Nouvelle Calédonie
  • Par Charlie Réné | Crée le 18.03.2019 à 05h48 | Mis à jour le 18.03.2019 à 06h31
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    Les bailleurs sociaux pèsent lourd sur le marché. Si la Sic, longtemps locomotive en la matière, « attend les résultats de la restructuration de la filière » pour reprendre ses équipements, le FSH et la Sem Agglo continuent d’équiper les logements qu’ils produisent. Photo : Cyril Terrien
    Le rythme d’installation du « solaire thermique » a chuté ces dernières années. Et pourtant, le chauffe-eau solaire est la solution la plus écologique et économique au long terme pour avoir de l’eau chaude. Incitation, interdiction et contrôle… Après s’être structurée, la filière demande aux autorités d’activer le levier réglementaire.

    Trente-trois mille panneaux solaires inaugurés à Ouatom la semaine dernière, 55 000 autres à Boulouparis d’ici quelques jours, des projets plein les tiroirs… Le photovoltaïque a une santé rayonnante. Mais ce n’est pas le cas de tout le secteur du solaire, dont la filière « thermique » est dans le creux de la vague. « En 2013 et 2014, années records, on équipait 5 500 logements en chauffe-eau solaire chaque année, détaille Loïc Martin-Cocher, responsable du cluster Synergie. En 2018, on n’a pas dépassé les 1 000 ». Pourtant le marché n’est pas saturé : seul 25 % du parc, soit 22 000 logements, serait équipé. Moins que la moyenne en outre-mer. A la Réunion, par exemple, plus de la moitié des logements et près de 80 % des habitations individuelles ont un chauffe-eau sur le toit. Aidée par l’Agence calédonienne de l’énergie (ACE) et l’Ademe, la filière veut rebondir. Objectif : 50 % des logements équipés d’ici 2030.

    Déjà obligatoire dans les départements d’Outre-mer

    Si le solaire thermique y croit, c’est qu’il a connu de belles heures sur le Caillou. Pionniers de l’énergie renouvelable, les chauffe-eau solaires habillent les toits et réchauffent les douches depuis les années 70. Dans les années 80 et 90, la production locale - le « jamais fini cassé », notamment - s’était même mise à exporter.

    On équipait 5 500 logements par an. En 2018, on n’a pas dépassé les 1 000. 

    « Mais c’est à partir de 2006 que le marché a décollé, quand la Sic a entrepris d’équiper tout son parc », rappelle Synergie. Sauf qu’en 2016, le bailleur social a mis un coup d’arrêt à cette politique volontariste. « C’est compréhensible : ils ont connu des problèmes à tous les niveaux, sur le matériel, la conception, l’installation et sur les contrats de maintenance qui n’ont pas été passés, précise Denis Laurency, patron d’OPSC, une société de plomberie dans le renouvelable depuis 2005. Les professionnels ont vu le problème, et c’est pour ça qu’on s’est réunis au sein de Synergie : pour partager nos solutions, et structurer la filière ». Pour éliminer les mauvaises pratiques de certains « chasseurs d’aubaine », aussi. Deux ans de travail plus tard, le solaire thermique vient de poser sur la table du gouvernement un « accord de compétitivité ». Professionnalisme, qualité du matériel, contrôle des installations et développement du local... La filière prend des engagements et demande en retour un accompagnement des pouvoirs publics. L’idée est simple : inciter l’investissement (lire par ailleurs) et rendre obligatoire les chauffe-eau solaires pour tous les logements neufs, comme c’est déjà le cas depuis 2009 dans les départements d’outre-mer français.

    Accord de compétitivité

    Synergie voudrait même voir interdire les cumulus électriques, « au bilan énergétique calamiteux », mais qui restent, du fait d’un prix d’achat réduit, « majoritaires dans les projets immobiliers privés ».

    Jeudi matin, lors de la conférence de Synergie sur le solaire. C.R.

     

    Une demande qui fait tousser du côté de l’immobilier où l’on pointe que certains projets - les grandes tours, notamment - sont impossibles à équiper. « Le solaire thermique est adapté à la plupart des logements en Calédonie, et pour le consommateur, c’est de loin le plus économique, répond Denis Laurency, représentant de la filière. Et quand ça n’est pas adapté, il y a toujours la pompe à chaleur, le photovoltaïque avec cuve, ou le gaz ».

    Le dossier est désormais sur la table du gouvernement qui avait déjà avancé le principe d’une généralisation du chauffe-eau solaire par le passé. C’était en 2016, dans le projet de réglementation énergétique des constructions. Un texte dénoncé par les promoteurs immobiliers en raison des « surcoûts qu’il allait engranger ». Et qui n’a plus donné de signe de vie depuis.


    Vers un « fonds vert » pour aider les particuliers à investir

     

     

    Chez Synergie, on veut être clair : « Il n’y a pas de doute sur le fait que le solaire thermique est la solution la plus économique et la plus écologique pour s’alimenter en eau chaude », insiste Loïc Martin-Cocher, chiffres et graphiques (ci-dessus) à l’appui. « Si on compare au cumulus électrique, qui pèse lourd sur les factures d’électricité, le chauffe-eau solaire est plus rentable dès trois à cinq ans, explique le responsable, pointant que près d’un quart de la consommation énergétique d’un ménage vient de la production d’eau chaude. Sur 25 ans une famille dépense 2,2 millions de francs pour son eau chaude avec l’électrique. Et seulement 900 000 francs avec un chauffe-eau ». Reste que le solaire thermique a un défaut de poids : son prix à l’achat. Quand un cumulus électrique peut revenir à moins de 80 000 francs, fourniture et pose comprises, il faut compter 320 000 à 400 000 francs pour équiper le toit d’une famille d’un chauffe-eau. Raison pour laquelle les promoteurs n’équipent pas systématiquement leurs constructions. Ces derniers mettent aussi en avant « des conforts d’utilisation différents » : « à chacun de faire son choix », estime un professionnel.

    5 000 francs par mois pour 6 ans

    Mais pour ceux, nombreux, qui voudraient s’équiper en chauffe-eau, « l’investissement de départ est le principal frein », rappelle Synergie.

    L’investissement de départ est le principal frein à l’équipement. 

    Les mesures d’incitation, pourtant, se sont succédé. Le crédit à taux zéro du gouvernement, possible jusqu’à 2011, et la prime Ecocash, financée par le CMTE jusqu’en 2014 ont disparu. Reste le crédit d’impôt pour les investissements verts - « le million supplémentaire » - réservés aux propriétaires. Et la défiscalisation nationale, couplée avec un contrat de fourniture d’énergie par un professionnel. « Ces outils ne touchent que les ménages relativement aisés », regrette Denis Laurency, représentant de la filière chez Synergie. Le cluster demande « une solution de financement qui s’adresse à tous et qui soit durable dans le temps, pour que les gens puissent se l’approprier ». L’idée : un « fonds vert » qui doit « permettre aux particuliers d’acheter leur chauffe-eau 5 000 francs par mois, sans surcoût ». « On pourrait même fonctionner en binôme avec les concessionnaires d’électricité : les factures ne bougeraient pas pendant 5 à 6 ans, le temps de rembourser l’équipement et à la fin, on en est propriétaire », expose Loïc Martin-Cocher. Reste à mettre en place le fonds et à l’alimenter. « Rien n’est fait » mais Synergie dit avoir mené des discussions « avancées » avec l’Agence calédonienne de l’énergie, qui pourrait elle-même avoir recours à l’Agence française de développement. Pour atteindre les objectifs de la filière, ce serait environ un milliard de francs qu’il faudrait débloquer.

     

    Repères

    Comment ça marche ?

    Contrairement aux panneaux photovoltaïques, le chauffe-eau solaire ne crée pas d’électricité. Le panneau capte l’énergie solaire pour réchauffer un fluide « caloporteur » qui va lui-même la restituer dans le ballon d’eau chaude. Ce dernier peut être placé sur le toit, à côté du panneau - c’est souvent le cas en Calédonie - ou à l’intérieur de l’habitation.

    70 % de local

    Si Synergie axe son discours sur les économies, le chauffe-eau solaire est aussi l’option la plus écologique pour produire de l’eau chaude. D’abord parce qu’il évite de consommer - et donc de produire - de l’électricité. Ensuite parce que sa conception est assez simple : plus recyclable que les panneaux photovoltaïques, il ne fait pas appel à des matériaux rares. 70 % des équipements posés dans le pays sont vendus par trois transformateurs locaux, dont SunRay, dans le secteur depuis les années quatre-vingt et qui traverse des difficultés financières. L’accord de compétitivité de la filière s’engage à soutenir cette production locale mais demande une révision des protections de marché dont elle bénéficie.

    Et l’hôtellerie ?

    Synergie se pose aussi comme objectifs l’équipement de 80 % de l’hôtellerie d’ici 2030. « Un secteur qui pèse dans la consommation d’eau chaude et d’électricité » note un professionnel qui estime que l’abattement sur le prix de l’électricité dont l’hôtellerie bénéficie - entre 6,4 et 13,30 francs le kWh contre 32,2 pour les particuliers - n’encourage pas à la transition.

     

     

    22 000 logements

    Seraient déjà équipés en chauffe-eau solaire, d’après Synergie. Soit un quart du parc. Et le solaire thermique est minoritaire dans la construction neuve.


    17 millions

    La subvention de l’Agence calédonienne de l’énergie à Synergie pour travailler à la structuration de la filière, en partenariat avec l’Ademe.


    50 à 80 emplois

    C’est ce que pourrait créer la filière avec un rythme de 3 500 équipements de logement par an.


    « La réglementation énergétique ? Ça fait dix ans qu’on y travaille, elle finira bien par s’appliquer. »

    Bastian Morvan, Dimenc

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