Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné / charlie.rene@lnc.nc | Crée le 16.04.2019 à 04h30 | Mis à jour le 16.04.2019 à 06h58
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    Architectes, gros œuvre, second œuvre… Une dizaine de chefs d’entreprise étaient rassemblés hier à la FCBTP. C.R.
    ÉCONOMIE. Malgré plusieurs alertes et rencontres avec les élus, la fédération d’entreprises FCBTP n’est toujours pas rassurée sur les perspectives du secteur. Carnet de commandes vide, licenciements en cours… Selon elle, « la prise de conscience n’a pas eu lieu ».

    « Tout le monde doit se sentir concerné ». José Aparisi a voulu être clair, hier matin : « La crise que traverse le BTP est gravissime pour le pays et nous appelons encore une fois à la prise de conscience des gouvernants, actuels ou futurs. » Le président de la Fédération calédonienne du BTP (FCBTP), entouré d’une dizaine de chefs d’entreprise, a tenu à « rétablir certaines vérités » devant la presse. Et répondre au gouvernement qui avait, le 14 mars, fait un point précis sur la commande publique. « Sur le seul périmètre gouvernement, bailleurs sociaux et province Sud, elle s’élève à 62 milliards de francs pour 2019 », affirmait alors un communiqué, précisant que « les acteurs du BTP s’étaient déclarés satisfaits d’avoir obtenu une parfaite lisibilité, et rassurés du volume prévisible d’activité ».

    « En lisant ça, on s’est étranglé », s’agace José Aparisi. Mais pas question de répondre avant d’avoir « analysé les données avec tout le secteur ». « Trois semaines de travail » plus tard, l’organisation affiliée au Medef-NC, affiche des chiffres bien différents de ceux de l’exécutif. « 6,02 milliards de mises en chantier en 2019, soit 10 % du chiffre officiel, et en étant optimiste, résume son président. En comptant les travaux en cours, on est à peine à 19 milliards de chiffre d’affaires annuel, là où on a besoin, a minima, de 80 milliards. »

    Ventes de ciment en baisse

    Ça n’est pas le premier échange houleux entre les patrons du BTP et le gouvernement. « Ça fait cinq ans qu’on alerte, on n’est pas pris au sérieux », estime l’un d’entre eux. L’exécutif a pourtant mis sur la table plusieurs mesures pour soutenir l’activité et préserver les emplois : reconduction du plan Pulse, déductibilité des intérêts d’emprunt, réduction des droits d’enregistrement et des frais de notaire, réorientation du prêt à taux zéro, et efforts, dans un contexte financier tendu, pour maintenir les budgets d’investissements…

    Pas suffisant pour les professionnels, qui contestent l’idée d’un « retour à la normale » du secteur après le faste des grands chantiers. Pour preuve, les ventes de ciment de Tokuyama, qui, même sans tenir compte des usines ou du Médipôle, accusent une baisse constante depuis 2010. « On est à -30 % sur les trois dernières années, et le premier trimestre 2019 est le pire de ces vingt dernières années », précise José Aparisi. Architecte, bureaux d’étude, gros œuvre, second œuvre… À « chaque étage », la même inquiétude : « Il y a des annonces mais pas de travail. » Et la même demande : un investissement public conséquent et les « déblocages » des chantiers. Indicateurs fiables, incitations fiscales claires, stratégie efficace sur le logement social et taxation des intervenants étrangers… Les demandes de la FCBTP sont désormais connues, mais, à l’approche des provinciales les entreprises, qui tablent quoi qu’il arrive sur une année 2019 « catastrophique », accentuent la pression.

     

    Licenciements : « On touche au cœur de nos compétences, mais on n’a pas le choix »

    D’après la FCBTP, « environ 1 300 emplois pourraient être détruits d’ici juin » dans un secteur qui comptait « 9 500 salariés en 2011 » et « 6 700 aujourd’hui ». Une prévision inquiétante et surtout difficilement vérifiable. Elle serait basée sur « une enquête » au sein de la fédération et dans la filière. Pas de détails sur les licenciements - qui seraient, pour beaucoup « déjà lancés » -, mais des exemples. Comme chez Arbé, un des poids lourds du secteur, où la direction « vient d’annoncer une réduction d’effectifs de l’ordre de 20 % ». « Ça concerne trente personnes et ça implique pour nous de toucher au cœur de nos compétences, de se séparer de gens que nous avons formés, précise son directeur général, Éric Laffite. Mais on est déjà passé par du chômage partiel, on a déjà réduit ce qu’on pouvait réduire. Arrive un moment où l’activité n’est pas suffisante et où on n’a plus le choix. »

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