Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Silvio Pontoni, président de la Fédération calédonienne du BTP
    Propos recueillis par Christine Lalande | Crée le 13.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 15.07.2019 à 14h37
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    Le BTP, qui comptait 9 500 salariés en 2011, n’en compte plus que 6 700 aujourd’hui, se désole Silvio Pontoni. Photo Thierry Perron
    Le bâtiment et les travaux publics, en attente de visibilité et de projets structurants qui leur redonneraient du souffle, sont à la peine. La Fédération calédonienne du BTP, qui représente une centaine d’entreprises, entend être force de proposition pour revenir à l’équilibre.

    Les Nouvelles calédoniennes : La dernière note de conjoncture économique émise par l'IEOM fait état d'une situation du BTP toujours préoccupante, le confirmez-vous ?

    Cette conjoncture est bien réelle. Oui, le BTP est toujours dans le mur. Oui, le BTP est de plus en plus inquiet sur l'avenir. A cela plusieurs témoins forts, qui sont pour nous d'actualité : c'est la vente de ciment [qui a chuté de 27 % ces trois dernières années], ce sont les salariés dans nos entreprises, c'est le poids que représentaient les investissements du public et du privé et la morosité qui suit un peu les échéances électorales et la conjoncture économique… On avait mis nos élus en garde sur le sujet à partir de 2011. On sentait déjà qu'on allait vers un ralentissement économique très très fort.

    Parce qu'en amont des chantiers, on a les bureaux d'études, les architectes, qui bien avant la réalisation sont déjà en mesure de dire si les voyants ne sont pas au vert. On appelle donc à des mesures fortes depuis un certain temps. Cela correspond aussi à la crise du nickel : la baisse des recettes pour la Nouvelle-Calédonie a entraîné la baisse des investissements et une certaine morosité pour le secteur public. A la fin du premier trimestre 2019, on tablait sur 6 milliards de perspectives de chiffre d’affaires sur les chantiers du secteur public pour l’année, là où il nous faut entre 60 et 80 milliards pour être à l’équilibre.

    Qu'en est-il du secteur privé ? Marque-t-il aussi le pas ?

    Même si ces dernières années ont été relativement soutenues avec les défiscalisations locale et métropolitaine, il n'empêche qu'aujourd'hui le privé est dans l'attentisme. Il ne sort que des petits programmes, de petites promotions qui marchent encore relativement bien.

    Ce qui marche bien également c'est la villa principale dans la périphérie de Nouméa où les gens font leur première acquisition immobilière. Mais tout ce qui est gros investissement est en stand-by.

    Un exemple fort c'est le carré Rolland, qui a un financement privé et para-administratif par le biais d'un opérateur de logement social. Ce dossier a du mal à aboutir parce que la commercialisation n'est pas au rendez-vous. Les banques c'est pareil, elles sont maintenant prudentes. Donc le privé aussi est très dilué par rapport à ce qu'on a connu les années précédentes.

    On parle de dégradation de l’emploi dans le BTP, dans quelle mesure ?

    En 2011, on représentait 15 % de l'emploi dans le privé, et fin 2018 on était à 10 %. Dans les entreprises du BTP, c'est du licenciement, des arrêts de CDD, des arrêts de contrats de chantier. Un des tampons à la perte d'emploi dans les sociétés, c'était la prise de patentes par les salariés. Mais même les patentés sont de moins en moins nombreux, signe que la crise est bien présente.

    Qu'est-ce qui donnerait un nouveau souffle au BTP ?

    Les entreprises du BTP font le dos rond, mais elles ont besoin de visibilité.

    Ce que l’on souhaiterait, c’est la remise en place d’un observatoire des appels d'offres - qui a été arrêté faute de financements -, pour avoir une meilleure idée de l’avenir.

    Le Code des marchés publics a changé en mars dernier [il sera applicable au 1er janvier 2020], dans l'objectif de faciliter l'accès des entreprises aux chantiers et tenir compte des difficultés du BTP : qu’en attendez-vous ?

    On en attend beaucoup parce que cela fait déjà un certain nombre d'années que les entreprises calédoniennes jouent le jeu de l'emploi local. Donc on souhaite que ça se maintienne et que ce soit encouragé, puisque notre tissu économique a été réalisé de cette manière.

    On a une lueur d'espoir pour l'année prochaine avec le projet Lucy de Vale, dans le Sud, qui représente avec ses 20 milliards de chantier annoncés un quart du chiffre d’affaires du BTP. On doit rencontrer l'industriel pour savoir de quelle manière les entreprises calédoniennes peuvent être associées à cette construction.

    Quelles seront vos priorités dans les mois à venir ?

    Ce sera de revenir vers les institutions pour remettre en haut de la pile les dossiers bloqués administrativement.

    Relancer la discussion sur les projets structurants : les dessertes routières, la centrale électrique, et les perspectives de programmes des opérateurs de logements sociaux.

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