Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero | Crée le 21.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 21.05.2019 à 10h45
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    Ces chiffres de la liste rouge de la flore menacée du pays ont été établis en mars 2019 par Endemia.nc et la RLA (Red list authority).
    262 espèces végétales viennent d’être ajoutées à la liste des plantes protégées par le code de l’environnement en province Sud. Au total, près de 550 essences sont désormais considérées en danger (critique) d’extinction. Ces mesures, qui concernent aussi le Nord et les Îles, offrent un levier pour sanctionner et mieux encadrer les défrichements.

    Avant la création du code de l’environnement de la province Sud, en 2009, une seule espèce végétale était protégée dans la région. Dix ans plus tard, elles sont désormais près de 550 à figurer sur le triste inventaire des plantes considérées en danger, voire en danger critique d’extinction. Une liste qui ne cesse de s’allonger au fil des explorations des botanistes sur le terrain. Et à laquelle viennent encore de s’ajouter pas moins de 262 essences.

    « Nous partions de loin…, entame Dominique Garnier, chargé d’études à la Direction de l’environnement de la Maison bleue. Fin 2014, nous avons créé le groupe « liste rouge » composé de botanistes calédoniens qui se réunissent régulièrement pour évaluer les risques d’extinction de la flore. Grâce à ce travail, en deux ans et demi, nous avons plus que doublé le nombre de plantes protégées par le code de l’environnement du Sud. L’objectif de notre groupe, même s’il sera difficile à tenir, est de passer en revue l’ensemble des espèces végétales du pays d’ici 2020. »

    Pour l’heure, 1 160 d’entre elles ont été étudiées, soit à peine un tiers des plantes du pays. Et déjà, un constat alarmant ressort : 43 % de ces espèces sont aujourd’hui menacées de disparition. C’est pourquoi le mois dernier, les élus de la province Sud ont adopté de nouvelles modifications du code de l’environnement afin d’étendre le nombre de spécimens protégés.

     

    Sanctionner les gens afin de lutter contre la collecte excessive

     

    Mais quel est l’intérêt de classer plusieurs centaines d’espèces végétales, le plus souvent méconnues du grand public ? « Il est en effet difficile pour la majorité des gens de reconnaître les différentes espèces. Ce n’est déjà pas évident pour nous. Et nous sommes botanistes, reconnaît l’agent provincial, pour qui l’enjeu reste néanmoins de taille. Notamment sur le plan législatif. Cette protection pose une réglementation qui peut s’appliquer en cas de destruction volontaire. Si on attrape des collectionneurs par exemple. Car il existe encore du trafic de plantes sur certaines espèces, notamment pour les orchidées et les palmiers de forêt. Cela permet donc de sanctionner les gens afin de lutter contre la collecte excessive de certaines espèces. Dans cette logique, nous avons également inclus les espèces identifiées en danger dans le Nord et dans les Îles afin de les protéger en cas de trafic avéré en province Sud. »

    Le Tristaniopsis polyandra, arbre qui ne vit qu’au cœur des rochers du parc de la haute Dumbéa, est menacé de disparition. Et donc protégé. Archives/A.T

     

    En clair, la destruction ou la collecte d’une de ces espèces est passible d’une amende pour le moins salée pouvant dépasser un million de francs. Une peine doublée lorsque l’infraction est commise sur une aire protégée.

    « Dans le doute, lorsqu’on se balade en pleine nature et qu’on ne connaît pas une plante, mieux vaut ne pas la cueillir», conseille Dominique Garnier.

    Autre avantage : la mise sous cloche de ces espèces permet de mieux encadrer les travaux qui nécessitent de défricher la végétation. « A chaque fois, une étude d’impact environnemental impliquant un inventaire floristique est nécessaire avant d’autoriser ce type de chantier. Si l’une de ces espèces est présente sur le terrain, cela peut donc modifier, voire même annuler le projet. »

    Autant de leviers pour tenter de préserver, tant bien que mal, la biodiversité de notre Caillou. Exceptionnelle à bien des égards. « 76 % de notre flore est endémique, c’est-à-dire unique au monde. Dans certains milieux comme la forêt humide ou le maquis minier, ce taux peut atteindre 90 %, conclut le botaniste, qui préfère rester optimiste. Le fait que l’on ait un si grand nombre d’espèces à protéger met en exergue toute la richesse de cette flore. C’est une chance. »


    Scepticisme après les annonces de Macron

    Par Esther Cunéo

    Les annonces d’Emmanuel Macron n’ont pas convaincu les associations du Caillou. Photo AFP

     

    « En finir avec les énergies fossiles, » « sortir du glyphosate en trois ans, » « réduire de moitié l’utilisation de phytosanitaires d’ici 2025, » « recycler 100 % du plastique d’ici à 2025 ». 

    Les annonces d’Emmanuel Macron après sa rencontre avec les experts de l’IPBES(*), auteurs d’un rapport alarmant sur la biodiversité, n’ont fait que peu d’émules sur le Caillou, où les associations de protection de l’environnement redoutent de « l’affichage ». Sceptique, François Tron, directeur de Conservation International (CI) pointe du doigt « l’absence de moyens conséquents pour lutter contre les facteurs de l’érosion qui menace les récifs, l’eau potable, et les forêts. » Cerfs, cochons, feux, exploitation minière. « Ça fait dix ans que je suis là… Concrètement qu’est-ce qu’on a fait pour lutter contre ? » interroge le directeur. 

    Même constat chez WWF (World wildlife fund), plus sévère. « Il faut le reconnaître, on n’est pas bon pour protéger l’environnement », tranche Hubert Géraux, directeur de l’ONG. Face à « l’urgence de l’érosion, » il se montre lui aussi « inquiet du devenir de la flore » et de la « quasi-absence de sauvetage » des espèces menacées de disparaître.

    Gare aux « parcs papiers »

    « Lorsque le président fait ces annonces, son regard se tourne forcément vers les outre-mer, commente Hubert Géraux. Du fait de son taux d’endémisme et de son niveau de menace ramené à sa superficie, la Calédonie est le premier de tous les hotspots. » Souvent repris à tort par nombre de responsables politiques, l’anglicisme désigne surtout une zone rouge, qui possède une grande richesse de biodiversité, mais qui est particulièrement menacée par l’activité humaine. « Ce n’est pas un titre de gloire mais une alerte forte ! », s’impatiente Martine Cornaille, ancienne présidente de EPLP. Au troisième rang mondial de l’endémisme derrière Hawaii (89%) et la Nouvelle-Zélande (82%) selon l’OEil, la Nouvelle-Calédonie offre également à la France la plus grande aire marine protégée (AMP) d’Europe via le parc naturel de la mer de Corail, contribuant à « verdir » encore plus l’image de la France, tacle Martine Cornaille.

     

    Du fait de son taux d’endémisme et de son niveau de menace ramené à sa superficie, la Calédonie est le premier de tous les hotspots. 

     

    « Ce parc est une coquille vide, (…) il ne sert qu’à atteindre le quota d’AMP auquel la France s’est engagée à l’international », déplore-t-elle. Le 1,3 million de kilomètres carrés supplémentaires a certes permis à la Métropole d’atteindre 22 % de couverture de ses eaux en aire protégée, dépassant ainsi ses objectifs (20% actuellement). Faisant figure de bon élève, la France peut dès lors viser sereinement les 30% d’ici 2022, comme l’a annoncé le président de la République. A Pew Charitable Trust, on espère que les annonces auront le don de mettre « un petit coup d’accélérateur » aux politiques publiques. Et qu'on ne s'oriente pas vers des « parcs papiers » : ces réserves « sur le papier » dont les écosystèmes marins continuent de se dégrader. WWF le rejoint sur ce point. « Ce qu’on peut attendre de ces annonces, c’est l’expression d’une solidarité nationale pour accompagner la Calédonie dans une transition écologique, et sortir de notre rôle de cueilleur de nickel, relève Hubert Géraux. Ce serait la reconnaissance d’un patrimoine outremer français qui accueille une part extrêmement importante de la biodiversité. »

    * Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, organisme de l’ONU


    Côte oubliée

    Le parc provincial Woen Vùù - Pwa Pereeù, de Thio à Yaté, vient de devenir le plus grand espace naturel terrestre du pays. Ce « hotspot » de biodiversité?? concentre plus du tiers des espèces natives du Caillou.


    Mercredi 22 mai

    Demain sera célébrée la journée mondiale de la biodiversité. Promulguée par l’Onu, son but est de sensibiliser le grand public.


    UICN

    C’est l’Union internationale pour la conservation de la nature qui dresse les critères de la liste rouge des espèces menacées, y compris sur le Caillou.


    Endemia.nc

    Le site www.endemia.nc recense et décrit des centaines de plantes endémiques menacées, photos à l’appui. Avis aux curieux.

     

    Repères

    La menace du feu

    Les incendies sont la première menace sur la flore en Nouvelle-Calédonie. Dans son nouveau rapport de mars 2019, l’association Endemia NC estime que 68 % des espèces du pays sont touchées par les feux de brousse. « Cette année, une nouvelle espèce a encore été décrite, raconte le botaniste Dominique Garnier. Elle a été découverte dans la vallée de la Oumbéa, un affluent de La Coulée, au Mont-Dore. Or, cette plante vient d’être découverte dans un reliquat de forêt au bord de la rivière qui a survécu au grand incendie de la Montagne des sources en 2005. Si cette portion avait également brûlé, cette espèce, qu’on ne connaît que de cette zone, se serait peut-être éteinte à jamais. »

    Les autres modifications du code de l’environnement

    Plusieurs autres points du code de l’environnement en province Sud ont été actualisés et modifiés dans des domaines variés. Ainsi, le transport de roussettes et de notous est autorisé uniquement du 1er avril au 15 mai de chaque année. En ce qui concerne la pêche, le black-bass est dorénavant considéré comme « extrêmement » envahissant. A ce titre, la limitation des captures de ce poisson est abolie. L’observation des baleines devient également plus contraignante, en particulier lorsque l’animal est accompagné d’un baleineau.

    L’ensemble de ces modifications peut être consulté sur le site internet www.province-sud.nc, à la rubrique « réglementation ».

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