remémorer, de se faire connaître ».


    XIXe mais pas que

    Des fragments de poteries ont aussi été trouvés. Datant probablement de la période Lapita, ils ont été transmis à des spécialistes. « On est parti pour l’Aventure, mais on est archéologues, on ne travaille pas que pour nous… », sourit-on chez Arkéotopia.

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