Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Chérifa Linossier, présidente de la CPME NC
    Propos recueillis par Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 11.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 11.07.2019 à 07h01
    Imprimer
    Chérifa Linossier avait accusé le diplomate de caresses sur les fesses. Une autre femme avait dénoncé des « mains baladeuses » à l’île aux Canards.
    La présidente de la CPME a accusé Robby Judes, ex-ambassadeur de France au Vanuatu, d’agression sexuelle lors d’un dîner officiel en février. Sa plainte, ainsi que celle d’une autre femme pour des faits de même nature, ont été classées sans suite. En colère, Chérifa Linossier réagit.

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Votre plainte a été classée sans suite fin mai. Quand l’avez-vous appris ?

    C’est hallucinant. J’ai appris la nouvelle mardi par la presse. Je n’ai reçu aucune lettre, aucun document officiel. Rien. Le procureur de la République [Alexis Bouroz, NDLR] m’a appelé pour m’informer qu’il y avait bien eu un classement sans suite et qu’il m’avait envoyé une lettre à la fin mai pour m’en prévenir. Je n’ai jamais reçu ce courrier. Il y a visiblement eu un raté de l’administration. C’est dommage…

    Quel message envoie la justice à toutes les femmes qui subissent des agressions ?

    Quelle a été votre réaction ?

    Je suis tombé des nues. À vrai dire, je ne comprends toujours pas. Le procureur a dit lui-même que l’infraction était constituée. Et pourtant, il décide de ne pas poursuivre Robby Judes devant la justice. Ce classement sans suite bafoue notre reconnaissance de victime. C’est la double peine. En tant que victime, je deviens quoi ? Quel message envoie la justice à toutes les femmes qui subissent des agressions ? À quoi ça sert de porter plainte ? Arrêtons de dire que la justice protège. Je suis en colère. En Métropole, une affaire comme celle-ci n’aurait jamais débouché sur un classement sans suite.

    Le procureur a évoqué la sanction administrative, à savoir que Robby Judes a été démis de ses fonctions d’ambassadeur, pour expliquer le classement.

    Ce sont, à mon sens, deux choses différentes. L’enquête pénale est à différencier du volet administratif. Ce n’est pas Robby Judes la victime. Ce sont bien nous, ces femmes, qui ont été victimes de lui. Ça aurait été un message fort du procureur que de poursuivre pénalement Robby Judes. Cette décision revient presque à nous dire qu’on n’aurait pas dû l’ouvrir et dénoncer ces agissements. Et à toutes ces femmes dans l’ombre et détruites psychologiquement qu’elles ne sont rien…

    Avez-vous décidé de poursuivre l’affaire et d’utiliser des voies de recours ?

    Je ne sais pas encore… À quoi bon puisqu’on ne prend pas en considération la parole des victimes. Faire un recours, ça va me coûter de l’argent que je n’ai pas et on va, encore, me traîner dans la boue.

     

    Poursuivre ?

    Pas une obligation

    Procédure disciplinaire et action pénale peuvent tout à fait coïncider. En effet, une faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions peut justifier une procédure disciplinaire par l’administration et une infraction pénale. Ces deux procédures sont indépendantes. Le résultat de l’action publique n’a pas d’influence sur la décision disciplinaire. Autre question : le procureur était-il obligé d’engager des poursuites à la suite de la plainte ? Non. Le parquet peut tout à fait ne donner aucune suite et, de facto, l’affaire s’arrête. « L’infraction est constituée mais je considère que la réponse des Affaires étrangères était proportionnée à la gravité des faits », a affirmé Alexis Bouroz. Enfin, la victime peut contourner ce classement sans suite en portant une plainte avec constitution de partie civile, en saisissant le tribunal via une citation directe ou bien en déposant un recours devant le procureur général.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS